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Les Arabes en France aux 8ème, 9 ème et 10ème siècles

 
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abdelrahmane
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MessagePosté le: Jeu 23 Fév - 15:28 (2017)    Sujet du message: Les Arabes en France aux 8ème, 9 ème et 10ème siècles Répondre en citant

Les Arabes en France aux 8ème, 9 ème et 10ème siècles (de la Provence vers les Alpes, l'Italie et la Suisse)




Au début du 8ème siècle, les Arabes entreprennent la conquête de l’Espagne (l’Andalus).
La faible résistance rencontrée dans ce pays les encourage à traverser les Pyrénées en direction de la France.
Leurs expéditions dans le sud de ce pays, et de là vers la Provence, les Alpes, l'Italie et la Suisse dureront par intermittence jusqu’au 10ème siècle.

Introduction

Au début du 8ème siècle, les Arabes entreprennent la conquête de l’Espagne qu'ils appellent l’Andalus.
La faible résistance rencontrée dans ce pays les encourage à traverser les Pyrénées en direction de la France, de l'Italie et de la Suisse.
Leur présence intermittente et leurs expéditions dans ces pays dureront jusqu’au 10ème siècle.

La Méditerranée était “ chrétienne ” jusqu’au début du 8ème siècle.
L’avènement de l’Islam et la conquête par les Arabes du Maghreb et de l’Andalus, ont rompu cette situation.

La stratégie des Arabes pour se rendre maîtres de la Méditerranée, consiste, d’une part, à traverser les Pyrénées, à partir de l’Andalus, et à conquérir le sud de la France, l’Italie du nord et les principaux passages des Alpes (1) ; et d’autre part, à partir du Maghreb, à conquérir la Sicile, la Sardaigne, la Corse et le sud de l’Italie. Et ainsi, la boucle serait réalisée.

La rupture par l’Islam de l’unité méditerranéenne antérieure a pour conséquence l’éclatement du monde chrétien en deux parties : l’Orient chrétien, dont la capitale est Constantinople (aujourd'hui Istanbul), et qui maintient plus ou moins ses capacités de navigation en Méditerranée, mais seulement près de ses bases; l’Occident chrétien, avec une papauté à Rome sans poids politique, et avec tous les facteurs pour la construction d’un empire chrétien occidental dont le centre d'intérêt est tourné vers le Nord (2).

La fermeture de la Méditerranée par les Arabes a mis en avant le rôle des Carolingiens. Ceux-ci arrêteront la progression des Arabes en France, mais ne joueront aucun rôle en mer (3).

Les efforts de construction de l’État le plus fort de l’Occident, entrepris par Charles Martel, et menés par Pépin le Bref, aboutiront à la naissance de l'empire carolingien dont Charlemagne sera le grand empereur. La Provence faisait partie de cet empire.
Mais plus tard le partage de l’empire carolingien rattache cette province à la Lotharingie (4), ce qui ne plait pas aux Provençaux. Suite aux différents entre Boson, comte de Provence, et les Carolingiens, les Provençaux déclarent indépendance en 887. C’est dans ce climat qu’a lieu à la fin du 9ème siècle le débarquement des Andalous en Provence.

L'Andalus et la France au 8ème siècle

Sous la dynastie arabe des Omeyyades (41-132 (H) / 661-750 (ApJC), dont la capitale est Damas, Tarif ibn Malek an-Nakh‘i, sous les ordres de Mouça Ibn Noussayr (gouverneur de l’Ifriqiya, l’actuel Maghreb), débarque avec ses troupes dans le sud de l'Espagne, en Ramadhan 91 (H) / 710 (ApJC), dans un endroit qui porte aujourd'hui encore son nom, Tarifa. Les troupes construisent des remparts autour de la ville. C’est la première ville d’Espagne occupée par les Arabes (5).

Après Tarif, en ramadhan 92 (H) / 711 (ApJC), Tariq Ibn Ziyyad, toujours sous les ordres de Mouça Ibn Noussayr, débarque à Gibraltar (de l'arabe Djabal-Tariq, du nom de ce conquérant).
Mouça Ibn Noussayr arrive, quant à lui, en Andalus en Rajab 93 (H) / 712 (ApJC) (6). Il rejoint Tariq, et c’est l’avancée des armées arabes jusqu’à Barcelone et les Asturies, dans le nord de l'Espagne, et Narbonne et Carcassonne dans le sud de la France (7).

Puis, en 95 (H) / 714 (ApJC), Mouça et Tariq sont rappelés à Damas par le khalife omeyyade Al-Walid (8).

L'Andalus est gouverné au début de la conquête arabe par des émirs (gouverneurs) désignés, soit par le gouverneur de l'Ifriqiya, soit directement par le khalife de Damas.
Sous la dynastie des Omeyyades, en l’espace de 45 ans environ, 20 émirs gouvernent l’Andalus, ce qui dénote l’instabilité qui a régné dans ce pays (9). Plusieurs émirs, et plus tard plusieurs khalifes de Cordoue, s’impliquent directement dans les interventions en France. Du côté des chrétiens également, l'engagement de plusieurs souverains est total (10).


La France au début du 8ème siècle

Lorsque les expéditions arabes commencent en France, ce pays est divisé entre les habitants du nord, d'une part, qui occupent la Neustrie (pays situé entre la Loire, la Bretagne, la Manche et la Meuse), l’Austrasie (dont le siège est Metz) et la Bourgogne, et les habitants du sud, d'autre part, qui occupent l’Aquitaine (entre la Loire et les Pyrénées), le Languedoc et la Provence. Les Wisigoths eux, habitent une partie du Languedoc et une partie de la Provence.

Le Languedoc s’appelle Gothie (car habité longtemps par les Goths) ou Septimanie,parce qu’il comprend sept villes importantes : Narbonne, Nîmes, Agde, Béziers, Lodève, Carcassonne et Maguelone. Le Languedoc se trouve en partie sous la souveraineté du Duc d’Aquitaine, Eudes, qui se dit descendant de Clovis, et donc parent des princes du nord de la France.

Les Arabes, en se référant à la France, parlent de la Grande Terre qui comprend toutes les terres situées entre les Pyrénées, les Alpes, l’Océan et l’Elbe. On y parle plusieurs langues. Al Maqqari décrit la Grande Terre comme une vaste terre riche, très peuplée et à l’habitat concentré (11).

Quant aux Français, ils appellent les Arabes les Sarrasins dès le début du 8ème siècle (12).





Chronologie

(Les auteurs, aussi bien chrétiens qu'arabes, utilisent indifféremment les termes « arabes, sarrasins, musulmans, andalous » pour désigner les Andalous).

710 - Expédition navale arabe en Corse.
710 - Tarif ibn Malek (sous l'ordre de Mouça, gouverneur de l’Ifriqiya, et qui sera le premier émir de l’Andalus) débarque en Espagne.
711 - Tariq ibn Ziyyad (sous l'ordre du même Mouça) arrive en Espagne.
717 - L'émir de l'Andalus Al-Horr avance jusqu’à Nîmes.
719 - Prise de Narbonne par les Arabes.
721 - Bataille de Toulouse.
725 - Carcassonne et Nîmes sont occupées par l'émir ‘Anbaça.
726 - Occupation de la Septimanie; avancées vers l’est et le nord : l’Albigeois, le Rouergue, le Gévaudan, le Velay, le Dauphiné, le Lyonnais, la Bourgogne. Avancées jusqu’à Sens, Luxeuil.
732 - Raids sur Tarbes, Bigorre, Oleron, Bordeaux. Bataille de Poitiers perdue par les Arabes.
734 - Les Arabes occupent Avignon et contrôlent la navigation sur le Rhône.
737 - Charles Martel (688-741) prend Avignon mais ne peut pas prendre Narbonne.
750 - Fin de la dynastie omeyyade de Damas et début de la dynastie abbasside.
756 - Un survivant des Omeyyades Abd-ar-Rahman 1er (756-788) prend le pouvoir en Andalus et s'oppose aux Abbassides. Sécession de l'empire arabe.
759 - Les Francs prennent Narbonne.
768- Le khalife abbasside Al Mansour envoie des ambassadeurs à la cour de Pépin le Bref (751-768). Mort de Pépin. Charlemagne (768-814) devient roi des Francs.
793 - Prise de Narbonne par les Musulmans, mais ils repassent les Pyrénées vers l'Andalus.
800 - Charlemagne devient empereur.
801 - Échange d’ambassadeurs entre Charlemagne et Haroun ar-Rachid (763-809), le khalife de Baghdad.
802 - Attaque de la Corse par les Musulmans.
810 - Attaque de la Sardaigne par les Musulmans. Trêve de 2 ans entre Charlemagne et les Andalous.
813 - Les Arabes attaquent la Corse, Nice et les environs de Rome.
827 - Raid naval musulman en Bretagne.
831 – Envoi d'un ambassadeur de Baghdad à la cour de Louis le Débonnaire (778-840). Attaque par mer de Marseille et de l’estuaire du Rhône.
846 - Raid musulman sur l’Italie (embouchure du Tibre et Gênes).
848 - Le Languedoc s’allie aux Musulmans. Prise d’Arles par les Musulmans. Le gouverneur andalou de Saragosse pénètre en France. Charles le Chauve (823-877) cherche à traiter.
869 - Attaque des côtes provençales par les Musulmans, création d’un port en Camargue.
877 - Mort de Charles le Chauve qui se rendait en Italie pour combattre les Musulmans.
889 - Fondation de la colonie musulmane de Grimaud (Fraxinet) en Provence.
906 - Les Musulmans passent en Italie par le Dauphiné et le Mont Cenis. Attaque de Sousa et Aqui.
911 - Établissement des Musulmans dans les Alpes.
920 - Les Musulmans traversent les Pyrénées et atteignent Toulouse. Le Piémont d’une part, Aix et Marseille d’autre part subissent les assauts des Musulmans du Fraxinet.
929 - Les Musulmans des Alpes avancent jusqu’à la frontière de la Ligurie.
939 - Les Musulmans atteignent le Valais (Suisse), les Grisons et Genève.
940 - Fréjus et Toulon sont occupés.
942 - Malgré l’aide de la flotte grecque dans la bataille de Saint-Tropez, les Musulmans restent sur leurs positions. La côte italienne est ravagée, Nice et Grenoble sont occupées.
952 - Bataille d’Orbe entre les Musulmans et les Huns. La Suisse est aux mains des Musulmans.
956 - L’Empereur Otton I (936-973) envoie une mission à Cordoue.
960-975 - Évacuation par les Musulmans du Grand St-Bernard, de Grenoble, de la Crête (occupée en 814), de la Savoie, de Gap et de la Provence.
1003 - Raid musulman sur Antibes.
1019 - Tentative contre Narbonne, Maguelone, les îles de Lérins.
1050 - Les Musulmans évacuent l’Italie du sud et la Sicile (première incursion des Musulmans en Sicile en 652) .

Notes de l'introduction

(1) - Ce sont les émirs andalous qui sont chargés des expéditions en France. Mouça, gouverneur de l’Ifriqiya (actuel Maghreb) et premier émir de l’Andalus, se promet de rejoindre Damas, siège du califat omeyyade, en passant par le sud de l’Europe, et en combattant les Chrétiens jusqu’à Constantinople (aujourd'hui Istanbul), alors capitale des Chrétiens d’Orient. Il pense ainsi relier l’Andalus à l’Orient par la terre.
Mais Mouça est rappelé plutôt que prévu par Damas, Réf: Ibn Khaldoun Abd-ar-Rahhman (historien, 732-808 (Hégire) / 1332-1406 (ApJC), Kitab al ‘Ibar..., 14 volumes, Beyrouth, 1981, Dar al Kitab al-Lubnani, tome 7, p. 254-255. Retour au texte

(2) - Et c’est ainsi que les Germaniques vont être amenés à jouer un rôle important dans la reconstruction de la civilisation européenne, Réf: H. Pirenne, De Mahomet à Charlemagne, 1937, 258 pages, p. 136. Retour au texte

(3) - ‘Abd-ar-Rahman II (176-238(H) / 792-852(ApJC). Il règne pendant 31 ans. Il est le premier émir à faire construire un arsenal à Séville, suite aux premières incursions normandes contre les côtes andalouses en 843. Sous le règne du khalife ‘Abd-ar-Rahman III An-Nacir (300 à 350 (H) / 912 à 961 (ApJC), la base principale de la flotte est située à Alméria.
Le responsable de cette flotte occupe le troisième rang dans la gouvernance de l’Andalus, après le gouverneur de la marche supérieure (Saragosse) et le cadi de Cordoue. Il participe aux grandes décisions de l’État andalou, Réf: Ta’rikh madinat Almariyya al islamiyya (Histoire d’Alméria islamique), qa’idat ouçtul al Andalus, As-Sayyd ‘Abd-al-Aziz Salim, 1969, Beyrouth, 210 pages, p. 40. La flotte andalouse a de grandes capacités d’intervention. Citons l’envoi par An-Nacir en 319 (H) / 931(ApJC) d’une flotte au Maghreb, afin d’assiéger un gouverneur qui s’était soulevé contre lui. Cette flotte se compose de 120 navires, et de 7000 hommes dont 5000 marins, Réf: Ibn Hhayyan, Al Muqtabas V (‘Abd-ar-Rahman An-Nacir), texte arabe édité par P. Chalmeta, F. Corriente et M. Subhh, Madrid-Rabat, 1979, 579 pages, page 313. Retour au texte

(4) - Royaume constitué en 855, il s'étend de la mer du Nord aux Alpes, entre la Meuse, l’Escaut et le Rhin. Retour au texte

(5) - Ibn Khaldoun, o.c., vol. 7, p.254. Retour au texte

(6) - Al Maqqari at-Tilimçani Ahmad, Nafh attib min ghusn al Andalus ar-ratib, Beyrouth, 1968, 8 volumes, vol. I, p.277, citant Ar-Razi (historien andalou mort en 273 (H) / 886 (ApJC). Al Maqqari meurt en 1041 (H) / 1631 (ApJC). Retour au texte

(7) - Al Maqqari raconte qu’ils sont arrivés jusqu’au Rhône, Réf: Al Maqqari, o.c., Vol I, p. 273. Cependant des historiens doutent qu’elles soient arrivées jusqu’à ce point. Retour au texte

(8) - Ibn Qutiyya (historien andalou, mort en 367 (H) / 977 (ApJC), Ta’rikh iftitahー al-Andalus (Histoire de la conquête de l'Andalus), tahーqiq Ibrahim Al ibyari, Beyrouth, 1982, 158 pages, p.36 ;
-Al Maqqari, o.c., Vol I, 265-267;
-At-Tabari (historien, mort en 310 (H) / 923 (ApJC)) relate que Mouça revient à Qayrawan en 95 (H) / 714 (ApJC), Réf: At-Tabari, Ta’rikh al umam wa-l-muluk (Histoire des peuples et des rois), Beyrouth, 6 volumes, Vol. IV, 8ème Partie, p. 196.
Ibn Khaldoun dit la même chose, Réf: Ibn Khaldoun, o.c., vol VII, p. 255. Retour au texte

(9) - Al-Maqqari, o.c., vol I, p. 249, citant Ibn Hayyane : historien andalou (988-1076 (ApJC)), auteur de « L'essentiel de l'histoire de l'Andalus ». Retour au texte

(10) – Les souverains andalous et chrétiens

Les souverains andalous

+ Mouça Ibn Noussayr, gouverneur de l’Ifriqiya (l’actuel Maghreb) et premier émir de l'Andalus;

+ Al-Horr ibn Abd-ar-Rahman ath-Thaqafi, émir en 98 (H) / 716 (ApJC), gouverne près de 3 ans. Il arrive jusqu'à Nimes, Réf: Ibn al-Athir ‘izz-ad-Din abul-Hassan (historien, 555-630 (H) / 1160-1232 (ApJC)), Al Kamil fi at-ta’rikh (Histoire), 10 volumes plus 1 volume index, Beyrouth, 1982, vol. V, p. 489.

+ Assamah, nommé directement par le khalife Omar ibn Abd-al-Aziz en l'an 100 (H) / 718 (ApJC) conquiert Narbonne. Il meurt au combat alors qu'il assiége Toulouse en 102 (H) / 720 (ApJC).
Réf: Al Maqqari, o.c., vol I, p. 235; Ibn Khaldoun, o.c., vol VII, p. 257.

+ Anbaça ibn Sahim al Kalbi, émir en 103 (H) / 721 (ApJC), meurt en 107 (H) / 725 (ApJC). Conquérant de Carcassonne et artisan de la poussée arabe jusqu’au Rhône, Réf: Ibn al-Athir, o.c. vol V, p. 490.

+ Abd-ar-Rahman Ibn Abd-Allah Al-Ghafiqi participe aux expéditions dans le sud de la France auprès d’Assamah. Après la mort de ce dernier devant Toulouse, il sauve l’armée arabe de la déroute et la ramène en bon ordre en Andalus. Il est connu pour partager avec ses soldats les butins les plus précieux, Réf: Ibn al-Athir, o.c., vol V, p. 174.
Emir en 112 (H) / 730 (ApJC), Al-Ghafiqi est battu par Charles Martel en 114 (H) / 732 (ApJC) à Poitiers. Il trouve la mort dans cette bataille. Abd-ar-Rahman Al-Ghafiqi règnera 20 mois sur l'Andalus, Réf: Al-Maqqari, o.c., vol I, o., c., p. 235-236.

+ ‘Oqba ibn Al-Hajjaj As-Salouli prend les rênes de l'Andalus en 116 (H) / 734 (ApJC), Réf:Ibn al-Athir, o.c., vol V, p. 490. ‘Oqba règne pendant cinq ans. Il a une conduite louable; il poursuit les expéditions dans le sud de la France jusqu'à Narbonne, et sous son émirat, les Musulmans arrivent jusqu'au Rhône, Réf: Al-Maqqari, o.c., vol V, p. 236; Ibn Khaldoun, o.c., vol I, p. 257.
Selon Ibn Khaldoun, ‘Oqba règne 6 ans et meurt à Sarragosse en 123 (H) / 740 (ApJC), Réf: Ibn Khaldoun, o.c., vol VII, p. 258-259.

+ Abd-ar-Rahman 1er, ad-Dakhil (l’Immigré), (113-172 (H) / (731-788 (ApJC)), appelé ainsi parce qu'il est le premier des princes omeyyades des Bani Marwan à entrer en Andalus.
Il arrive dans ce pays, seul survivant de la tuerie en Syrie de toute sa famille omeyyade par les nouveaux souverains abbassides. At-Tabari indique qu’il est arrivé en Andalus en 139 (H) / 757 (ApJC), Réf: At-Tabari, o.c., vol V, 9ème Partie, p. 171.
Le khalife abbasside Al-Mansur le surnomme le faucon des Bani Umayya pour ses actions en Andalus. Abd-ar-Rahman 1er succéde à Youçef ibn Abd ar-Rahman al Fihri, émir depuis l’année 129 (H) / 746 (ApJC).
En 138 (H) / 756 (ApJC), Abd-ar-Rahman 1er prend le pouvoir en Andalus qu’il unifie hors de l'empire abbasside. Il est le principal artisan du futur khalifat omeyyade de Cordoue, concurrent du califat de Baghdad, Réf: Ibn al Athir, o.c., vol V, p. 489-496. Il meurt en 172(H) / 788 (ApJC), Réf: Ibn Khaldoun, o.c., vol VII, p. 264-265.
Abd-ar-Rahman 1er règne sur l'Andalus pendant 33 ans, Réf: Ibn Khaldoun, o.c., vol VII, p. 269;

+ Hicham I (fils de Abd ar Rahman ad-Dakhil);

+ Al Hakam I, fils de Hicham, (180-206 (H) / 796-822 (ApJC));

+ Abd ar-Rahman II (176-238 (H) / (792-852 (ApJC)), succède à son père, Al Hakam I;

+ Abd ar-Rahman III 'An-Nacir', premier khalife de Cordoue (277-350 (H) / (890-961 (ApJC));

+ Al Hakam II 'Almustinçir', (302-366 (H) / 914-976 (ApJC)), deuxième khalife de Cordoue en 961;

+ Hicham II, troisième khalife de Cordoue (mort en 403 (H) / 1013 (ApJC);

+ Hicham III, dernier khalife de Cordoue (418 (H) / 1027 (ApJC)); l'institution de de l'Emirat s'arrête en 929, remplacée par le khalifat qui s'éteint en 1031.
Après 1031 commence le régime des Taïfas (petits royaumes indépendants) qui seront reconquis par les Espagnols jusqu'au dernier, le royaume de Grenade, en 1492.

Les souverains chrétiens

+ Les Mérovingiens: première dynastie des rois francs dont Charles Martel (688-741) fait partie. Son fils, Pépin le Bref (751-768), fonda, en 751 la deuxième dynastie des rois francs les Carolingiens dont les représentants ont régné jusqu'en 911 en Germanie et jusqu'en 987 en France.
Le célèbre Charlemagne (768-814) succède à Pépin le Bref.

+ Les Ottoniens ou Othonides: famille de rois germaniques apparentée aux Carolingiens.
-Othon I le Grand (912-973), empereur du Saint-Empire romain germanique;

-Othon II (955-983) fils du premier. Il s'occupa de se rendre maître de l'Italie mais il est vaincu par les Sarrazins au cap Colonne (982).
La bataille du cap Colonne, appelée aussi bataille de Stilo, opposa les armées de l'empereur Otton II et de ses alliés italo-lombards aux forces de l'émir kalbide de Sicile, Abu al-Qasim, le 13 ou le 14 juillet 982 près de Crotone en Calabre. Retour au texte

(11) - Al Maqqari, o.c., vol I, p. 145. Retour au texte

(12) - Ce terme, qui sera utilisé pendant plusieurs siècles, est toujours vivant de nos jours pour désigner des lieux-dits, ou pour qualifier des objets ou dans certaines expressions. D’après Chakib Arslan, le terme Sarrazin viendrait de sarakanou, qui veut dire musulman chez les Chrétiens, lequel sarakanou viendrait de charaka, c'est à dire, charqui et au pluriel charaqui (orientaux), Réf: Chakib Arslan, Histoire des expéditions arabes en France, en Suisse, en Italie et dans les îles méditerranéennes, Beyrouth, en arabe, sans date [introduction datée de 1352 (H) / 1933 (ApJC)], 310 pages, p.15.
Ibn Battuta, (1303-1377 (ApJC)), le grand voyageur arabe du 14 ème siècle, raconte dans sa Rihla (Voyages) que le roi de Constantinople s’adresse ainsi à lui, par l’intermédiaire de son interprète : " Dis à ce Sarrasin, c’est à dire ce musulman, etc .", Réf : Voyages arabes, La Pléiade, 1995, 1409 pages, paragraphe Ibn Battuta : Voyages et périples, pp. 368-1050, p. 702. Retour au texte



Chapitre 1 : Les incursions arabes en France



Les premières incursions arabes en France : objectifs

Ce sont les émirs Andalous qui sont chargés des expéditions en France. Mouça, le gouverneur de l’Ifriqiya (Maghreb actuel), se promet de rejoindre Damas, siège du califat omeyyade à cette époque, en passant par le sud de l’Europe, et en combattant les Chrétiens jusqu’à Constantinople (Istanbul actuel), alors capitale des Chrétiens d’Orient. Il pense ainsi relier l’Andalus à l’Orient par la terre. Mais Mouça est rappelé plutôt que prévu par Damas (1).
La France, à cette époque, figure donc, dans le plan de conquête des Arabes.

En occupant le sud de la France, les Arabes ont pour but de l’islamiser, de même qu’ils pensent islamiser le sud de l’Italie, la Sicile, etc.
Cette mission se vérifie non seulement par les intentions des conquérants, mais encore sur le terrain, par le choix de leurs objectifs : l'attaque des institutions religieuses.
En effet, c'est parmi les religieux que les Arabes rencontrent le plus de résistance, alors que le milieu politique, divisé, est enclin à fléchir devant les conquérants, en signant des traités de coexistence.
Joseph Reinaud remarque que lors des premières incursions arabes dans le Languedoc, "les Sarrasins venaient accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, dans l'intention d'occuper le pays"(2).

Lorsqu’en 714, Mouça quitte l’Espagne, en désignant son fils Abd-al-Aziz pour le remplacer, il reste encore des noyaux de résistance dans le nord de la France, alors que dans le sud règne un calme relatif (3).

Les auteurs divergent quant à la date exacte des premières incursions arabes en France. Al Maqqari parle de la présence de Mouça à Narbonne et à Carcassonne, et on sait que ce gouverneur est rappelé à Damas en 714. Quant au lieu de la première incursion, il se situerait sur les côtes françaises dans l'île de Lérins, près d'Antibes (4).

Musulmans et Sarrasins, Philippe Sénac, Paris 1980, 146 p., p. 22 et 82



Première expédition : l’occupation de Narbonne en 719

Narbonne est situé à l’époque au milieu de marais et près de la mer. Lorsqu’il s’avance jusqu’à Nîmes, l'émir Al-Horr ne parvient pas à prendre la ville. C’est son successeur, l'émir As­samah, qui la prend en 719 après un siège de 28 jours (5).

Plan de la Mosquée de Narbonne d'après des fouilles archéologiques (la flèche en bas à gauche indique le nord)





Les Musulmans fortifient la ville de Narbonne et en font leur principale base en France.



Après la conquête de Narbonne, l’émir Assamah marche vers Toulouse, capitale de l’Aquitaine. Il entreprend le siège de la ville. Au moment où elle va tomber, le duc d’Aquitaine Eudes accourt avec toutes les troupes qu’il a pu rassembler. Dans les combats qui s’en suivent, Assamah trouve la mort. C’était en 102 (H) / 720 (ApJC) (6).

Voici comment Reinaud, qui situe cette bataille en mai 721, parle d’Assamah, que la chronique française nomme Zama :

" La lutte fut terrible et le succès longtemps incertain. Alsamah se montrait partout; semblable à un lion que l’ardeur anime, il excitait les siens de la voix et du geste, et on reconnaît son passage aux longues traces de sang que laissait son épée; mais pendant qu’il se trouvait au plus épais de la mêlée, une lance l’atteignit et le renversa de cheval. Les sarrazins l’ayant vu tomber, le désordre se mit dans leurs rangs, et ils se retirèrent laissant le champ de bataille couvert de leurs morts " (7).

La défaite des Arabes devant Toulouse et la mort d’Assamah ne mettent pas fin à leur politique d’occupation.
Ils entreprennent même à partir de Narbonne des offensives contre les régions voisines. Mais pour le duc d'Aquitaine, sauver sa capitale de l'emprise des Arabes constitua non seulement une grande victoire pour l'Aquitaine, mais aussi l’occasion de renforcer, pour un temps, son indépendance vis à vis des princes francs du nord.

Deuxième expédition : Carcassone 725, Nîmes 726

En 106 (H) / 724 (ApJC), ‘Anbaça, appelé par la chronique française Ambissa, est à la tête de l'Andalus. En 107 (H) / 725 (ApJC), il conquiert Carcassone qui restera sous domination arabe jusqu'en 759.

Cruche en terre cuite jaune trouvée près de Carcassonne (Photo de J. Lacam)



Après la prise de Carcassonne, ‘Anbaça se dirige par la vallée du Rhône vers les Alpes et la Bourgogne. Il meurt dans cette expédition sur les bords du Rhône en 725 (8). Pendant cette offensive, les Arabes occupent l'Albigeois, le Rouergue, le Gévaudan et le Velay.
Après l’occupation de Nîmes en 726, les Arabes envoient des prisonniers à Barcelone, alors sous domination arabe.

D’autre part, les Arabes attaquent Vienne, Lyon, Mâcon, Chalon/Saône, Bon (près de Dijon). Ils arrivent jusqu’à Autun, Saulieu, Beze (non loin de Dijon), et jusqu’à 300 km au sud-est de Paris. D’autres sources parlent des abords de la Loire, des environs de Nevers, de la Franche-Comté. En fait, les Arabes ne rencontrent une véritable résistance que devant Sens (9).

L'expédition de ‘Anbaça a pour conséquence de renforcer les positions arabes acquises du temps d'Assamah, puisque leur camp principal, Narbonne, est maintenant protégé par de nouvelles avancées vers l'est et le nord.
La mort de ‘Anbaça coïncide avec une crise particulière parmi les nombreuses crises qui secouent l’Andalus. En effet, en l'espace de quatre ans, cinq émirs se succèdent à la tête de ce pays (10).
Les Arabes tentent alors de passer des alliances avec l'Aquitaine, pour contrecarrer d'éventuelles attaques des Francs. C’est le cas de l’alliance, entre Manuza et le duc d'Aquitaine Eudes (Manuza épouse Lampégie la fille du duc).


Troisième expédition : Le Pavé des Martyrs, pour les uns, Poitiers pour les autres (11)


Abd-ar-Rahman, l’ancien lieutenant d’Assamah, devient émir de l’Andalus en 730 (12). Pendant l’été 732 il concentre son armée à Pamplune. Il traverse les Pyrénées par Roncevaux en direction de Bordeaux. Cette dernière ville est saccagée et son gouverneur tué dans la bataille (13).

Eudes, qui se porte à la rencontre d'Abd-ar-Rahman, est battu sur les bords de la Dordogne, non loin de son confluent avec la Garonne. Après cela, Abd-ar-Rahman marche sur St Martin de Tours, sanctuaire des Gaules. Charles Martel, alerté par Eudes, arrête les Arabes au nord de Poitiers. Abd-ar-Rahman meurt dans la bataille. Les armées arabes se retirent vers Narbonne, en saccageant sur leur passage les monastères du Limousin.

Qu'en est-il de Poitiers et de la date 732, événements appris par tous les écoliers de France?
En effet, de toute la présence mouvementée des Arabes dans le sud de la France (Aquitaine, Languedoc-Roussillon, Provence) qui commence aux environs de 711 en Languedoc pour se terminer vers 975 en Provence, on ne retient que la célèbre phrase des résumés de leçon d'histoire : "Charles Martel arrête les Arabes à Poitiers en 732". Alors qu’en 732 les Arabes venus de l'Andalus, sont à leur troisième grande expédition dans le sud de la France, depuis 711.
Chacune de ces expéditions est menée par un émir de l’Andalus en personne : Assamah, ‘Anbaça, Abd-ar-Rahman, qui tous les trois mourront sur le champ de bataille.

L’historien Michel Rouche note que la bataille de Poitiers est importante, surtout pour les Francs : « Ainsi victorieux, il (Charles Martel) triomphe de ses ennemis, c’est à dire des Musulmans et des Aquitains ". Mais avant la bataille de Poitiers, en décimant l’armée du duc Eudes sur les bords de la Dordogne, Abd-ar-Rahman met à genoux le seul rival sérieux de Charles Martel, et Michel Rouche de dire « Sans Abd-ar-Rahman, écrasant Eudes, Charlemagne est inconcevable »(14).
De son côté, Henri Pirenne note que la bataille de Poitiers n’a pas l’importance qu’on lui attribue et « qu’elle n’est pas comparable à la victoire remportée sur Attila »(15).

On peut avancer ici une des raisons de l’échec de l’émir andalou à Poitiers. En effet, à la veille de la bataille, Abd-ar-Rahman n’arrive pas à convaincre ses soldats de se séparer de l’important butin qu’ils ont accumulé lors des batailles précédentes afin que leur esprit ne soit pas préoccupé par sa défense. Ainsi, les Chrétiens remarquent l'importante garde réservée à la protection du butin. En pleine bataille, un détachement de Chrétiens quitte le champ des opérations et se dirige vers le lieu où est déposé le butin. Et c’est ainsi que des soldats arabes les suivent, créant un désordre dans le déroulement des combats. Charles Martel avait donc raison de dire : " Laissez les Arabes se remplir les mains ", se référant à l’important butin pris par eux tout au long des jours et des mois qui précèdèrent la bataille (16).

Reinaud donne dans son livre déjà cité le récit des préparatifs de la bataille de Poitiers (17).


Notes du chapitre 1

(1) - Ibn Khaldoun Abd-ar-Rahman (732-808 (Hégire) / 1332-1406 (ApJC), Kitab al ‘Ibar..., 14 volumes, Beyrouth, 1981, Dar al Kitab al-Lubnani, (tome VII, p. 254-255). Retour au texte

(2) - Joseph Reinaud (1795-1867), Invasion des Sarrasins en France et de France en Savoie, au Piémont et en Suisse, pendant les 8ème, 9ème et 10ème siècles - d’après les auteurs chrétiens et mahométans, Paris, 1886, 324 pages, p. 18. Retour au texte

(3) - « La Septimanie à cette période connut les agents arabes du fisc chargés de percevoir le tribut stipulé par les traités de sauvegarde; elle connut également le passage des bandes armées chargées de surveiller la rentrée des contributions. Un calme relatif semble régner dans cette région grâce au jeune roi Akhila, qui était encore souverain à cette période. Ce n’est qu’après la prise de pouvoir d’Al-Horr, désigné (émir de l'Andalus) par le nouveau calife de Damas, et la disparition de Akhila de la scène politique, que la manière forte prit le pas sur la conciliation », Réf: Lacam Jean, Les Sarrasins dans le Haut moyen âge français, Paris, 1965, 217 pages, p. 21. Retour au texte

(4) - Voici comment la chronique rapporte cet événement :
« L'île de Lérins était alors célèbre dans toute la chrétienté par son couvent des moines, qui ne cessait pas de fournir à l'église des docteurs, des évêques et des martyrs. En ce moment, le couvent était sous la conduite de St Porcaire, et l'on y comptait 500 moines venus de la France, de l'Italie et des autres contrées de l'Europe, non compris un certain nombre d'enfants qui venaient s'y former à la culture des lettres. Aux approches des pirates, St Porcaire fit embarquer les enfants et les plus jeunes des religieux pour l'Italie. Quant au reste des moines, le saint, qui n'avait peut-être ni le temps ni les moyens de les conduire ailleurs, les assembla et les exhorta à attendre les Sarrasins, se résignant d'avance au sort que ces barbares voudraient leur réserver », Réf: Reinaud, o.c., p. 70. Retour au texte

(5) - Chakib Arslan, Histoire des expéditions arabes en France, en Suisse, en Italie et dans les îles méditerranéennes, (en arabe), Beyrouth, sans date [introduction datée de 1352 (H) / 1933 (ApJC)], 310 pages, p. 65. Retour au texte

(6) - Al Maqqari at-Tilimçani Ahmad, Nafhーattib min ghusn al Andalus arratib, Beyrouth, 1968, 8 volumes, vol. I, p.235. Al Maqqari meurt en 1041 (H) / 1631 (ApJC). Arslan dit qu'Assamah est tué en 103 (H) / 721 (ApJC), Réf: Arslan, o.c. p. 71. Retour au texte

(7) - Reinaud, o.c., p. 19-20. Arslan dit avoir remarqué en 1930 à Narbonne une rue qui porte le nom de Zama (Assamah), Réf: Arslan, o.c., p. 66. Nous pensons que le nom de famille actuel (Azéma) est à rapprocher de celui de l’émir arabe. D’ailleurs l’actrice française Azéma dit volontiers avoir des ascendants sarrazins. Retour au texte

(8) – L'historien Ibn al-Athir (555-630 (H) / 1160-1232 (ApJC)) dit que ’Anbaça est mort, plus tard, après le raid sur Autun, Ref: Ibn al-Athir ‘izz-ad-Din abul-Hassan, Al Kamil fi at-ta’rikh, 10 volumes plus 1 volume index, Beyrouth, 1982. Retour au texte

(9) - Arslan, o.c., p. 73 et p. 78-­79; Reinaud, o.c. p. 23. Retour au texte

(10) - Ibn Qutiyya, Ta’rikh iftitahーal-Andalus (Histoire de la conquête de l'Andalus), tahqiq Ibrahim Al ibyari, Beyrouth, 1982, 158 pages, p. 38. Ibn Qutiyya, historien andalou, mort en 367 (H) / 977 (ApJC). Retour au texte

(11) - L’endroit de la défaite des Arabes est appelé par eux, Pavé des Martyrs. La bataille avait commencé près de Tours pour se terminer aux environs de Poitiers en octobre 732, Réf: Arslan, o.c., p. 101. Selon les Arabes, la défaite eut lieu au mois de ramadhan de l'année 114 (H) / (732), Réf: Ibn al-Athir, o.c., Vol 5, p. 174. Retour au texte

(12) - Selon Lacam, l’émir aurait poussé Manuza au suicide. Sa tombe ainsi que celle de sa femme Lampégie se trouveraient sous l’église triangulaire de Planés. Cette église située dans les Pyrénées orientales est appelée par les gens du pays la Mesquita. Elle serait l’oeuvre d’un architecte musulman, Réf: Lacam, o.c., p. 78-81. Retour au texte

(13) - Arslan, o.c., p. 89-90. Retour au texte

(14) - Michel Rouche, Des Wisigoths aux Arabes, l’Aquitaine 418-781, naissance d’une région, Paris, 1979, 777 pages, p. 114. Retour au texte

(15) - « Elle marque la fin d’un raid, mais n’arrête rien en réalité. Si Charles avait été vaincu, il n’en serait résulté qu’un pillage plus considérable » , Réf: Henri PIRENNE, Mahomet et Charlemagne, 1961 (1ère édition : 1937), 258 pages, p. 23 et note p. 227. Retour au texte

(16) - Arslan, o.c., p. 83-84. Retour au texte

(17) - Reinaud dit : « Au printemps de l’année 732, Abderrahmane, à la tête d’une armée nombreuse et pleine d’enthousiasme prit sa route à travers l’Aragon et la Navarre et entra en France par les vallées du Bigorre et du Béarn... ».
« Les abbayes de St-Savin près de Tarbes, et de St-Sever-de-Rustan en Bigorre furent rasées; Aire, Bazas, Oleron, Béarn se couvrirent de ruines. L’abbaye de Ste-Croix près de Bordeaux, fut livrée aux flammes ». « Eudes n’ayant pu contenir l’avance des Arabes, alla invoquer l’aide de Charles Martel. Aux environs de Libourne, les Arabes détruisirent le monastère de St-Emilien; à Poitiers, ils brûlèrent l’église de St-Hilaire... ». « Les Sarrasins se disposaient à faire subir un sort semblable à la ville de Tours, attirés qu’ils étaient par le trésor de l’abbaye de St-Martin, lorsqu’on annonça l’arrivée de Charles Martel sur les bords de la Loire. En présence même de Charles, les Musulmans se précipitèrent sur la ville de Tours. Après huit jours passés à s’observer, les deux armées s’affrontèrent. Les Arabes disent que la bataille eut lieu près de Tours, alors que la chronique de l’abbaye de Moissac situe le combat près de Poitiers... ». « Une ancienne tradition qui a cours à Tours place le théâtre de la bataille dans les environs, au lieu St-Martin-le-Bel », Réf: Reinaud, o.c., p. 41-45. Retour au texte


Chapitre 2 : Après Poitiers


Introduction

La défaite des Arabes à Poitiers en 732 ne signifie pas la fin de leur présence en France, mais constitue un butoir à leur avance, en particulier vers le nord. Car pour Abd-al-Malik ibn-Qatn, nouvel émir, la priorité en Andalus est à ce moment précis de régler les crises internes. Néanmoins les Arabes fortifient encore plus les villes du Languedoc qu'ils occupent et entreprennent des actions vers l’est, à partir de Narbonne, qui restera leur place forte jusqu’en 759.

Dans le sud de la France, profitant de cette situation, des personnalités chrétiennes, qui n’acceptent pas d’être soumises au duc d’Aquitaine et encore moins au roi franc, « se hissent à la tête de leur ville ». Un provençal, Mauronte, s’octroie le titre de duc de Marseille; il fait appel aux Sarrasins, et étend son pouvoir jusqu’à la Provence entière (1).

L’émir ‘Oqba, qui gouverne l’Andalus de 734 à 740, noue par l'intermédiaire du gouverneur arabe de Narbonne, des alliances avec Riculfe et Mauronte, gouverneurs respectifs des régions de Nîmes et de Marseille. 'Oqba prépare ainsi la conquête du sud de l’Italie; à la même époque les Arabes ont déjà envisagé l’occupation de la Sicile (2).

Ainsi en 734, les Musulmans traversent le Rhône, occupent Arles et avancent vers la Provence. Ils occupent Fretta, aujourd’hui St-Rémi, et Avignon qu’ils appelleront Roche d’Abnyoun.
Ils resteront en Provence 4 ans (3 & 4). Ils y retourneront plus tard vers les années 870-880 avant d’en être expulsés vers 975.

En 737, Charles Martel et son frère Childebrand reprennent Avignon aux Arabes. En 739, Mauronte, l’allié des Sarrasins, perd ses positions en Provence et les Sarrasins ne traverseront plus le Rhône.
Après la prise d'Avignon, l'armée franque assiège Narbonne sans succès (5).

Charles Martel retourne en Austrasie, par la vallée du Rhône. Il quitte la Septimanie en emmenant des otages wisigoths dont il se méfie et de nombreux prisonniers sarrasins. Ceux-ci sont employés, pour une partie d’entre eux, à des travaux agricoles dans le Vivarais et les plus récalcitrants sont envoyés dans les mines argentifères des Cévennes qui servent de camp de répression (6).

Après la mort de Charles Martel, son fils Pépin est contesté dans son royaume mais les Arabes, préoccupés par leurs problèmes internes, ne profitent pas de cette nouvelle situation.



La prise de Narbonne par les Francs

Une révolte éclate en Andalus contre ‘Oqba. Le gouverneur de Narbonne, Abd-ar-Rahman ibn ‘Alqama, qui est sous les ordres du chef de la révolte, part en Andalus pour participer aux combats (7).
Profitant du départ du gouverneur de Narbonne en Andalus, le petit-fils du duc d'Aquitaine, Waiffre, tente de reprendre Narbonne. Pépin assiège à son tour la ville pendant 7 ans, de 752 à 759, date à laquelle la ville est prise (8).

Narbonne est donc restée la base des marches Andalouses du nord pendant 50 ans.

La chute de Narbonne est un coup dur pour les Andalous. Car ceux-ci, une fois leur sécession de l’empire abbasside consommée (9), doivent faire face à deux adversaires, qui ne tardent pas à s’allier contre eux : les Francs et les Abbassides de Baghdad.
Les Francs prennent l’initiative d’attaquer les Andalous aussi bien en France qu’en Andalus. Abd-ar-Rahman 1er, en difficulté avec les Abbassides (10), offre son alliance aux Francs, offre rejetée par Pépin le Bref qui préfère avoir des relations avec Baghdad.

En 765 Pépin envoie des ambassadeurs auprès du khalife abbasside Al Mansour, et reçoit à Metz des émissaires du même khalife. En 768, celui-ci envoie à son tour des ambassadeurs à la cour de Pépin (11).
Charlemagne, quant à lui, il entre en relation avec Abd-ar-Rahman 1er, et lui propose une alliance par mariage et une trêve. Abd-ar-Rahman accepte la seconde offre et ne répond pas à la première (12).

Nous pensons que la sécession de l’Andalus vis à vis des Abbassides est un facteur important du recul des Arabes en France et en Europe: l'Andalus ne bénéficiant plus de la puissance de l'Empire abbasside, bien au contraire.

En 759, les Arabes après leur défaite à Narbonne ne quittent pas la France. Ils restent dans le Dauphiné, à Nice et dans les Alpes, sous les règnes de Pépin et Charlemagne.
Ils y restent jusqu’au 10ème siècle en multipliant leurs incursions en Provence et s’avancent dans le Piémont et la Suisse (13).



Implantations des populations musulmanes vaincues. Esclaves dans les mines des Cévennes


On a peu d’informations sur l’implantation de populations musulmanes en France pendant la période étudiée. Cependant on dispose de quelques indices sur des populations qui restent prisonnières des Francs et des populations ayant fui dans les maquis après leurs défaites.

Chakib Arslan rapporte que le professeur Dalmas de la faculté de médecine de Montpellier donne, à la fin du 19ème siècle, une conférence sur les Arabes au cours de laquelle il dit : « Les Arabes arrivèrent dans la ville de Maguelone, non loin de Montpellier. Charles Martel les en chassa avant de brûler la ville afin qu’ils n’y retournent plus ».

Eglise de l'Ecluse (Roussillon). Dessin du chapiteau de la nef (Dessin de J. Lacam)



Le professeur Dalmas note que durant leur présence dans cette ville, les Arabes vendaient des livres de médecine et que des médecins arabes y étaient venus s'y installer et y exerçaient leur métier (14).
On parle aussi de populations installées dans le Bigorre, ainsi que de populations rescapées de la défaite de Poitiers en 732 (15).

Quand aux populations dont on retrouve les descendants dans les villages de la basse Ardèche, elles se composent de fugitifs, soldats qui ont échappé aux massacres de St-Just et de la plaine d’Aurelles perpétrés par Charles Martel en 737. Ainsi s’explique la persistance de leurs patronymes adaptés à la langue du pays. Dans d’autres cas, ils se sont perdus dans la population vivaraise. Exemple : Village de Balazuc « où le type maure demeure encore très accentué » (16).

Après 737, Charles Martel fait de nombreux prisonniers arabes. Ceux-ci sont installés dans des camps de concentration sur les gisements des Cévennes et de ses abords (mines de fer de Vinezac, mines d’argent de Thines, appelées autrefois Maurines, vallées de la Ligne, du Chassezac) où on trouve encore de nombreux toponymes sarrasins.

Les Arabes, qui ont occupé la région des mines pendant 18 ans, ont dû, pour exploiter les gisements, faire travailler des prisonniers chrétiens. Et puis voilà qu’ils se trouvent à leur tour eux-mêmes captifs, parqués dans les mêmes lieux pour y travailler sous étroite surveillance.
Du temps de Charles Martel et de Pépin le Bref les captifs sarrasins ne sont pas obligés d’abjurer leur religion; ce qui importe aux rois crétiens, c’est l’extraction du métal (17).

La Septimanie reçoit, elle aussi, de la main d’oeuvre sarrasine. En 793, lorsque l’émir andalou Hicham 1er attaque Narbonne, les captifs arabes travaillant dans les mines, se soulèvent, en particulier après la défaite du Comte de Toulouse sur les bords de l’Orbieu (18).
En 793, les sarrasins esclaves des mines du Rouergue se seraient soulevés eux aussi. Une tradition rapporte que la ville de Largentière aurait subi un siège du temps de Charlemagne et que la révolte de cette ville se serait étendue à toutes les villes des Cévennes. La répression est féroce (19).


Vestiges

A propos de l’influence des Sarrasins en France, Reinaud se pose la question de savoir pourquoi leur souvenir est resté si présent. Il pense que « la cause, la véritable cause d’un fait si singulier, c’est l’influence qu’exercèrent au moyen-âge les romans de chevalerie, influence qui s’est maintenue plus ou moins jusqu’à nos jours ». Et ces mêmes romans sont le plus souvent d’inspiration arabe (20). Signalons également le livre (en arabe) de Abdel Ilah Missoum, L'influence des Muwwachahat (poésie andalouse) sur les Troubadours, Alger, 1981, 320p.

De son côté, Jean Lacam, au début des années 1950, entreprend des recherches archéologiques à Narbonne dans la cour de la Madeleine, près de la cathédrale. Il met à jour les vestiges d'une mosquée construite par les Arabes entre 712 et 759, dans une partie de l'église St-Rustique, ainsi que trois tombes musulmanes (21).

Les recherches archéologiques mettent également à jour de la céramique (fragments de poteries en terre cuite jaune paille et rouge orangé) dans la Cour de la Madeleine à Narbonne, sur le plateau de Sijean et dans le camp d’Alzonne près de Carcassone, ainsi que des traces d’usage de la poterie à glaçure, et des fragments de récipients de verre datés du 8ème siècle (22).

Inscription arabe. Eglise de l'Ecluse (Roussillon). (Dessin de J. Lacam)



S’agissant des pièces de monnaies arabes, il n’y a pas très longtemps, des recherches mettent à jour leur existence puisqu'au milieu du 19ème siècle Reinaud note « que ce qui reste des premières invasions des Sarrasins, ce sont des médailles arabes qui servirent de monnaie »(23).
Des monnaies sont également découvertes à Narbonne, à Crèze près de Carcassonne, à Perpignan, etc (24).

Dans un tout autre domaine, des tours d’observation (an-nariyya) furent construites par l’émir ‘Oqba dans le sud de la France vers 734 (25).


Comportement et administration

Les Arabes appliquent aux populations du sud de la France les mêmes principes en usage chez les populations conquises non musulmanes.
Celles-ci continuent à pratiquer leur religion et gardent leur propre administration.
En 107 (H) / 725 (ApJC), quand l'émir andalou ‘Anbaça occupe Carcassonne les habitants cèdent, pour établir la paix, la moitié des dépendances territoriales de la ville aux Arabes, libèrent les prisonniers musulmans qui étaient retenus dans la ville, payent la djizia (imposition personnelle ou compensation) et s’engagent à respecter les lois qui gèrent les populations non musulmanes en terre d’Islam (26).
« Les Sarrasins, dit Reinaud, avaient respecté la religion du pays, et ils avaient laissé aux habitants des chapelles et des églises pour exercer leur culte; il était de plus resté des ecclésiastiques pour desservir ces églises »(27).

L’émir ‘Anbaça bénéficiait d'une bonne réputation, même parmi les Chrétiens. Selon Isidore de Beja, cité par Arslan, les conquêtes de cet émir sont davantage marquées par l'adresse et la prouesse que par la force et la violence (28) et « son équité rassemblait dans une même justice Musulmans, Chrétiens et Juifs, qui tous étaient pesés dans sa balance avec une égale impartialité » (29).

De même, en 734, sous l’émir ‘Oqba, les populations chrétiennes appliquent leur propre législation ; et c’est ainsi qu'après 737, les Goths du Languedoc auront leurs propres comtes mais qui seront privés de toute juridiction militaire (30).

Cependant les auteurs arabes ainsi que les auteurs chrétiens parlent des ravages que provoquent les expéditions arabes, en particulier en Aquitaine et en Languedoc. Mais on note qu’en Provence, les Arabes, alliés de chefs provençaux, appliquent vis à vis des populations chrétiennes une politique plus souple qu’ailleurs. Il faut remarquer enfin, que les pèlerins et les marchands chrétiens peuvent se rendre librement en Egypte, en Syrie et dans les autres pays Musulmans (31).

S’agissant des impôts, c’est l'émir Assamah qui le premier en 720 étend les règles en usage en Andalus, au Languedoc. Dans cette dernière contrée il distribue aux guerriers et aux familles musulmanes pauvres, une partie des terres enlevée aux Chrétiens. Le reste est laissé au fisc (32).
Les conquêtes de ‘Anbaça ont pour résultat de doubler les rentrées des impôts par rapport aux années précédentes.

En règle générale, les Arabes respectent la propriété et la religion des populations. Ils s’emparent, par contre, des biens des églises et de ceux qui quittent le pays. D'autre part lorsque le pays est occupé par la force, sa population est soumise à un tribut double de celui exigé d’un pays qui se soumet (33).

Ainsi les populations françaises payèrent :
- un impôt sur leurs biens qui s'élevait au cinquième du produit (alors que cet impôt est le dixième du produit, pour les biens tombés entre les mains des Arabes),
- un impôt personnel appelé djizia ou compensation,
- un impôt appelé zakat sur les marchandises et les biens meubles estimé à 5% (contre 2,5% pour les Arabes).

Lieux-dits et populations sarrasines. Recherches archéologiques

De nombreux lieux en France témoignent jusqu’à nos jours du passage ou de de la présence plus ou moins durables des Arabes dans ce pays au début du 8ème siècle.
Ces lieux évoquent les temps passés, à travers leurs noms ou les vestiges qui y sont découverts. Certains de ces vestiges ont été cités plus haut, comme la mosquée de Narbonne, par exemple.

Des noms de lieux indiquant des sites de batailles livrées par les armées arabes et françaises (batailles de la Berre près de Narbonne, batailles dans la vallée du Rhône et en Ardèche, etc.), ou des lieux de résidence forcée pour les Sarrasins (mines des Cévennes et de l’Ardèche) ou enfin des cités où vécurent jadis ces Arabes.

Cruche en terre cuite jaune trouvée dans une tombe à Sigean près de Narbonne (Photo J. Lacam)



On a plus d’information sur les sites miniers puisque l’habitat était concentrationnaire, donc contrôlé. Quant aux autres endroits de résidence, on ne peut émettre que des hypothèses sur le devenir de leurs populations : se sont-elles fondues dans les populations autochtones, ou sont-elles retournées en Andalus, après la fin de l’occupation arabe ?

Des investigations ont lieu dans des endroits ayant servi probablement de séjour aux Sarrasins, ou des lieux où se déroulèrent jadis des batailles : Languedoc-Roussillon (Sijean, Les Corbières, la montagne noire), la vallée du Rhône, l'Ardèche, etc.



Sur les bords de la Berre, non loin de Narbonne, eut lieu la bataille de la Berre, entre Charles Martel et l’armée arabe commandée par Omar, venu soulager Narbonne assiégée par les troupes de Charles Martel.
Des traces de cette bataille ont été révélées : une éminence appelée Pech Maho (observatoire du commandant Omar); dans les vignes du plateau de Gratias on a découvert de nombreux tessons intéressants; sur le plateau des Cavettes se tenait le camp arabe (34).

Dans le Roussillon, est situé un cimetière à 2 km du Prieuré de Serrabone, appelé « Cimetière des Maures ».
L’église de Planès, dans les Pyrénées Orientales, est appelée par les gens du pays la « Mesquita ». Elle serait l’oeuvre d’un architecte arabe (35 & 36).
Et il ne faut pas oublier les églises de l’Ecluse et St-­Martin des Puits (37).

Dans la vallée du Rhône et en Vivarais (Ardèche)

Région de la basse-Ardèche occupée par les Sarrazins (Lacam Jean, Paris, 1965, 217 p., p.98).



En 734, Avignon devient pour les Arabes une base dont dépendent des camps installés dans le Vivarais (Ardèche) :
- au nord du département de l’Ardèche, près d’Andance, se situait le Ribât (camp) au sommet de la colline du Castellet, au lieu-dit La Sarrazinière (peut-être y avait-il également un poste de surveillance sur l’autre rive à l’emplacement du château de Mornas (ancien nom Morenate),
- le deuxième centre se trouverait entre Viviers et la basse Ardèche et le camp retranché se situerait au sommet de la Dent de Rez. Enfin le camp le plus avancé des Sarrasins parait avoir été Le Pouzin.

Sur le Rhône et au sud du Pouzin, il y a Rochemaure, qui aurait été occupée par les Sarrasins, et près de Viviers, le lieu-dit Les Sarrasins.

Plus à l’ouest (du Rhône?) non loin du village de Vallon et sur les affluents : Le Chassezac, la Baume et la Ligne, il y eut de nombreux endroits aux bords de ces rivières où des camps de défense sarrasine furent installés (aux environs des contreforts des Cévennes. Au passage de ces trois affluents, on retrouve des vestiges sarrasins : à Rosières, au passage de la Baume, au lieu-dit Chon de Regi (Champ du Roi) on a trouvé, en labourant les champs, des débris d’armures et d’armements.

Dans la plaine de Beaulieu, on a trouvé des ossements et des débris d’armes au lieu-dit « Sarrasins », dans la commune de Berrias.

Les Sarrasins ont occupé aussi le château et le village de Cornillou en 734 et 737.

A St-Marcel on parle d’un cimetière de chevaux (38).
A l’est de St-Marcel et sur les bords du Rhône, sur la colline de Brancas, on a trouvé des poteries décorées de cercles concentriques.

Des investigations réalisées à St-Just, St-Marcel, Bidon et St-Remèze montrèrent l’emplacement du combat qui aurait eu lieu dans la plaine de l’Aurèle.

Le bas-Vivarais

Autour du plateau de St-Remèze, il y a:
- le village de Rieumourenc;
- le lieu-dit Sarrazin dans le vallon de Conspié, à l’ouest de Viviers;
- le lieu-dit Sarrazin à Lagorce appelé autrefois Sarrazin;
- un pont Sarrazin à côté de Vallon;
- lieu-dit La Morelle;
- lieu-dit Darbousset, près de Bourg St-Andéol;
- lieu-dit Darboussières au nord de la côte de Razal;
- un quartier des Catalans;
- un quartier Mournègre, au voisinage de St-Jean d’Artignan.

Dans cette région, la patronymie et le type sarrazin évoquent les temps passés (39).

D’autres patronymes évoquent les Sarrasins en France : Sarrazin dans le sud-ouest, Neyrat en Auvergne, Brunet sur le Rhône, vers Marseille, Noir en Rhône-Alpes et au Centre, Turquant au Cap Corse, Mohr et Schwartz en Alsace (40).

La tradition locale du Vigan (dans le sud du Rouergue?) relate que les Sarrasins arrivèrent par le nord du côté de Mandagont, qu’ils descendirent sur le Vigan par le col qui a gardé le nom : col de Mourèzes, qu’ils forcèrent la ville et la détruisirent. Plusieurs noms autour de Le Vigan rappellent la présence des Sarrasins : Camp Sarrazi, Le Mas de Régis qui aurait été l’habitation du roi des Sarrasins. Ainsi des armes de cette époque sont trouvées autour de la ville. Egalement la vallée de la Vis, orientée vers Narbonne et l’Espagne, a porté longtemps le nom de Route des Invasions.

Dans les Cévennes, à Vallée Française, la tradition rapporte l’existence des combats contre les Sarrasins dans les environs (41).


Notes du chapitre 2

(1) - Joseph Reinaud (1795-1867), Invasion des Sarrasins en France et de France en Savoie, au Piémont et en Suisse, pendant les 8ème, 9ème et 10ème siècles - d’après les auteurs chrétiens et mahométans, Paris, 1886, 324 p., p. 52-53. Retour au texte

(2) - Ibn al-Athir dit que 'Oqba est mort, plus tard, après le raid sur Autun. Ibn al-Athir ‘izz-ad-Din abul-Hassan, Al Kamil fi at-ta’rikh (Histoire), 10 volumes plus 1 volume index, Beyrouth, 1982, vol. 5, p. 185. Ibn al-Athir = historien : 555-630 (H) / 1160-1232 (ApJC). La Sicile sera occupée par les Arabes jusqu'en 1050. Retour au texte

(3 & 4) - Appelé ainsi parce qu’il existe un rocher sur lequel sera construit le château des papes, Réf: Al Maqqari at-Tilimçani Ahmad, Nafhーattib min ghusn al Andalus ar-ratib, Beyrouth, 1968, 8 volumes, vol. I, p.274. Al Maqqari meurt en 1041 (H) / 1631 (ApJC). Retour au texte

(5) - Le siège est levé pour aller à la rencontre de l'armée envoyée par ‘Oqba venue soulager les Arabes assiégés à Narbonne. L'armée arabe, venue par mer, débarque à l'embouchure de la Berre (non loin de l’actuel site de Sijean). Les Arabes sont vaincus, mais leurs forces ne sont pas détruites complètement par Charles Martel qui renonce à assiéger Narbonne. Rappelons que Charles Martel avait déjà assiégé la ville en 732, après la bataille de Poitiers, sans aucun succès. Retour au texte

(6) - Lacam Jean, Les Sarrasins dans le Haut moyen âge français, Paris, 1965, 217 p., p. 24; Reinaud, o.c., p. 58-60. Retour au texte

(7) - Ibn Qutiyya, Ta’rikh iftitah al-Andalus, tahqiq Ibrahim Al ibyari, Beyrouth, 1982, 158 pages, p.39-42. Ibn Qutiyya, historien andalou, mort en 367 (H) / 977 (ApJC).
La révolte eut lieu en 123 (H) / 740 (ApJC). En 129 (H) / 746 (ApJC), le même gouverneur se rebellera contre l’émir Youçouf ibn Abd-ar-Rahman . Il est tué, sa rébellion ayant échoué, Réf: Ibn al-Athir, o.c., vol 5, p. 376. Retour au texte

(8) - Chakib Arslan, Histoire des expéditions arabes en France, en Suisse, en Italie et dans les îles méditerranéennes, Beyrouth, en arabe, sans date [introduction datée de 1352 (H) / 1933 (ApJC)], 310 pages, p. 66.
En effet en 752, Pépin décide d'assiéger Narbonne. Mais la résistance des Arabes est longue. Un facteur important immobilise les armées suite à une famine qui ravage la France et l'Espagne, Réf: Reinaud, o.c., p. 78.
En 759, Narbonne est livré à Pépin par les habitants Wisigoths de la ville auxquels il promet l'autonomie, Réf: Arslan, o.c., p. 113. Pépin ne tiendra pas sa promesse. Retour au texte

(9) - Abd-ar-Rahman 1er fait sécession de l’empire abbasside et fait de l’Andalus un royaume indépendant pour lui et sa descendance, Réf: Al Maqqari, o.c., vol I, p. 282. Retour au texte

(10) - Au moment où Abd-ar-Rahman 1er est en train de conquérir le pouvoir en Andalus, le khalife abbasside Al Mansour demande à ses agents de soulever l’Andalus contre lui. Mais le prince ommeyade déjoue le complot et envoie la tête du chef des comploteurs à la Meqque afin qu’elle soit vue par Al Mansour qui est en pèlerinage à ce moment là, Réf: Ibn Qutiyya, o.c., p. 54-55.
Ibn Khaldoun date les faits en 149 (H) / 766 (ApJC), Réf: Ibn Khaldoun Abd-ar-Rahhman (732-808 (Hégire) / 1332-1406 (ApJC), Kitab al ‘Ibar..., 14 volumes, Beyrouth, 1981, Dar al Kitab al-Lubnani, tome VII, p. 266; Ibn al-Athir, quant à lui, date les faits en 146 (H) / 763 (ApJC), Réf: Ibn al-Athir, o.c., Vol 5, p. 575. Retour au texte

(11) - La guerre entre Abd ar Rahman 1er et les Abbassides se poursuit sous le khalifat abbasside d’Al Mahdi. En 160 (H) / 776 (ApJC), une armée maghrébine fidèle aux Abbassides débarque en Andalus pour tenter de faire revenir l’Andalus dans le giron de l’empire abbasside. Le gouverneur de Barcelone, Sulayman ibn Yaqdhan, refuse d’aider les Maghrébins et les combat. Echec des Maghrébins, Réf: Ibn al-Athir, o.c., vol VI, p. 54.
En 164 (H) / 780 (ApJC), le gouverneur de Barcelone Sulayman se rebelle contre Abd-ar-Rahman 1er et offre son alliance à Charlemagne. Le projet du gouverneur échoue, Réf: Ibn al-Athir, o.c., vol VI, p. 64. Retour au texte

(12) - Al Maqqari, o.c., vol I, p. 330-331. Retour au texte

(13) - Arslan, o.c., p. 113-114. Retour au texte

(14) - Le professeur souligne l’importance de cette implantation dans le devenir futur de la médecine dans cette région (Université de Montpellier). Il précise aussi qu’il existe dans le musée de l’Université des pièces trouvées à Maguelone portant des versets du Coran et des formules arabes, Réf: Arslan, o.c., p.236. Retour au texte

(15) - On rapporte que les habitants du bord de la Saône, entre Mâcon et Lyon, surtout sur la rive nord, seraient des descendants de soldats d’un camp arabe coupé du gros de l’armée, après la défaite de Poitiers. Et on précise qu’ils ont des coutumes et utilisent des termes spécifiques qui seraient d’origine arabe, Réf: Reinaud, o.c., p. 302-303 ; Arslan, o.c., p. 239.
Mais rien de tout cela n’est attesté. D’autre part, il y a certains qui rattachent aux invasions sarrazines des populations installées dans le Bigorre et dans les contrées voisines et qu’on appelle cagots, terme qui viendrait de caas-goths (chasseurs de Goths). Cette interprétation est rejetée catégoriquement par Reinaud; Réf: Reinaud, o.c., p. 304. A propos des cagots, voir : Francisque MICHEL, Histoire des races maudites de la France et de l’Espagne, 2 volumes, 1847. Retour au texte

(16) - Lacam, o.c., p. 96. Retour au texte

(17) - La fondation de la ville de Joyeuse est le résultat de l’occupation après 737 du camp sarrazin récupéré au lieu-dit du Pouget, faubourg Est de Joyeuse. Le camp de Largentière est fondé en 737: « l’humble hameau qui se trouve au voisinage des mines se transforme en un vaste camp de concentration pour les captifs sarrasins, les plus récalcitrants étant employés dans les mines, les autres, utilisés pour des travaux agricoles ou artisanaux suivant la compétence de chacun », Réf: Lacam, o.c., p. 92.
Les noms donnés aux quartiers de Largentière depuis l’origine et connus aujourd’hui encore sous les noms de Sarrasins et de Ségalières au bord de la rivière, attestent de la présence des nombreux prisonniers sarrasins travaillant dans les mines, Réf: Lacam, o.c., p. 92-94. Retour au texte

(18) - Il s’agit de l’intervention contre Narbonne, sous l’émir de l’Andalus, Hicham 1er, fils de ‘Abd-ar-Rahman 1er, en 177 (H) / 793 (ApJC). ‘Abd-al-Malik ibn Moughith commande l’expédition. Mais les Arabes ne peuvent pas s’y installer comme la première fois, 70 ans auparavant, Réf: Al Maqqari, o.c., vol I, p. 337-338.
Aucune autre expédition arabe ne sera menée en Septimanie. Ibn Khaldoun dit que Hicham 1er envoie son vizir Abd-al-Malik à Gérone et à Narbonne, Réf: Ibn Khaldoun, o.c., vol VII, p. 271. Retour au texte

(19) - Lacam, o.c., p. 95.
Ce n’est qu’à partir de l’avènement de Louis-Le-Pieux en 814, que le sort des captifs Sarrasins commence à s’améliorer avec le début de « l’assimilation des colonies sarrazines attachées aux mines ». Cette assimilation dure longtemps, la relève des captifs sarrasins étant assurée par de nouveaux captifs, pas tous d'origine sarrazine, Réf: Lacam, o.c. p. 95-96. Retour au texte

(20) - « Presque chaque ville du midi de la France et de l’Italie fut censée avoir eu son émir et son prince sarrazin, ne fût-ce que pour ménager aux preux de la chrétienté le mérite de les déposséder », Réf: Reinaud, o.c., p. 311-314.
« Pour comprendre le substrat des récits épiques, il faut avant tout consulter les textes arabes », Réf: Naissance et développement de la chanson de geste en Europe, par A. de MANDACH, Paris/Genève, 1961, cité dans : Literatura arabe y literatura francesa en la edad media, par Alvaro GALMES DE FUENTES, Sharq Al-Andalus - Estudios Arabes, Alicante, num. 7 (1990), pp. 37-53, p. 39. Retour au texte

(21) - Lacam, o.c., p. 45. L'auteur des fouilles se pose la question de savoir si le clocher (à l'opposé du mihrab) de l'église carolingienne, appelé traditionnellement "Tour Moresque", n'est pas l'ancien minaret qui n'avait pas été détruit comme l'avait été la mosquée.
Les têtes des squelettes trouvés dans les tombes sont orientées Est-Sud-Est, c'est à dire dans la même disposition que dans les pays musulmans, Réf: Lacam, o.c., p. 56-­59. Retour au texte

(22) - Lacam, o.c., p. 59-64 et 68. Retour au texte

(23) - Reinaud, o.c., p. 291. Retour au texte

(24) - Lacam, o.c., p. 70.
Lorsque Mouça Ibn Nussayr (gouverneur d'Ifriqia – Maghreb actuel) arrive à Tolède, il fait frapper des monnaies en son nom, en latin.
Monnaies trouvées en France :
- dinar à légendes arabe et latine daté de 95 (H) / 714 (ApJC) trouvé à Perpignan en 1841;
- dirham avec formule coranique frappé à Taimara (Iran) daté de 95 (H) / 714 (ApJC) trouvé à Bizanet, près de Narbonne en 1856;
- bronze à légendes arabe et latine frappé au Maghreb, daté de 97 (H) / 716 (ApJC), trouvé à Douzens à mi-chemin entre Narbonne et Carcassonne en 1943;
- dirham avec formule coranique, frappé à Istakhr (Iran), daté de 96 (H) / 715 (ApJC), trouvé à Crèze près de Carcassonne en 1943.
D’autres monnaies sont découvertes à Perpignan:
- un dinar daté de 120 (H) / 740 (ApJC);
- un dirham daté de 145 (H) / 762 (ApJC);
- un dirham daté de 155 (H) / 773 (ApJC).
Un dirham avec une formule coranique, frappé en Andalousie et daté de 176 (H) / 793 (ApJC) est trouvé en 1943 à Marseillette, près de Carcassonne (la date de 793 correspond à l’assaut des troupes arabes contre Narbonne sous Hicham 1er, émir de l’Andalus).
On parle d’une monnaie frappée à l’effigie d’Assamah.
D’autres monnaies de petit module trouvées dans le sous-sol de Narbonne sont du 8ème siècle; elles ont dues être frappées à Narbonne. Retour au texte

(25) - C’est son prédécesseur Assamah qui commence la construction de ces tours en France en même temps qu’il les développe en Andalus. Les Arabes avaient développé en effet un système de tours d’observation et de communication construites entre Alexandrie et Tanger. De ces tours, en allumant des feux les uns après les autres, en une nuit, on pouvait transmettre une information de Tanger à Alexandrie, Réf: Arslan, o.c., p. 237-238. Retour au texte

(26) - Ibn al-Athir, o.c., vol V, p. 136. Retour au texte

(27) - Reinaud, o.c., p. 274. Retour au texte

(28) - Arslan, o.c., p.73. Retour au texte

(29) - La bataille de Poitiers, par Jean-Henri Roy et Jean Deviosse, Paris 1981 (1ère édition : 1966), 350 pages, pp. 155-156. Retour au texte

(30) - Reinaud, o.c., p. 271-272. Retour au texte

(31) - Reinaud, o.c., p. 63 et 284. Retour au texte

(32) - Reinaud, o.c., p.279. Retour au texte

(33) - « Quand un pays se soumettait de lui-même, les vainqueurs respectaient les propriétés et le culte établi. Seulement ils s’emparaient d’une partie des églises qu’ils convertissaient en mosquées, et prenaient les richesses des églises, les terres vacantes, et les biens dont les propriétaires s’étaient expatriés... Pour les pays qui ne s’étaient soumis qu’à la force, ils étaient exposés à toute la violence de la conquête, et le tribut qui leur était imposé s’élevait au double des autres », Réf: Reinaud, o.c., p. 8. Retour au texte

(34) - Dans tous ces lieux cités, on a trouvé des tombes appartenant à des Musulmans, identiques à celles trouvées dans la cour de la Madeleine à Narbonne, Réf: Lacam, o.c., p.74. Retour au texte

(35 & 36) - « On pense que les Arabes, rejetés sur Serrabone, enterrèrent leurs morts pas loin du Mont Rouge et plus loin, au Mas d’Azil », Réf: Lacam, o.c., p.78-81. Retour au texte

(37) - L’église de l’Ecluse, particulière quant à son architecture, se trouve dans le village de l’Ecluse, à 5 km du Boulou, sur la route allant de Perpignan au Pertus. Ses motifs décoratifs ressemblent bien à ceux qui ornent les mosquées de l’époque omeyyade. A l’intérieur de cette église, on remarque une inscription arabe conservée jusqu’à nos jours, Réf: Lacam, o.c., p.81-84.
En 1957, dans l’église de St Martin des Puits dans les Corbières on découvre des décorations avec des motifs qui se répètent et qui représenteraient des caractères coufiques, Réf: Lacam, o.c., p.84-85 et 87. Retour au texte

(38) - Lacam, o.c., p.87. Retour au texte

(39) - « Lagorce, à Vallon; dans tous les hameaux voisins des gorges de l’Ardèche; à St-Martin; à St-Just, à St-Marcel-d’Ardèche, les Saladin, les Morni, les Eldin et ses dérivés Leldin et Deldin abondent. Ces patronymes ainsi que Sarrasins et Allamel ont gagné le reste du bas Vivarais, mais au voisinage de la basse Ardèche et du bas Chassezac, ils sont en bien plus grand nombre », Réf: Lacam, o.c., p.93-94. Retour au texte

(40) - Les Sarrasins à travers les Alpes : fouilles et glanes dans l'histoire musulmane, par J.Pierre Sandoz, Stäfa 1993, 96 pages (traduit de l'allemand), p. 27. Retour au texte

(41) - Lacam, o.c., p. 96-97.
-Pour Le Vigan, Lacam cite Pierre Gorlier :« Le Vigan à travers les siècles », 1955.
- Il y avait une imprégnation sarrazine très marquée dans certains hameaux accrochés aux pentes de la vallée. Existence de deux lieux de combats : « Fez Rolland » et « Fès Begnon ». De plus, pendant des siècles les habitants de Vallée Française ne payèrent pas la taille, en remerciement de leur participation à la lutte contre les Sarrasins, Réf: Lacam, o.c., p. 96-97. Retour au texte





Chapitre 3 : Débarquement des Arabes en Provence (1)




Vers 889-890, le Dauphiné et la Provence dépendent de Boson, roi d’Arles. Et à Cordoue règne l’émir ‘Abd-Allah Muhammad (888-912).
Selon Luitprand (2), entre 891 et 894, une vingtaine de pirates andalous débarquent dans une crique du golfe Sambracinatus, l’actuel golfe de St-Tropez, appelé autrefois golfe de Grimaud (3).
Ils apportent la nouvelle en Espagne et reviennent plus nombreux et armés et s’installent dans le Fraxinet (l’actuel Massif des Maures).



Description du Massif des Maures selon des sources arabes

Ibn-Hawqal, géographe arabe (mort en 977), dit que Jabal al-Fulal (ou Jabal-al-Qilal = la Montagne des hautes cimes=, c’est ainsi que l'auteur désigne le Massif des Maures), dépend, tout comme l’île de Majorque, du khalifat de Cordoue.
Jabal-al-Qilal est à l’époque qui nous intéresse une île, hypothèse confirmée de nos jours (4).
Ibn Hawqal situe Jabal-al-Qilal sur la terre des Francs. Selon lui, ce massif est occupé par des Mujahidin (combattants). Eau, terre et agriculture nourrissent ceux qui s’y réfugient. En construisant des fortifications au sommet de collines stratégiques, les musulmans empêchent les Francs de s’approcher du massif. L'accès à ces fortifications est très difficile. La longueur du massif correspond à deux journées de marche (5). Voilà ce que nous dit Ibn-Hawqal à propos du Massif des Maures.
Quant à Al-Istakhri, il nous décrit le Jabal al-Qilal avec des rivières torrentueuses. Et, précise-t-il, l’endroit occupé par les Sarrasins est inaccessible. Ceux-ci résistent aux Francs qui ne peuvent les en déloger.

Jabal al-Qilal décrit par Ibn-Hawqal comme une ile en Méditerranée: au niveau du (1).



Al-Istakhri, tout comme Ibn-Hawqal, estime la longueur du massif à deux journées de marche (6).
Dans un autre texte relatif au Jabal al-Qilal, intitulé « Hudud al ‘alam » (Les régions du monde), on y lit : « Dans la mer des Rum, se trouvent six îles habitées et deux montagnes. Le Jabal al-Qilal est situé à proximité du pays des Rum. A l’ouest il y a une montagne dont on dit que personne n’a été capable d’en atteindre le sommet, du fait de sa hauteur, montagne riche en gibier, bois de construction et combustible » (7).

Description du Massif des Maures selon des sources chrétiennes

Selon Liutprand, le Fraxinet ou Massif des Maures est situé aux confins des Italiens et des Provençaux. Un côté est baigné par la mer, les autres sont entourés d’une forêt épineuse. Selon le même auteur, ainsi que le chroniqueur de la Novalaise, la principale forteresse des musulmans est située sur le rivage de la mer (8).
Ce que les Arabes appellent Jabal-al-Qilal correspond au Fraxinet. En effet, au 19ème siècle, Jabal al-Qilal est identifié par Reinaud au Fraxinet, situé en Provence et dont les sommets restent inhabités avant l’arrivée des Andalous. Le golfe de Grimaud serait le seul endroit possible en Provence, pour lequel correspondraient des descriptions arabes et des textes se rapportant au Fraxinet. Les bases les plus importantes de l’implantation des Andalous en Provence sont : La Garde-Freinet, Grimaud, Cogolin, Ramatuelle, Gassin, Notre-Dame-de-Miramar, etc. Les Andalous y construisent des forteresses, des forts et des châteaux. Ils créent un port fortifié dans le golfe Grimaud abritant toute une flotte.

La forteresse la plus importante et la plus célèbre, appelée Fraxinet, est construite au col du Freinet, point à partir duquel ils dominent l’ensemble de la région. On aperçoit encore des vestiges de cette base : « des portions de murs taillés dans le roc, une citerne également taillée dans le roc et quelques pans de murailles »(9).
Cependant, Reinaud pense que l’endroit où on suppose l’emplacement de la forteresse la plus importante (à la Garde-Freinet) n’est pas exact (10).



Expéditions sarrasines à partir du Fraxinet

A partir de cette base, les Sarrasins vont ravager le comté de Fréjus. Ils pénètrent dans la région de Marseille et remontent le Rhône (Valentinois, Viennois). Ils s’étendent alors vers l’est, jusqu’aux Alpes. Les églises de Sistéron et de Gap sont brûlées.
Un acte ancien signale, près d’Embrun, trois tours fortifiées où les Sarrasins s’établissent et d’où ils dominent les environs (11).« Les campagnes passent sous le contrôle des Sarrasins, les villes conservent leur autogestion sans être inquiétées par leurs armées à l’exception du port de Fréjus qui fut entièrement détruit, redouté, comme le rival dangereux du port voisin de Grimaud (créé par les Sarrasins) »(12).

Les Sarrasins arrivent au Piémont jusqu’à Acqui et Asti (13 & 14). C'est ainsi, qu'ils vont s’installer dans les Alpes à partir du Fraxinet.

En Provence, les Sarrasins resteront près d’un siècle, et beaucoup plus longtemps encore dans les Alpes.
On peut se demander comment un nombre si peu élevé d’Andalous débarqués en Provence aient pu “ occuper ” une si grande étendue ?Les auteurs arabes ne parlent pas en détail de l’installation des Andalous dans le Massif des Maures. C’est à peine s’il y a eu deux ou trois récits sur ce point, et encore, de manière indirecte (celui rapporté par Ibn Hawqal, cité plus haut, et le contrat entre le khalife de Cordoue et Hugues de Provence).
Les auteurs chrétiens, quant à eux, ils pensaient que les Arabes du Fraxinet dépendaient de Cordoue et qu’ils payaient tribut au khalife (15).

Les relations entre les Arabes de Provence et l’Andalus se font surtout par mer (apport en personnes, échanges de marchandises, etc.). A cette époque la flotte andalouse est de loin supérieure à la flotte franque (16). De plus, les Andalous du Fraxinet correspondent avec Cordoue par l’intermédiaire de pigeons voyageurs, comme en témoignent les vestiges de pigeonniers du Var (17).

Ce qui explique également le développement de la population sarrasine en Provence est l’hypothèse d’une islamisation d’une partie des populations locales rencontrées, soumises ou attirées par la nouvelle aventure. Mais sur ce point il y a peu d’informations (18).

Enfin, une dernière hypothèse est l’existence d’une population sarrasine préétablie, et qui exista bien avant l’arrivée des Andalous en Provence en 889-890.



Une population andalouse préétablie en Provence

Dans la première moitié du 8ème siècle, lorsque les Arabes occupaient le Languedoc, ils faisaient déjà des incursions en Provence.
Si les tentatives d’occuper cette région avaient alors échoué, il n’en demeure pas moins que cet objectif restait présent à l’esprit des gouverneurs de Cordoue.

Après la chute de Narbonne en 759, alors que l’Andalus traverse une crise politique aiguë, les Andalous n’arrêtent pas leurs attaques contre les Francs jusqu’à leur installation en Provence à la fin du 9ème siècle (19).

On peut également penser que les troupes arabes qui traversent les Pyrénées, en route pour le pays des Francs, ne sont pas toutes revenues en Andalus (20).

Après la prise d’Avignon par Charles Martel en 737, les populations sarrasines fuient les massacres qui s’en suivent (21).
D’autre part, Charles Martel, après l’échec de son siège de Narbonne (après 737), retourne en Austrasie, par la vallée du Rhône, en emmenant de nombreux prisonniers sarrazins. Ceux-ci sont employés pour une partie d’entre eux, à des travaux agricoles dans le Vivarais, et les plus récalcitrants sont envoyés dans les mines argentifères des Cévennes qui servent de camp de répression. Les captifs sarrazins ne sont pas obligés d’abjurer leur religion du temps de Charles Martel et de Pépin le Bref; car ce qui importe à ces derniers, c’est l’extraction du métal (22).
Ainsi ces populations captives gardent longtemps leurs sentiments d’appartenance sarrasine, et ne cessent de se soulever à chaque occasion (23).
On pourrait penser qu’après la chute de Narbonne en 759 et le retour des Andalous en Provence à la fin du 9ème siècle, rien ne s’était passé. Au contraire !

Au 8ème siècle

Déjà en 734, le gouverneur de Narbonne, Youcef ibn ‘Abd-ar-Rahman traverse le Rhône. En 735, le même Youcef, appuyé par Mauronte, duc de Marseille, s’empare d’Arles (24). Fretta, aujourd’hui St-Rémi, et Avignon sont occupés. C’est ainsi que durant quatre ans les Arabes resteront en Provence.

En 737, Charles Martel reprend Avignon. Nouvelle incursion des Sarrasins en Provence en 739; ils menacent cette fois les Lombards. Les Sarrasins, ainsi que leurs alliés provençaux, sont repoussés une nouvelle fois par Charles Martel. Une partie de ceux qui sont repoussés, prend la route des Alpes le long de la Durance, et l’autre, avec Mauronte, traverse Toulon et Hyères et s’arrête dans le Massif des Maures (25). Les Francs ne gardent que l’Ardèche; Mauronte tolère la présence des Sarrasins dans les régions abandonnées par les Francs, ceux-ci pouvant constituer un barrage contre les Lombards.

Enfin en 177(H) / 793(ApJC), sous le règne de l’émir andalou Hicham 1er (fils de ‘Abd-ar-Rahman 1er), il y eut une importante expédition dans le pays des Francs qui dura plusieurs mois (26).

Au 9ème siècle

Bien avant le débarquement des Andalous dans le Massif des Maures, une partie de Castellane (Basses-Alpes) est détruite en 812 par les Sarrasins (27).
En 813, ont lieu des attaques contre Nice et Civita Vecchia (près de Rome). Marseille est prise en 848.

Tous les émirs qui se succèdent à la tête de l’Andalus font de leur lutte contre les Francs une priorité.
En 210(H) / 825(ApJC), l’émir ‘Abd-ar-Rahman, fils d’Al-Hakam, envoie une expédition en terre des Francs, dirigée par Ubayd Allah Ibn al-Balanci, qui se solde par une grande victoire (28).
En 231(H) / 845(ApJC), le khalife andalou Abd-ar-Rahman II envoie son chambellan Abd-al-Karim ibn Mughith avec ses troupes, à Barcelone qui dépend alors des Francs (29).
Et enfin, en 842 et en 850, des Sarrasins arrivent aux environs d’Arles. Après plusieurs expéditions, ils s’installent en Camargue en 869 (Voir: R. Poupardin, Le royaume de Bourgogne (888-1038), Paris, 1907, 510 pages, p. 248-249).



Notes du chapitre 3

(1) - Les sources historiques concernant cet événement qui a touché la Provence à la fin du 9ème siècle ne sont pas nombreuses. Et la plupart d’entre elles sont postérieures aux événements. Citons quelques sources: les Annales de Flodoard, l’Antapodosis de Liutprand, la Chronique de la Novalaise (écrite sous diverses versions de 1025 à 1050 par un moine de cette abbaye, abbaye détruite par les Sarrasins au début du 10ème siècle), la Vie de St Mayeul, abbé de Cluny, par Syrus, la Vie de St Romule, la Vie de St Bobon. Retour au texte

(2) - A partir de 958, Luitprand, évêque de Crémone rédige l’ouvrage Antapodosis, où il exalte l’oeuvre accomplie par Othon Premier, empereur de Germanie, alors qu’il dénigre la politique italienne pratiquée depuis la fin du 9ème siècle.
Liutprand, qui était secrétaire de Bérenger, roi d’Italie, et qui ayant perdu les faveurs de son souverain, passe à la cour de Othon. Dans son ouvrage, l’évêque décrit le Fraxinet (l'actuel Massif des Maures). Retour au texte

(3) - Le nom de Grimaud qui est connu depuis le 10ème siècle dérive de Gibelin de Grimaldi qui reçut de Guillaume 1er de Provence la baronnie du Val-Freinet, en récompense de ses exploits contre les Sarrasins. Gibelin y établit sa résidence dans une des habitations que les Sarrasins avaient fondées, Réf: Lacam Jean, Les Sarrasins dans le Haut moyen âge français, Paris, 1965, 217 pages, p. 125. Retour au texte

(4) - Ibn Hawqal, Kitab Surat-al-Ard (Géographie de la Terre), Beyrouth, sans date, 432 pages, p.184-185. En effet, l’actuel village de Grimaud est entouré par les eaux. En dix siècles de nombreux espaces sont récupérés sur la mer.
« Les vallonnements qui entourent Grimaud ... formaient donc une île rattachée à la terre par le pont des fées... », Réf: Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 126. Retour au texte

(5) - Kitab Surat-al-Ard, o.c., p. 185. Retour au texte

(6) - Al-Istakhri, Kitab maçalik al mamalik(Les Voies des Royaumes), 350 pages, texte arabe édité par M.J. De Goeje dans Biblotéca geographorum arabicorum, University microfilms international, 1983, Volume I, p. 70-71. Retour au texte

(7) - J.Pierre Sandoz, Les Sarrasins à travers les Alpes, (traduction allemande) Stäfa, 1993, 96 pages, p. 33.
L’Andalus avait besoin de bois pour les chantiers navals de Tortosa. Retour au texte

(8) - B. Poupardin, Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933), Paris, 1901, 472 pages, p. 252-253. Retour au texte

(9) - Joseph Reinaud (1795-1867), Invasion des Sarrasins en France et de France en Savoie, au Piémont et en Suisse, pendant les 8, 9 et 10èmes siècles d’après les auteurs chrétiens et mahométans, Paris, 1886, 324 pages, p. 160. Selon Liutprand, les Sarrasins en arrivant sur le Fraxinet, s’étaient retranchés dans la montagne, « où ils habitaient des demeures souterraines », Réf: Le royaume de Provence, o.c., p. 254. Retour au texte

(10) - « Car la forteresse de la Garde-Freinet n’est qu’un plateau d’observation (ne pouvant contenir plus de 300 personnes), et que la véritable forteresse est située à une demi-lieue plus près de la mer, sur la montagne appelée aujourd’hui Notre Dame de Miramar, où l’on aperçoit encore les vestiges de larges fossés ».
Reinaud remarque par ailleurs que la plupart des écrivains italiens modernes ont placé le lieu où s’établirent les Sarrasins, dans le comté de Nice, près de Ville-Franche, à l’endroit où sera bâti plus tard le château de St-Hospice, Réf: Invasion des Sarrasins, o.c., p. 159.
Pour Lacam, l’hypothèse “ La Garde-Freinet ” semble la plus probable, car le château peut se comparer au château omeyyade de Gormaz en Espagne, Réf: Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 136-139. Retour au texte

(11) - Invasion des Sarrasins, o.c., p. 167-168. Retour au texte

(12) - Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 102. Retour au texte

(13 & 14) - R. Poupardin, Le royaume de Bourgogne (888-1038), Paris, 1907, 510 pages, p. 86-87. Retour au texte

(15) - Liutprand rappelle à son ami Recemundo, évêque d’Elvire en Andalus, les récits des Andalous avec lesquels sont en rapports fréquents les Sarrasins du Freinet, Réf: Le royaume de Provence, o.c., p. 254-257. Retour au texte

(16) - Les Andalous résistent même aux Normands qui sont de grands navigateurs. Toutes les tentatives de débarquement de ces derniers en Andalus échouent. Voir:
-Ibn Idhari (mort en 1295), Al bayan al mughrib fi akhbar muluk al Andalus wal Mughrib (Histoire des rois de l'Andalus et du Maghreb), 4 volumes, Beyrouth, vol 2, p. 87-88) ;
-Ibn al-Athir ‘izz-ad-Din abul-Hassan, Al Kamil fi at-ta’rikh (Histoire), 10 volumes, 1 volume d’index, Beyrouth, 1982, vol 7, p. 16-18. Ibn al-Athir est historien : 555-630 (H) / 1160-1232 (ApJC);
-Al Maqqari at-Tilimçani Ahmad, Nafh at-tib min ghusn al Andalus ar-ratib, Beyrouth, 1968, 8 volumes, vol. I, p.382-383. Al Maqqari meurt en 1041 (H) / 1631 (ApJC);
-Ibn Hayyan, Al Muqtabas (article : Al Hakam), texte arabe édité par Ali Al Hajji, Beyrouth, 1983, 327 pages, p. 23-34.
Avant la construction de bases navales importantes, à Séville, Bajjana et surtout Alméria, les marins andalous (commerce ou guerre) sont basés entre Tortosa et Valence. Et c’est le gouverneur de Sarragosse, responsable de cette base, qui l’utilisait comme point de départ des incursions dans les territoires carolingiens, Réf: Ta’rikh madinat Almariyya al islamiyya (Histoire d’Alméria islamique), qa’idat ‘ouçtul al Andalus, As-Sayyd ‘Abd-al-Aziz Salim, 1969, Beyrouth, 210 pages, p. 33. Retour au texte

(17) - Voir le chapitre 6 à propos des tours sarrazines dans le Var. Retour au texte

(18) - Les seigneurs locaux ne tardent pas à associer les Sarrasins à leurs querelles particulières, Réf: Invasion des Sarrasins, o.c., p. 161.
« On croira sans peine que plus d’un chrétien, foulant aux pieds les lois de la religion et de l’honneur, faisaient cause commune avec eux (les Sarrasins) et avaient part à leurs rapines », Réf: Ibid, p. 167. Retour au texte

(19) - Dans la lutte des Arabes pour la suprématie en Méditerranée, les Andalous contrôlent la partie nord-ouest de la mer. N’oublions pas que ces derniers sont toujours en concurrence avec les ‘Abbassides de Baghdad au nom desquels se faisait la conquête des autres territoires chrétiens. A ce propos, le khalife abbasside Haroun ar-Rachid désireux de gagner Charlemagne à sa lutte contre Cordoue, lui « a donné » le tombeau du Christ, en même temps qu’il lui concède une autorité morale sur la population chrétienne de Palestine, Réf: H. Pirenne, De Mahomet à Charlemagne, 1937, 258 pages, p. 123.
Par ailleurs, en 330 (H) / 941 (ApJC), des Turcs apparaissent dans la marche supérieure de l’Andalus. Ils attaquent Lérida et Barbastro. Ils arrivent là en passant par les terres franques, en traversant la Lombardie, depuis l’Orient. Ils se retirent de l’Andalus aussi vite qu’ils sont arrivés, et tout rentre dans l’ordre, Réf: Ibn Hhayyan, Al Muqtabas V (Article: ‘Abd-ar-Rahman An-Nacir), texte arabe édité par P. Chalmeta, F. Corriente et M. Subh, Madrid-Rabat, 1979, 579 pages, p.481-483.
Mais on peut se demander qui a permis aux Turcs d’arriver jusqu’aux portes de l’Andalus, en traversant des pays théoriquement hostiles aux musulmans ? Complicité franco-abbasside pour déstabiliser le khalifat nouvellement instauré à Cordoue, khalifat concurrent de celui de Baghdad ? Retour au texte

(20) - L’armée andalouse qui entre en France en 732 est « nombreuse ».
On dit que les habitants du bord de la Saône, entre Mâcon et Lyon, surtout sur la rive nord, seraient des descendants de soldats d’un camp arabe coupé du gros de l’armée après la défaite de Poitiers, Réf:
-Invasion des Sarrasins, o.c., p. 302-303 ;
-Chakib Arslan, Histoire des expéditions arabes en France, en Suisse, en Italie et dans les îles méditerranéennes, Beyrouth, en arabe, sans date (Introduction datée de 1352 (H) / 1933 (ApJC), 310 pages, p. 239. Retour au texte

(21) - Quant aux populations dont on retrouve les descendants dans les villages de la basse Ardèche, elles se composent de fugitifs, soldats qui échappèrent aux massacres de St-Just et de la plaine d’Aurelles, perpétrés par Charles Martel en 737, Réf: Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 96. Retour au texte

(22) - Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 24 et 94 ;
-Invasion des Sarrasins, o.c., p. 58-60. Retour au texte

(23) - Le Languedoc qui a reçu lui aussi de la main d’oeuvre sarrazine voit cette population se soulever.
En 793, lorsque Narbonne est attaqué par les troupes de Hicham 1er, les captifs travaillant dans les mines se soulèvent, surtout après la défaite du Comte de Toulouse sur les bords de l’Orbieu.
Les Sarrasins esclaves des mines du Rouergue se seraient soulevés eux aussi en 793.
Une tradition rapporte que la ville de Largentière aurait subi un siège du temps de Charlemagne et que la révolte de cette ville se serait étendue à toutes les villes des Cévennes. La répression fut féroce.
Ce n’est qu’à partir de l’avènement de Louis-Le-Pieux en 814, que le sort des captifs Sarrasins commence à s’améliorer avec le début de « l’assimilation des colonies sarrazines attachées aux mines ».
Cette assimilation dura longtemps, la relève des captifs sarrazins étant assurée par de nouveaux captifs, pas tous sarrazins, Réf: Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 95-96. Retour au texte

(24) - Dans le sud de la France, profitant de l’occupation sarrazine, des personnalités chrétiennes, qui n’acceptent pas d’être soumises ni au duc d’Aquitaine et encore moins au roi franc, « se hissent à la tête de leur ville ». Mauronte, s’octroie le titre de duc de Marseille; il fait appel aux Sarrasins, et étend son pouvoir à la Provence entière, Réf: Invasion des Sarrasins, o.c., p. 52-53. Retour au texte

(25) - C’est de cette époque que daterait l’installation des Sarrasins dans le diocèse de Grenoble. Ils en seront chassés en 965, Arslan, o.c., p. 113-114. D’autre part, la fondation de Carnoules, en Provence, remonterait au 8ème siècle, après la destruction par les Sarrasins de l’ancien bourg de Château-royal construit sur une colline à l’ouest de Carnoules. Au sud-ouest de Carnoules se trouvent les vestiges d’un camp sarrazin, Réf: Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 196. Retour au texte

(26) - Lors de cette expédition, commandée par Abd-al-Malik ibn Mughith, les Arabes arrivent jusqu’en Bretagne, Réf: Al Maqqari at-Tilimçani Ahmad, Nafh at-tib min ghusn al Andalus ar-ratib, Beyrouth, 1968, 8 volumes, vol. I, p. 338. Al Maqqari mort en 1041 (H) / 1631 (ApJC).
L’expédition contre Narbonne est très importante, selon Ibn Idhari. Celui-ci déclare que Abd-al-Malik arrive jusqu’au pays des Normands, Réf: Ibn Idhari (mort en 1295), Al bayan al mughrib fi akhbar muluk al Andalus wal Mughrib, 4 volumes, Beyrouth ; vol 2, p. 64.
On a trouvé, en 1943, à Marseillette, près de Carcassonne une monnaie arabe : dirham frappé en Andalus et daté de 176(H) / 793(ApJC), Réf: Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 72.
Ibn al-Athir, quant à lui, parle d’une expédition en France en 180(H) / 796 (ApJC) sous l’émirat d’Al-Hakam I (796-822), expédition dirigée par Abd-al-Karim Ibn Mughith, Réf: Ibn al-Athir ‘izz-ad-Din abul-Hassan, Al Kamil fi at-ta’rikh, 10 volumes, 1 volume d’index, Beyrouth, 1982, voir vol 6, p. 149-150. Ibn al-Athir est historien : 555-630 (H) / 1160-1232 (ApJC).
Du côté de l’Atlantique, des Sarrasins, venus d’Espagne au 8ème siècle, débarquent dans l’île de Noirmoutier, Voir R. Poupardin, Monuments de l’histoire des abbayes de St Philibert, 1905, p.66, cité par H. Pirenne.
Enfin, en 799, les Sarrasins attaquent les côtes d’Aquitaine. Retour au texte

(27) - Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 195. Voir aussi la description des villages de Seillans et de Favas dans le chapitre 6 (Vestiges dans le var). Retour au texte

(28) - Ibn al-Athir, o.c., vol 6, p. 400. Retour au texte

(29) - Ibn Khaldoun Abd-ar-Rahhman ( 732-808 (H) / 1332-1406 (ApJC)), Kitab al ‘ibar..., 14 volumes, Beyrouth, 1981, Dar al Kitab al-Lubnani, vol 7, p. 282. Retour au texte



Chapitre 4 : Tentatives des Provençaux de chasser les Sarrasins de Provence



Contre les Francs, les Andalous utilisent souvent leur flotte

Alors qu’ils occupent la Provence, les Andalous ne cessent d’attaquer les Francs sur d’autres fronts : attaque des côtes du Languedoc en 908 et expédition en Gascogne, jusqu’aux portes de Toulouse, en 920 (1).

En 931, les Chrétiens réagissent en lançant une première expédition, soutenue par les Grecs, contre le Fraxinet. La forteresse sarrasine ne tombe pas, et les Sarrasins continuent à se manifester partout dans les Alpes. L’archevêque de Tours, Robert, y est tué lors de son retour d’un pèlerinage à Rome (2).

Dans leurs luttes contre les Francs, les Andalous utilisent souvent leur flotte : en 321(H) / 933(ApJC), la flotte part d’Alméria avec 15 bateaux à destination du pays des Francs, mais cette mission ne donne aucun résultat (3).
Deux années plus tard seulement, une importante flotte sort d’Alméria pour la même destination.
Elle comprend 40 navires, dont 20 brûlots chargés de naphte. En tout, il y avait 1000 soldats et 2000 marins.
La flotte fait escale à Majorque, avant de se diriger vers Anich (ou Inch ?), qui est en même temps un arsenal et un port francs.
Les Andalous brûlent et saccagent le port ce qui oblige la population à se réfugier dans les forts environnants. Le chef de la flotte andalouse envoie la nuit en avant-garde, 15 bateaux légers à Massanitt (il s’agirait de Marseille) (4).

Enfin à leur retour vers l’Andalus, les marins assiègent Barcelone. Puis ils se dirigent vers le fleuve Lobriqâtt (Llobregat). Après un combat important la flotte retourne à Tortosa avec un grand butin (5).

La contre-attaque des Francs ne tarde pas à venir.
En 324(H) / 935(ApJC), les Francs, profitant d’un soulèvement contre le khalife An-Nacir mené par le roi de Galice, allié au gouverneur musulman de Saragosse, attaquent, avec le gouverneur de Barcelone, la frontière nord de l’Etat andalou. Ils sont vaincus par les troupes d’An-Nacir (6).

En 940, en Provence, la victoire des Sarrasins à Fréjus et leur longue et lourde présence, poussent le comte Hugues de Provence à demander à l’empereur de Constantinople, Constantin VI, son beau-frère, de lui envoyer sa flotte qui est dotée de feux grégeois, l’arme la plus redoutable, à l’époque, contre les navires (7).
En été 942, les bateaux sarrasins massés à Ste-Maxime, Grimaud et Calvaire sont détruits et les troupes sarrasines refoulées vers la forteresse du Fraxinet (8).

Grenade sarrasine en terre cuite et pointe de javeline (photos J. Lacam)



Hugues aurait pu libérer le pays des Sarrasins. Mais, au même moment, il apprend qu’Adalbert (Bérenger II) marquis d’Ivrée, son rival à la couronne d’Italie, qui s’était enfui en Allemagne, se prépare à venir lui disputer le trône. Hugues pactise alors avec les Sarrasins qui, établis sur les passages et les cols des Alpes (col du Mont St-Bernard, col de Tende, etc.), le protègeront contre le marquis.

Le comté de Nice, qui dépend du royaume d’Arles, est attaqué et ravagé en 942, en même temps que la côte de Gênes. Les Sarrasins profitent aussi de la nouvelle conjoncture pour occuper Grenoble (en 945) avec la riche vallée du Graisivaudan (9).

En conséquence, après 942, les Sarrasins profitent de leurs nouvelles positions : « non seulement ils épousèrent les femmes du pays ; mais ils commencèrent à s’adonner à la culture des terres. Les princes de la contrée se contentèrent d’exiger d’eux un léger tribut ; ils les recherchaient même quelquefois »(10).



Relations de l’Andalus avec la Chrétienneté pendant l’occupation du Fraxinet

Les relations entre le Khalife andalou ‘Abd-ar-Rahhman III (An-Nacir) (11) et les princes chrétiens, qu’ils soient d’Orient ou d’Occident, sont courantes (12). Elles sont régulées de temps à autre par des traités de paix.

En 328(H) / 939-940(ApJC), un accord de paix est signé entre le franc Suñer fils de Wilfredo, seigneur de Barcelone et de ses districts, et Abd-ar-Rahman An-Nacir, aux conditions de ce dernier. Il y eut aussi un accord de paix entre An-Nacir et Riquilda fille de Borrell, veuve de Odón, vicomte de Narbonne.
La paix est respectée par les chefs francs, dont Hugues de Provence. Celui-ci envoie une délégation à Cordoue, pour demander que des sauf-conduits soient accordés aux commerçants de son pays pour se rendre en Andalus. La réponse de Cordoue est positive. Cet accord est transmis à Nasr-ibn-Ahmad, gouverneur de Farakhchinit (il s’agit du Fraxinet) et aux gouverneurs des îles orientales (îles Baléares) et des ports andalous pour respecter les visiteurs en provenance de la Provence, ainsi que de leur permettre de commercer avec l’Andalus. A partir de ce moment-là leurs navires peuvent accoster en Andalus (13).
En 336(H) / 947(ApJC) [ou 338(H) / 949(ApJC)], des ambassades de l’empereur de Constantinople arrivent à Cordoue, où elles sont bien accueillies (14). Plus tard, des ambassades d’Othon de Germanie ainsi que celles du roi des Alamans (Alémanie), suivront les envoyés de Constantinople.
Enfin, notons l’arrivée à Cordoue de l’envoyé de Guido, fils d’Adelbert marquis de Toscane et demi frère de Hugues. Après Guido, arrive un envoyé du pape de Rome demandant la paix. Sa demande est acceptée (15).
Ainsi, de tous les côtés du monde chrétien, d’Orient et d’Occident, arrivent des envoyés à Cordoue. Et jusque vers la fin de l’occupation de la Provence par les Andalous, des ambassadeurs byzantins arrivent également à Cordoue (16).
Un texte de Mahhy ad-Din Ibn ‘Arabi [560(H) - 638(H)] décrit la réception d’un ambassadeur des Francs par le khalife. Le célèbre mystique met en évidence la distance qu’il y avait entre la magnificence du protocole et la modestie et l’humilité personnelle dans l’attitude et le comportement du khalife (17). Généralement, les envoyés auprès d’An-Nacir arrivent à Bajjana où ils sont reçus avant de rejoindre Cordoue (18).



Un épisode important : l’affrontement diplomatique entre le khalife Abd-ar-Rahman An-Nacir et l’empereur de Germanie Othon à propos du Fraxinet

Abd-ar-Rahman An-Nacir est en négociations avec l’empereur de Germanie, à propos du Fraxinet.

En 950, An-Nacir envoie à Othon un évêque mozarabe (andalou chrétien arabisé) à la tête d’une délégation (porteuse d’une missive qui sera jugée insultante par Othon). La délégation restera prisonnière pendant 3 ans en Allemagne.

A la fin de cette période, Othon envoie à Cordoue le moine Juan de Gorze, avec une lettre écrite par le frère de l’empereur, l’archevêque de Cologne (19) .
Juan est accompagné d’un autre moine appelé Garamano. Ils arrivent avec leurs délégations à Cordoue en 954 (20). Le khalife ne reçut pas Juan de Gorze à cause de la teneur de la lettre.

Plusieurs mois plus tard, An-Nacir envoie d’abord un évêque mozarabe, appelé Juan, en mission auprès d’Othon (21), et puis, un deuxième émissaire, Recemundo d’Elvire, qui prend la route pour l’Allemagne au printemps 955. Ce deuxième émissaire est Rabi’ ibn Zayd al-Asquf al-Qurtubi (devenu plus tard évêque de Cordoue) qui retournera à Cordoue 2 ans plus tard (22).

Othon, qui entre temps doit faire face à des rebellions à l’intérieur de son royaume, fait toutes les concessions au khalife. Recemundo, accompagné cette fois du nouvel envoyé germanique Dudo de Verdun, arrive à Cordoue début juin 956 (23). Le khalife consent alors à recevoir Juan de Gorze, après une détention de trois ans, sans que le moine ait pu lui remettre la lettre, objet de tant de problèmes.
Et les Andalous ne changeront pas leurs relations avec le Fraxinet.

Golfe de Grimaud à l'époque de son occupation par les Sarrazins (carte de Jean Lacam)



La fin du Fraxinet

Othon, qui exerce son pouvoir sur la Provence, meurt sans remplir sa promesse (donnée en 968) de délivrer les chrétiens de l’emprise des Sarrasins.

Un événement important vient s’ajouter au précédent. Mayeul, originaire de Provence et abbé de Cluny en Bourgogne, est fait prisonnier par les Sarrasins à son retour d’une mission à Rome.
Cette affaire, qui cause une grande émotion chez les chrétiens, est le point de départ d’une croisade contre les Sarrasins (24). Guillaume 1er (qui est devenu comte de Provence en 968) lève une armée composée d’hommes de Provence, du Bas-Dauphiné et du Comté de Nice (25). A la tête de cette armée se trouve Gibelin de Grimaldi.
Un premier combat est livré en 970 près de Draguignan, à Tourtour, là où précisément, existe une tour élevée en mémoire de la bataille (26).
Cependant les Provençaux n’arrivent pas à prendre la citadelle du Fraxinet. Ils l’assiègent pendant deux ans, en s’installant sur la colline voisine, au Pigros. La tradition veut que le Fraxinet ait été pris en 973, suite à la trahison d’un commandant de poste sarrasin (27).
Mais que sont devenues les populations sarrasines vaincues ?
La plupart des Sarrasins sont massacrés. Mais il est probable qu’une partie fuit par la mer, vers la Sardaigne, la Corse, la Sicile ou l’Andalus. Certains échappent à la mort en devenant chrétiens et se fondent peu à peu dans la population.
D’autres, hommes, femmes et enfants, sont conduits vers les marchés d’esclaves d’Arles, de Marseille et de Narbonne (28).
Enfin, d’autres Sarrasins restent serfs et attachés au service, soit des églises, soit des propriétaires terriens, et « leur race se conserva longtemps »(29).

En 975, la présence des Sarrasins en Provence prend fin (30). Et en 976, meurt le khalife de Cordoue Al-Hakam II.

Forteresse du Fraxinet (Musulmans et Sarrasins, Philippe Sénac, Paris, 1980, 146 p., p.85)



Notes du chapitre 4

(1) - Joseph Reinaud (1795-1867), Invasion des Sarrasins en France et de France en Savoie, au Piémont et en Suisse, pendant les 8ème, 9ème et 10ème siècles- d’après les auteurs chrétiens et mahométans, Paris, 1886, 324 pages, p. 164-166. Retour au texte

(2) - R. Poupardin, Le royaume de Bourgogne (888-1038), Paris, 1907, 510 pages, p. 91. Retour au texte

(3) - Ibn Hayyan, Al Muqtabas V (Article : Abd-ar-Rahman An-Nacir), texte arabe édité par P. Chalmeta, F. Corriente et M. Subh, Madrid-Rabat, 1979, 579 pages, p. 323-324. Retour au texte

(4) - Ibid, p. 366-367. Les Andalous attaquèrent de nombreux villages dont Al-Balatt al ‘ahmar et Al Jabal al ajrad. La flotte se dirigea ensuite vers le port de Qalat Marwan (Ibid, p. 367-368). Elle posa l’ancre dans le port d’Attaraf al ahrach. Des résistants sous la direction de Boul (ou Foul, ou Boubl) furent battus par les Andalous. Nous n’avons pas pu, pour l’instant, donner de correspondance à tous ces noms. Retour au texte

(5) - Ibid, p. 368. Retour au texte

(6) - Ibid, p. 379. Retour au texte

(7) - En 890, les Sarrasins avaient déjà mis à sac Fréjus. « Fréjus, ville alors assez considérable, parce que les navires continuaient encore à entrer dans son port, fut tellement maltraitée par les Sarrasins que la population entière fut obligée de s’expatrier, et qu’il n’y resta pas même de traces des propriétés. Il en fut de même de Toulon », Réf: Invasion des Sarrasins, o.c., p. 176. Retour au texte

(8) - Faut-il voir, dans cette intervention byzantine dont la flotte empêcha tout secours de parvenir aux assiégés, la raison du naufrage au 10ème siècle, de navires probablement musulmans, trouvés au large d’Agay et de l’île Ste Marguerite près de Cannes ? L’un d’eux, l’épave du Baitaignier, était chargé de céramiques médiévales de fabrication nord-africaine, et ne semble pas avoir coulé du seul fait de la tempête. Il aurait pu, selon une hypothèse, chercher à forcer le blocus, Réf: Histoires..., Bernard Nantet, édition Londreys, Paris, 1988, 143 pages, p.32. Retour au texte

(9) - Invasion des Sarrasins, o.c., p. 179-180. Retour au texte

(10) - Il paraît qu’un corps de sarrazins s’était établi dans Nice même. Au 19ème siècle, un quartier de la ville portait le nom de Canton des Sarrasins, Réf: Ibid, p. 180-181. On ne sait pas si aujourd’hui encore, ce quartier porte le même nom. Retour au texte

(11) - Abd-ar-Rahman An-Nacir régna de 300(H) / 912(ApJC) à 350(H) / 961(ApJC). Il est le premier émir andalou à porter le titre de khalife en 316(H) / 928(ApJC), après le constat de l’affaiblissement de l’Etat ‘abbasside, Réf: Liçan ad-Din al-Khatib, A’mal al a’lam, Beyrouth, 1956, 370 pages, p. 28.
Il n’est pas inintéressant de remarquer, que c’est dans la période où les Arabes occupaient le Fraxinet, que monta sur le trône à Cordoue, en 912, Abd-ar-Rahman An-Nacir. Son règne durera 50 ans. A son époque, Othon, empereur de Germanie, était le prince chrétien le plus puissant d’Occident. Retour au texte

(12) - Al Maqqari at-Tilimçani Ahmad, Nafh at-tib min ghusn al Andalus ar-ratib, Beyrouth, 1968, 8 volumes, vol. I, p.353-354, citant Ar-Razi (historien andalou mort en 273 (H) / 886 (ApJC). Al Maqqari meurt en 1041 (H) / 1631 (ApJC). Retour au texte

(13) - Al Muqtabas V (Article: Abd-ar-Rahman An-Nacir), o.c., p. 454. Retour au texte

(14) - Al Maqqari, o.c., vol I, p. 364;
-Ibn Idhari (mort en 1295), Al bayan al mughrib fi akhbar muluk al Andalus wal Mughrib (Histoire des rois de l'Andalus et du Maghreb , 4 volumes, Beyrouth , vol II, p. 215;
-Ibn Khaldoun Abd-ar-Rahhman (732-808 (H) / 1332-1406 (ApJC)), Kitab al ‘ibar..., 14 volumes, Beyrouth, 1981, Dar al Kitab al-Lubnani, vol 7, p. 309-311.
Depuis déjà longtemps, les empereurs de Constantinople avaient l’habitude d’envoyer des ambassades en Andalus. En 225(H) / 839(ApJC), l’empereur de Constantinople envoya un émissaire à Abd-ar-Rahman II [176(H) / 792(ApJC) - 238(H) / 852(ApJC)] pour lui demander son intervention auprès des princes abbassides dont il se plaignait, en particulier Al-Ma’moun et Al Mu’tacim, Réf: Ibn Khaldoun, o.c., vol 7, p. 282; Réf:Al Maqqari, o.c., vol I, p. 346-347. Retour au texte

(15) - Al Maqqari, o.c., vol I, p. 366. Les informations données par Al Maqqari sont des citations d’Ibn Khaldoun, Réf: Ibn Khaldoun, o.c., vol 7, p. 309-311. Retour au texte

(16) - C’est le cas, en 361(H) / 971(ApJC) de l’envoyé de Byzance auprès d’Al-Hakam, voir : Ibn Hayyan, Al Muqtabas (Article: Al Hakam), texte arabe édité par Ali Al Hajji, Beyrouth, 1983, 327 pages, p. 71. Retour au texte

(17) - Kitab muhadharat al-abrar wa muçamarat al akhyar fil adabiyyat wa nawadir al akhbar (Conversation des Pieux), Mahhy ad-Din Ibn ‘Arabi, Beyrouth, sans date, 2 tomes, t. 2, p.453-454. Retour au texte

(18) - Al Maqqari, o.c., vol I, p. 366.
Bajjana (Pechina) était la plus importante des localités occupées, dès les premiers jours, par les Arabes, en Espagne. La mission de ses habitants était de surveiller les côtes. Plus tard des marins s’installèrent à Bajjana à partir de laquelle ils sortaient vers les côtes franques, Réf: Al Hamiri (mort aux environs de 900), Ar-rawdh al mu’tar (Jardins parfumés), édité par Ihhsan ‘Abbas, 1ère éd. 1975, 2ème éd. 1980, Beyrouth, 846 pages, p.79-80. La ville perdit de son importance lorsque ‘Abd-ar-Rahman An-Nacir ordonna en 344(H) / 955 (ApJC) la construction, tout près de Bajjana, de la ville d’Alméria, avec un important arsenal. Et les deux villes devinrent deux ports importants de l’Andalus, aussi bien pour le commerce que pour la marine de guerre, Réf: Ta’rikh madinat Almariyya al islamiyya (Histoire d'Alméria), qa’idat ‘ouçtul al Andalus, As-Sayyd ‘Abd-al-Aziz Salim, 1969, Beyrouth, 210 pages, p.31-32. Retour au texte

(19) - L’envoyé d’Othon était le moine Jean de l’abbaye de Gorze, près de Metz. Le choix d’un lorrain s’explique par le fait que des commerçants lorrains, ceux de Verdun, par exemple, effectuaient des échanges avec des commerçants arabes d’Espagne. En 940, un marchand de Mayence, envoyé à Constantinople comme ambassadeur d’Othon, y avait rencontré des envoyés du khalife de Cordoue. Othon lui-même pouvait avoir des renseignements sur la cour du khalife par l’eunuque Salomon, qui avant de se rendre en Saxe avait séjourné en Andalus comme ambassadeur du basileus dans ce pays, Réf: Le royaume de Bourgogne, o.c., p. 94-95. Retour au texte

(20) - Francisco Simonet, Historia de los Mozarabes de España, Amsterdam, 1967, 976 pages, p.607. Les envoyés d’Othon arrivent chez An-Nacir en 342(H) / 953(ApJC), Réf: Ibn Idhari, o.c., vol 2, p. 218.
Selon Liutprand, l’objet de l’ambassade envoyée par Othon est de mettre un terme aux « dévastations commises par les Sarrasins de France et d’Italie », Réf: Invasion des Sarrasins, o.c., p. 194-195.
Selon la biographie de Juan de Gorze, le moine lorrain a pour mission d’obtenir un traité d’amitié et de paix qui mettra fin « aux dévastations des pirates sarrazins », Réf: Le royaume de Bourgogne, o.c., p.95). Retour au texte

(21) - Simonet, o.c., p.608. Retour au texte

(22) - Al Maqqari, o.c., vol I, p. 365; Ibn Khaldoun appelle ce Rabi’ : Rîfâ). Il s’agit de Recemundo d’Elvire devenu plus tard évêque de Cordoue en récompense de sa mission. Recemundo était un astronome renommé. Il eut les faveurs du khalife Al Hakam II, après avoir eu celles du père de celui-ci, le khalife ‘Abd-ar-Rahman An-Nacir. A la cour, à Francfort, Recemundo rencontre Liutprand, qui était secrétaire de Bérenger, roi d’Italie, et qui ayant perdu les faveurs de son souverain, passe à la cour de Othon. Il y eut une grande amitié entre les deux hommes. Recemundo pousse Liutprand à écrire l’histoire des empereurs et rois de son temps, qu’il terminera deux années plus tard, avec le titre de Antapodosis qu’il dédie à Recemundo, Réf: Simonet, o.c., p. 610. Retour au texte

(23) - Ibid, p. 611. Retour au texte

(24) - Mayeul est emprisonné avec un grand nombre de pèlerins et de voyageurs entre Gap et Embrun, région alors occupée par les Sarrasins, Réf: Invasion des Sarrasins, o.c., p. 201-205. Il est libéré en 972. Retour au texte

(25) - Ibid, p. 207. Retour au texte

(26) - La mer appartenant aux Sarrasins, les dangers pour eux, ne peuvent venir que des Provençaux regroupés, descendant des Hautes et Basses Alpes. Et c’est par la voie allant de Riez vers Draguignan, que les troupes de Guillaume se dirigent des Hautes-Alpes vers le Fraxinet, Réf: Lacam Jean, Les Sarrasins dans le Haut moyen âge français, Paris, 1965, 217 pages, p. 183-184). Garcin dit : « …Il paraît que les Barbares se soutinrent pendant plusieurs jours à Tourtour et qu’ils eurent le temps d’y ensevelir nombre de Maures de distinction morts aux premières affaires. Aussi l’on trouve près de la tour de Grimaud beaucoup de briques sarrazines fabriquées à la hâte et sur le lieu ». De vieux habitants du pays parlent de tombes de guerriers. Sur les lieux de la tour Grimaldi, on remarque l’emplacement d’un four, Réf: Ibid, p. 142-143. Non loin de Tourtour il y a un lieu-dit « Saignadou » qui veut dire en provençal « lieu où l’on égorge », ou encore « lieu où l’on se signe ». Retour au texte

(27) - La base sarrazine est détruite par Roubaud, frère du comte de Provence, avec l’aide de Arduino, marquis de Turin, Réf: B. Poupardin, Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933), Paris, 1901, 472 pages, p. 273. Retour au texte

(28) - Cet esclavage avait une sorte de caractère héréditaire puisqu’on retrouve, dans certains documents du 18ème siècle, des mesures favorables, dont sont exclus les esclaves sarrazins, Réf: Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 105. Retour au texte

(29) - Invasion des Sarrasins, o.c., p. 209-210. Retour au texte

(30) - On pense par ailleurs, que les Sarrasins restent encore établis dans les Alpes après 980, et même après l’an mille, Réf: Ibid, p. 212. Retour au texte

Chapitre 5 : Les Sarrasins : de la Provence vers les Alpes, l'Italie et la Suisse



Effet de la présence des Sarrasins en Provence en ce qui concerne la propriété de la terre

Le départ des Sarrasins donne naissance à de nombreuses seigneuries et de nombreuses fortunes.
En 965, l’expulsion des Sarrasins de Grenoble et de la vallée de Graisivaudon entraîne une distribution des terres conquises, aux chefs de guerre chrétiens et aux églises (1).
En Provence, le comte Guillaume (dénommé après sa mort, père de la patrie) récompense les chefs de guerre en leur attribuant les terres occupées jusqu’alors par les Sarrasins. Gibelin de Grimaldi, d’origine génoise, reçoit des terres du fond du golfe de St-Tropez, d’où le nom de Golfe de Grimaud. On cite également un guerrier chrétien bénéficiaire, qui devient seigneur de la ville de Castellane dans le département des Basses-Alpes. Les églises ne sont pas oubliées lors de la distribution des terres et les évêques de Fréjus et de Nice reçoivent beaucoup de terres (2).
Dans certains cantons qui se trouvaient sans habitants, la foule se présenta pour occuper les terres vacantes car il n’existait plus de titres de propriété. Le comte Guillaume intervient et partage les terres entre les bourgeois, les seigneurs et les églises.
Après l’expulsion des Sarrasins, on recommence à cultiver la terre (surtout en vignes, les plantations d’oliviers ne datant que d’une époque postérieure). Les cultivateurs sont des possesseurs nouveaux, bénéficiant du partage des terres reconquises (3).
Et c’est ainsi, que l’invasion sarrasine a joué un grand rôle dans le développement de la féodalité provençale (4).



La Provence, base des expéditions des Sarrasins vers les Alpes : Italie, Suisse.

Incursions sarrasines à partir du Fraxinet (Philippe Sénac, Provence et piraterie sarrasine, Paris, 1982, 95 p., p. 37).



Cependant on ne peut étudier la présence des Sarrasins en Provence, sans parler de leur présence également en Suisse et en Italie du nord.
Les Sarrasins tiennent les régions frontalières entre la France, l’Italie et la Suisse. Grâce à cette position, ils jouent un rôle important dans les rapports de force entre les rois d’Arles (qui gouvernent la Provence) et la Lombardie.

C’est depuis la Provence que les Sarrasins vont s’avancer vers les Alpes. En 906, ils traversent les gorges du Dauphiné, et franchissant le Mont-Cenis, s’emparent de l’abbaye de Novalèse, sur les limites du Piémont, dans la vallée de Suse. Novalèse devient pour eux une nouvelle base (5).
La Maurienne, en Savoie, est également occupée par les Sarrasins. La Tarentaise se trouve en proie aux mêmes ravages (6).
Dans les Alpes, on trouve plusieurs dénominations qui rappellent le séjour des Sarrasins (7).

Les communications entre la France et l’Italie deviennent difficiles et dangereuses. A cette époque, en France, en Espagne et en Angleterre il y avait un usage : les religieux et les personnes pieuses, faisaient un pèlerinage à Rome. Mais depuis l’occupation des passages des Alpes par les Sarrasins, les voyageurs en général et pas seulement les pèlerins étaient exposés à des péripéties, malgré leurs organisations en caravanes, souvent armées (8).

Quelques lieux frontières entre la Provence, la Suisse et l'Italie



En 921 les Sarrasins s’emparent du col du Grand St-Bernard à près de 2500 mètres d’altitude (9). Cette position leur permet de jouer le rôle d'arbitre dans le conflit entre le comte Hugues de Provence et le marquis Bérenger II d’Ivrée pour accéder à la couronne royale d’Italie.
En 936 les incursions sarrasines se font en direction du sud-est (Acqui) (10).
Dans la même année, les Sarrasins s’établissent à Frassineto Pô (au Piémont) (11). De 943 à 970, les Sarrasins dominent la Vallée d’Aoste. Il est probable qu’ils contrôlèrent le col du Simplon (12).
L’Italie du nord n’est pas seule à subir les expéditions des Sarrasins. La Suisse aussi est le théâtre de leurs actions. Peu de Suisses savent que des Sarrasins s’installèrent sur leurs terres, il y a 1000 ans (13).
Les Sarrasins, en remontant la Durance pour traverser le Dauphiné, débouchent sur le lac Léman et progressent jusque dans le Jura vaudois et neuchâtelois où divers lieux rappellent leur présence (14).
En 936, à partir des Alpes, des Sarrasins pénètrent jusqu’en Alémanie (15). Ainsi, vers 939, on peut dire que le territoire occupé par la Suisse actuelle, est sous la domination des Sarrasins qui lancent des détachements légers vers St Gall (près du lac Constance) (16). En 939, les Sarrasins pénètrent dans le Valais. Ils s’avancent jusqu’au centre du pays des Grisons, où le nom de famille Sarrats, est encore en cours aujourd’hui (17).
Les Sarrasins contrôlent La Via Mala empruntée au moyen âge par des pèlerins et des marchands. Ainsi l’abbaye de Disentis ainsi que celle de Coire furent dépouillées de leurs biens (18).
Dans le trésor de la cathédrale de Coire, l’une des pièces constituant une chasuble contient de fines ornementations avec des caractères arabes. Cette pièce proviendrait d’une ancienne cape arabe (19).
Et dans l’évêché de Coire, il y a, à la sortie sud de la Via Mala, un lieu-dit appelé Chams (Soleil, en arabe)(20).
Vers l’an 960 les Sarrasins évacuent le mont St-Bernard.

Après la chute de la Garde-Freinet en Provence, le pape Jean XVIII prie les Génois en 1004 de mettre fin à l’occupation de la Corse et de la Sardaigne par les musulmans.
Un an plus tard, Pise demande l’aide des Génois pour expulser les Sarrasins hors des côtes ligures et toscanes (21).



Notes du chapitre 5

(1) - En 965, le prélat Isarn organise la répartition des terres. « Certaines familles du Dauphiné, telles que celle des Aynard ou Montaynard, font remonter l’origine de leur fortune à cette espèce de croisade ». En vertu de son droit de conquête, Isarn se déclare souverain de Grenoble et de la vallée du Graisivaudan et ses successeurs garderont une partie de ces privilèges jusqu’à la Révolution, Réf: Joseph Reinaud (1795-1867), Invasion des Sarrasins en France et de France en Savoie, au Piémont et en Suisse, pendant les 8ème, 9ème et 10ème siècles- d’après les auteurs chrétiens et mahométans, Paris, 1886, 324 pages, p. 198-199). Retour au texte

(2) - Ibid, p. 209-210. Retour au texte

(3) - « Donc, lorsque la nation païenne fut expulsée de sa terre », dit une notice conservée dans le Cartulaire de St-Victor de Marseille, « c’est à dire du Frainet, et que le pays de Toulon commença à être peuplé et cultivé par les laboureurs, chacun selon ses propres forces s’emparait de la terre, et franchissait les justes limites de ses possessions. C’est pourquoi, ceux qui se trouvaient les plus puissants se querellaient et luttaient l’un contre l’autre, prenant possession d’autant de terre qu’ils pouvaient, c’est à savoir le vicomte Guillaume, et Pons de Fos. Le dit Pons, se rendant auprès du comte (de Provence) lui dit : « Seigneur comte, voici la terre délivrée du joug de la nation païenne. Elle a été remise en ta main par donation du roi. Nous te prions de t’y rendre, pour fixer des limites entre les châteaux et les bourgs, et la terre de l’Eglise. Car c’est à toi qu’il t’appartient de fixer des limites, et de distribuer à chacun selon ce que bon te semblera », Réf: R. Poupardin, Le royaume de Bourgogne (888-1038), Paris, 1907, 510 pages, p. 109-110. Retour au texte

(4) - Ibid. Retour au texte

(5) - Les cinq cents moines de Novalèse fuient leur monastère, en prenant avec eux, leurs trésors qu’ils cachent à Turin et à Brème, Réf: Les Sarrasins à travers les Alpes : fouilles et glanes dans l'histoire musulmane, par J.Pierre Sandoz, Stäfa 1993, 96 pages (traduit de l'allemand), p. 38. Retour au texte

(6) - Invasion des Sarrasins, o.c., p. 173. Retour au texte

(7) - De nombreux toponymes rappellent la présence des Sarrasins dans les Alpes. Dans la vallée de Suse, à Borgone, on trouve « Il Bosco del Mahometto ». De l’autre côté de la vallée, pas loin du village Villar-Focchiardo, on découvre des gravures rupestres rappelant la présence des Sarrasins dans cette région, Réf: Les Sarrasins à travers les Alpes, o.c., p. 37-38. Retour au texte

(8) - En 911, un archevêque de Narbonne ne put se mettre en route à Rome, à cause de la présence des Sarrasins. « Les barbares occupaient tous les passages des Alpes ; et si on tombait en leur pouvoir, on risquait d’être mis à mort, ou du moins on était taxé à une forte rançon », Réf: Invasion des Sarrasins, o.c., p. 164.
Vers 920, des pèlerins anglais, se rendant à Rome, périssent dans les défilés des Alpes. A la même époque, il en fut de même pour des pèlerins rhénans, Réf: B. Poupardin, Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933), Paris, 1901, 472 pages, p. 264. Retour au texte

(9) - Le grand St-Bernard, appelé jadis Mont-de-Jupiter, est situé entre le Valais et la vallée d’Aoste, il sert de communication entre la Suisse et l’Italie. Maîtres de cette position importante et des autres passages des Alpes, les Sarrasins se répandent dans les contrées voisines. Retour au texte

(10) - Les Sarrasins avancent à cette époque jusqu’aux frontières de la Ligurie. Sous la conduite d’un chef appelé Sagitus, ils envahissent Aqui, Réf: Invasion des Sarrasins, o.c., p. 171.
Par le col de Tende et la vallée Vermenagna, ils arrivent à Cunéo. L’autre axe de progression avait pour point d’attache, Varigotti, situé sur la côte ligure au nord de Finale ligure. Ce point d’appui s’est développé simultanément à celui de Fraxinet, mais il fut abandonné sous la pression des Lombards et des Francs entre 942 et 954, Réf: Les Sarrasins à travers les Alpes, o.c., p. 38. Retour au texte

(11) - La fortification sarrazine de Frassineto située sur le Pô était le point de départ des expéditions vers l’ouest et l’est, Réf: Ibid, p. 39. Retour au texte

(12) - En effet, une des localités se nomme Gaby (Al-Gaby signifie en arabe, perception, péage). On sait que les Sarrasins imposèrent des péages aux voyageurs pour le passage des cols qu’ils contrôlaient, Réf: Ibid, p. 15. Retour au texte

(13) - Dans la vallée de Saas, un sommet de plus de 4000 mètres s’appelle Allalinhorn. Certains auteurs lui donnent une origine arabe : Allalain de l’arabe Al’aïn qui signifie source. Les Sarrasins auraient pu donner ce nom à cette montagne aux sources abondantes et intarissables. Toujours au pied de ce massif, dans la vallée de Saas, se trouve une petite localité : Saas Almagell, de l’arabe Almahall (lieu ou stationnement). Cette localité fut probablement un centre sarrazin et peut-être un verrou entre l’Italie et le Valais. En effet, plus au sud on pouvait atteindre l’Italie par le col Moro, longeant le mont du même nom, Réf: Ibid, p. 14-16. Retour au texte

(14) - Les Roches Sarrazines près des Verrières, la Vy Sarrazin entre Vaulion et Juriens, voie romaine, et le Canal des Sarrasins, nom donné à un étang près de la ville d’Orbe. Près de Genève, il y a la Pierre des Sarrasins, un rocher sur le Salève. En France, la Bresse fait mention de : Maison des Sarrasins, Fort Sarrasius, Côte des Sarrasins, Goulet des Sarrasins. Du côté suisse il y a le Creux des Sarrasins près de Develier. A Yverdon apparaît vers 1572 le mur des Sarrasins. Avenches possède deux murailles des Sarrasins, Réf: Ibid, p. 24. Retour au texte

(15) - Le royaume de Provence, o.c., p. 266. Retour au texte

(16) - Le royaume de Provence, o.c. p. 266. A cette époque, la Suisse faisait partie du royaume de la Bourgogne transjurane. Retour au texte

(17) - Des familles d’origine sarrazine persistent avec le temps, en particulier à Genève et à Bâle. Le savant et philosophe genevois appelé par les Suisses Abou-Zit, (de l’arabe, Abou-Zayd) est originaire d’une famille sarrazine de Toulouse où ses ancêtres avaient exercé la médecine. Il est contemporain de Voltaire et Rousseau. La famille d’Abou-Zit s’était convertie au protestantisme après la défaite des Sarrasins. Lorsque Louis XIV expulsa les protestants de France, Abou-Zit partit avec d’autres à Genève. Le Journal de Genève rapporte que Voltaire lui demanda avis sur des questions scientifiques et philosophiques. Il existe par ailleurs, une correspondance entre notre savant et Jean-Jacques Rousseau. Aujourd’hui, une rue à Genève porte son nom, Réf: Chakib Arslan, Histoire des expéditions arabes en France, en Suisse, en Italie et dans les îles méditerranéennes, Beyrouth, en arabe, sans date [introduction datée de 1352 (H) / 1933 (JC)], 310 pages, p. 228. Retour au texte

(18) - En 956, Othon I le Grand (912-973), empereur du Saint-Empire romain germanique, donne à l’évêque Waldo, en dédommagement des dégâts causés par les Sarrasins depuis de longues années, les revenus de deux églises. L’une d’elles, celle de St-Martin à Dzilis, renferme le plus ancien plafond en bois de style roman en Europe, Voir : Via Mala : Menaces de l’espace alpin d’André Rueddi et Béatrice Bruchez, documentaire-télé suisse diffusé par la chaîne de TV franco-allemande Arte, le samedi 4 octobre 1997. La Via Mala ou « Mauvaise Route » est située dans les Alpes de la Suisse orientale. Retour au texte

(19) - Voir photo de la chasuble dans le documentaire-télé cité dans la note 18. Retour au texte

(20) - Voir : documentaire-télé cité dans la note 18. Retour au texte

(21) - Les Sarrasins sont battus à Luni, près de Carrata, Réf: Les Sarrasins à travers les Alpes, o.c., p. 39. Retour au texte











Chapitre 6 : Vestiges laissés par les Sarrasins en Provence (1)
(On s'est inspiré dans ce chapitre des travaux de Jean Lacam)



Introduction

A propos des traces laissées par les Sarrasins en Provence, les avis divergent. Selon Poupardin, les Sarrasins n’ont été que des pillards et des dévastateurs. Il compare leurs actions à celles des Normands sur les fleuves français (La Seine et La Loire) sous le règne de Charles II Le Chauve, roi de France de 823 à 877. Il ajoute que les ravages occasionnés par les Sarrasins en Provence sont pires que ceux perpétrés par les Danois quelque temps auparavant (2). Poupardin n’attribue, aux Sarrasins, aucun apport au développement de la civilisation dans le bassin du Rhône (3).

Quant à Reinaud, il voit, lui, de nombreux apports dûs à la présence sarrasine. Il signale, comme conséquence de l’occupation sarrasine, l’influence arabe sur la formation des langues d’oc et d’oil (4). S’agissant des Sarrasins, on pense généralement, dit-il, à leurs exploits et à leur puissance plutôt qu’aux maux causés par leur présence. On porte sur eux plutôt une « bonne opinion », contrairement aux Normands et aux Hongrois. C’est que, dit-il, les Arabes étaient porteurs d’une civilisation. Cette opinion a été propagée par l’intermédiaire des romans de chevalerie, ceux-ci étant le plus souvent d’influence arabe (5 & 6).
Enfin, les travaux de Jean Lacam, publiés en 1965, apportent une vision nouvelle en ce qui concerne la présence des Sarrasins en France, en particulier grâce à ses travaux archéologiques (voir également le chapitre 2 pour les vestiges à Narbonne).



Vestiges dans le Var

Quelques noms cités dans le texte



Plusieurs lieux témoignent de la présence ou du passage des Sarrasins : La Garde, Hyères, Barbigeois, Maravieille, Montjean, la plaine de Mouries, etc. (7). Voyons quelques centres importants :

A Cogolin les Sarrasins ont longtemps séjourné.
A Ramatuelle on remarque ses petites rues étroites et ses remparts, ainsi que la Porte Sarrazine, appelée aussi Portail des Sarrasins.

Ce sont les Sarrasins du Fraxinet, qui ont été les premiers fondateurs du nouveau village de Gassin qui leur servit de poste fortifié.
A Gassin, on trouve de nombreuses portes bâties en arc d’ogive.
D’autre part, dans une vieille rue du village, on a découvert sur une pierre servant de linteau d’une porte, une inscription en arabe. Aujourd’hui le village a gardé une partie de ses fortifications. En fait Gassin n’est pas loin de Pampelonne, dans la baie de laquelle débarquèrent les Sarrasins à partir de 739 (8).

A Grimaud, on retiendra le canal Grimaud et la Fontaine des Maures (9). A Cabasse, on remarque les ruines d’un château bâti par les Sarrasins et les vestiges d’une muraille appelée Casteou-Sarrin. On peut voir à Cabasse une véritable maison avec ouvertures dans la crevasse d’un rocher à pic, qui porte le nom de Maison des Fées.

Favas est un petit village près de Draguignan, ruiné au 8ème siècle par les Sarrasins qui établirent, sur la montagne de Piol, à 800 mètres d’altitude, « un retranchement considérable encore visible aujourd’hui ». Près de Piol, on découvre un crassier de fer, des scories et du charbon: on peut penser à l’emplacement d’une forge ou même d’une fonderie. Découverte aussi d’un tesson vernissé du 8ème siècle (10).

Seillans est un village dont les armes possèdent un croissant et trois étoiles. Dans le nouveau village, il y a une porte dite Sarrazine. Elle serait l’un des plus anciens témoins de l’occupation sarrasine dans le Haut-Var.S’agissant des environs de Seillans, on a trouvé dans un cimetière sarrazin, des tessons en céramique de teinte grise, céramique qui ressemble à celle trouvée à Narbonne et qui est datée du 8ème siècle.
D’autre part, les observations faites sur les tombes, la Porte Sarrazine de Seillans et la céramique, laissent supposer que l’établissement des Sarrasins dans le village de Seillans et de ses environs daterait du 8ème siècle.

Non loin de Seillans, se trouve le village de Fayence avec sa Porte Sarrazine.

A Six-Fours, près de Toulon, il y a un puits semblable à ceux rencontrés à Fostat en Egypte, au Maghreb et en Espagne (11).

En 950, les Sarrasins attaquèrent Le Brusc, à 15 km de Toulon, mais furent sévèrement battus (12). Non loin de ce village, en 1963, on a effectué une plongée à l’endroit présumé du débarquement des Sarrasins (Pointe du Brusc, au lieu-dit Pointe de Gaou). Les plongeurs rapportèrent un plat profond en bronze décoré, avec des inscriptions arabes comparables à celles des 9ème et 10ème siècles. On suppose que cet ustensile servait à recueillir les aliments ainsi qu’aux ablutions rituelles

Au Beausset, un habitant a découvert, sous une grande dalle une hache bipenne en bronze dont la trace du manche en bois était de 85 cm. Cette hache est entièrement gravée sur les deux faces et porte sur toute la bordure, les deux lettres arabes (f) et (t) en alternance. Ces deux lettres peuvent former le mot (fata) qui veut dire brave, jeune officier. On pense que la hache daterait, au moins, du temps des Fatimides (13).



Notons enfin d’autres endroits de Provence qui contiennent des vestiges sarrazins physiques réels ou des vestiges disparus mais transmis par la tradition orale : Pierrefeu, Jabron, Luc, Vidauban, Salernes, Montferrat, Entrecasteaux, Lorgues, etc.



Les tours sarrasines dans le Var

Ce sont des tours carrées, de 4 à 8 mètres de côté, la plus haute d’entre elles mesurant 25 m. Elles ne correspondent pas aux normes romaines.
Bâties directement sur le rocher, entièrement en pierre, de plan carré comme la plupart des tours arabes, elles sont orientées par les angles, disposition de type oriental. Ces tours sont ignifuges. Leurs portes, étroites et hautes, sont situées au premier étage jusqu’à 7 m du sol. Les tours n’ont aucune ouverture au rez-de-chaussée sauf celle de Sanary qui était entourée d’eau.

La plupart des mesures de ces tours sont des multiples de la coudée sarrasine ordinaire qui était de 0,47 m. Les tours servaient de magasin et de lieux de transmission de signaux entre elles (tour à feu). On communiquait par des signaux de feu la nuit, et de fumée le jour. A côté des tours proprement-dites, il existait des relais de chevaux pour les messageries et des pigeonniers d’Etat (parfois à l’étage supérieur même de la tour) pour transmettre et recevoir des messages par pigeon voyageur (14).

Voici la présentation de quelques-unes de ces tours.

La tour de Sanary (Commune d’Ollioules) était située sur le port, aujourd’hui à une trentaine de mètres du bord de l’eau. C’est la seule tour qui ait une porte à sa base. La tour servait au transit de marchandises (produits de l’arrière pays minier du Revest, et de Six-Fours).

La tour du Revest était à proximité de mines de fer, de cuivre, de plomb argentifère que recèlent le Mt-Caume, mines exploitées par les Romains et après eux par les Sarrasins. Elle aurait pu servir de dépôt de produits métalliques, comme sa voisine, la tour de Dardennes à laquelle le mot de “ forges ” est lié.

La tour de Taradeau, qui domine la plaine de l’Argens est située non loin de la voie romaine qui reliait Fréjus à Aix (15).

La tour de Tourtour, appelée aussi tour de Grimaldi, est actuellement un signal géodésique. Elle était le relais principal du système de signalisation du Fraxinet. On peut penser que la tour avait des magasins pour stocker les produits de la forêt : charbon de bois, goudron, résine, kermès.

La tour de Pénafort qui est la plus petite des tours décrites ici, servait de tour à feu (16).



Industrie et agriculture

Dans les environs de la Garde-Freinet, il y avait des mines:
- de fer pour la fabrication d’outils divers, d’ioutils agricoles et d’armes;
- de galène (alquifoux) au lieu-dit Guillobets;
- de plomb argentifère entre la Garde-Freinet et Plan-de-la-Tour, au lieu-dit “ Trou des Sarrasins ”.
D’autres endroits sont à citer comme Puits Vallon et Puits Ste-Thérèse autour de Miramar et de La Garde-Freinet (17).

A Notre-Dame de la Crau, près d’Hyères, en creusant les terres, on a trouvé une briqueterie de construction sarrasine et des tombeaux en briques avec des ossements.

D'autre part, au Revest, les Sarrasins exploitaient les mines de galène argentifère (18).
Dans la région du golfe de St-Tropez, les Sarrasins développèrent l’industrie d’extraction de la résine de pin, pour la transformer en goudron utilisé pour le calfatage de leurs bateaux. Aujourd’hui encore en Provence, ce goudron est appelé qitran, mot d’origine arabe (19). Lacam pense, par ailleurs, que la résine entrait dans la composition de la poix. Un lieu-dit la Péguière (au coeur des forêts, entre Collobrières et la Garde-Freinet, où sont signalées des ruines) est peut-être un des lieux où les sarrazins ont fabriqué la poix (poix = pègue, en provençal) (20).
On attribue aussi, aux Sarrasins, l’art d’exploiter le chêne-liège, très abondant dans la forêt, et qui a retenu d’eux, le nom de forêt des Maures (21).
L’exploitation du châtaignier fut introduite par les Sarrasins. Ces arbres dont certains, atteignent aujourd’hui, mille ans (donc datant de l’occupation sarrasine), fournissaient un complément de nourriture et un produit d’exportation.
Ces dernières années (à la St-Clément, le 23 novembre), une foire à La Garde-Freinet, réglait la commercialisation et la récolte des châtaignes (22).



Source: St Tropez, Histoires, Bernard Nantet, Paris, 1988, p. 67.

Il faut retenir aussi le blé noir ou blé sarrazin, introduit par les Sarrasins (23).
Egalement, les Sarrasins creusèrent de nombreux puits et de nombreux canaux (24).
Dans la région du golfe de St-Tropez, une race de chevaux, dite sarrasine, s’est maintenue pendant de nombreux siècles. Les Sarrasins, ont aussi renouvelé la race des chevaux du sud de la France, notamment ceux de la Camargue (croisement entre juments du pays et chevaux andalous) (25).



Objets divers et danses…

Des manteaux de soie, des coffrets en ivoire et en argent, des verres de cristal ainsi que des armes de facture précieuse, se trouvent, encore aujourd’hui, en possession des églises et des aristocrates locaux (26).
Sur un autre plan, des chroniques parlent aussi de danses provençales dont l’origine remonte au temps des Sarrasins : danse des épées, des chivu frus, des oranges. La Mauresque et la Bravade sont deux danses, encore présentes, dans le folklore varois (27). On retient encore du séjour des Sarrasins en Provence, le souvenir de certaines de leurs danses, qui s’exécutent le soir et dans la nuit (28).
Monnaies trouvées en Provence
A Bormes-les-Mimosas, à Olbia (près d’Hyères), on a trouvé des pièces de monnaie arabes datant du 1er et du 2ème siècles de l’hégire (29).
Près de Six-Fours, à Ollioules, on signale près d’une source thermale, la découverte de monnaies romaines et arabes (30).
Cimetières sarrazins
Dans le Var on a découvert de nombreux cimetières sarrazins. A Ste-Anastasie, St-Julien-le-Montagnier (aux lieux-dits les Maurras et la Mourotte), à St-Paul-en-Forêt (au lieu-dit Maugaries) et aux Arcs. De même qu’une tradition orale veut qu’il y ait à Mazauges, au lieu-dit la « Crau des Sarrasins », un cimetière musulman (31).
A la Moure, « les Maures ou Sarrasins occupaient autrefois tous ces pays et de là lui est venu le nom de la Moure, on y trouve souvent des tombeaux de ces infidèles » (32).



Notes du chapitre 6

(1) - Bien des villages du sud de la France furent détruits par les Sarrasins et leurs habitants contraints alors de fuir et de s’installer sur les hauteurs ou bien de fonder plus loin de nouveaux villages. Ce qui expliquerait le fait qu’après le départ des Sarrasins de la Provence, il était plus facile, pour les vainqueurs, de raser complètement les villages créés entièrement par les Sarrasins. D’où la difficulté de retrouver facilement leurs traces. Retour au texte


(2) - B. Poupardin, Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933), Paris, 1901, 472 pages, p. 258. Retour au texte

(3) - R. Poupardin, Le royaume de Bourgogne (888-1038), Paris, 1907, 510 pages, p. 112. Retour au texte

(4) - « C’est vers les derniers temps d’occupation des Sarrasins en France, que commencèrent à se former les langues d’oc et d’oil ; la langue latine n’existait plus que dans les livres, et la langue germanique était tombée en désuétude. L’influence arabe dut s’exercer principalement sur la langue d’oc, commune aux peuples du midi de la France et de la Catalogne, d’abord parce que ce furent les pays où les Sarrasins se maintinrent plus longtemps ; de plus, parce que la littérature des troubadours paraît avoir précédé les autres littératures de l’Europe moderne. Mais cette influence ne dut devenir vraiment sensible qu’après l’entière expulsion des Arabes du sol français. Les monuments de la littérature romane qui nous sont parvenus, sont tous postérieurs à la première moitié du dixième siècle ; … », Réf: Joseph Reinaud (1795-1867), Invasion des Sarrasins en France et de France en Savoie, au Piémont et en Suisse, pendant les 8ème, 9ème et 10ème siècles - d’après les auteurs chrétiens et mahométans, Paris, 1886, 324 pages, p. 306-307. Retour au texte

(5 & 6) - « Les premières invasions des Sarrasins sont empreintes d’un tel caractère de grandeur, qu’on ne peut en lire le récit sans émotion », Réf: Ibid, p. 311.
« Pour comprendre le substrat des récits épiques il faut avant tout consulter les textes arabes », Réf: Naissance et développement de la chanson de geste en Europe, par A. de MANDACH, Paris/Genève, 1961, cité dans : Literatura arabe y literatura francesa en la edad media, par Alvaro GALMES DE FUENTES, Sharq Al-Andalus - Estudios Arabes, Alicante, num. 7 (1990), p. 37-53, p. 39. Retour au texte

(7) - La Garde (7 km à l’est de Toulon) où les dernières incursions sarrazines remontent à 1197, bien après la chute du Fraxinet. Retour au texte
-Hyères (18 km à l’est de Toulon) : découverte de vases arabes, de la grenade incendiaire trouvée sur le site de l’Almanarre et d’autres pièces arabes datant des 9ème et 10ème siècles.
-Le territoire de la rivière La Mole a été occupé par les Sarrasins : on y trouve des retranchements de pierres sèches qui subsistent à Maravieille et à Montjean.
- Dans la plaine de Maravieille, la chronique situe de nombreux silos et des armes attribués aux Sarrasins.
-Dans la plaine de Mouries, il y a une canalisation en terre cuite rouge dont les caractéristiques sont à rapprocher de celles de Médinat Azzahra, près de Cordoue
Réf: Lacam Jean, Les Sarrasins dans le Haut moyen âge français, Paris, 1965, 217 pages, p. 108-115. Retour au texte

(8) - Le plan de Cogolin fait penser à un ancien port.
Les Sarrasins ont bâti un de leurs forts au sommet des Cuguillières. D’après les habitants du pays, on aurait trouvé au sud de Ramatuelle des armes et des tombes.
Une des portes de Gassin l’apparente à certaines portes de Palerme datées des 9ème et 10ème siècles. Réf: Ibid, p. 118-125. Retour au texte

(9) - Le canal de Grimaud amenait l’eau de la source Painchaud vers Grimaud (1 lieue de distance). La source Painchaud et Grimaud étaient séparés par la rivière, La Garde, enjambée par le Pont des Fées dans lequel étaient incrustées des canalisations. Des études concernant les matières composant ces canalisations, attribuent celles-ci aux Sarrasins. La Fontaine des Maures se trouve à la sortie de Grimaud en direction de la Garde-Freinet. Le bassin de recueillement de l’eau irrigue des jardins en étages. Le système d’irrigation moderne, dans cet endroit, pourrait avoir son origine du temps des Sarrasins, Réf: Ibid, p. 132-135. Retour au texte

(10) - En provençal, Fées se dit Fada, ne peut-on voir ici une altération de Fata signifiant officier ? ou encore une altération de feth’a signifiant : fente, ouverture; la maison des fées à Cabasse gardant l’entrée de la vallée et le pont de Grimaud (qui s’appelle aussi Pont des Fées) étant le seul passage pour atteindre de l’intérieur des terres, la forteresse sarrazine, Réf: Ibid, p. 144.
- Dans la région de Barcelonnette où les Sarrasins ont vécu deux siècles, les habitants signalent des emplacements de forges sarrazines où étaient fabriquées leurs armes, leurs outils, et leurs instruments d’agriculture, Réf: Ibid, p. 146 et 148-150. Retour au texte

(11) - On pense que l’établissement des Sarrasins dans la région de Seillans est antérieur au débarquement des Maures dans le Fraxinet et serait plutôt la conséquence d’une pénétration par la Durance et le Verdon, des Sarrasins mis en déroute par Charles Martel en 737. On signale encore que Castellane qui fut détruite vers 812, n’est pas très éloignée de Seillans. La destruction de Baudron et Favas pourrait dater de la même période. Sur le territoire de Seillans, il y a un lieu désigné sur les cartes comme “ cimetière sarrazin ”.
- Dans les environs de Seillans, la tradition situe, à la Bégude, un grand combat où les guerriers assoiffés auraient asséché le puits, en buvant toute l'eau, “ bégu ” en provençal, d’où ce nom.
Ibid, p. 152-160. Retour au texte

(12) - Dans leur retraite, les Sarrasins se retournèrent vers les gens du pays en leur criant qu’ils étaient “ Malla gent est ” (de mauvaises gens !). On érigea, pour célébrer la victoire de Malogineste (à rapprocher de Malla gent est) un monument commémoratif au lieu-dit Jaumar, Réf : Ibid., p. 160. Retour au texte

(13) - Ibid, p. 163-166. Fatimides : dynastie arabe (909-1171). Retour au texte

(14) - Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 191-192.
Ces tours correspondaient avec les îles environnantes, que la tradition dit avoir été occupées par les Sarrasins, île de Bendor, île des Embiez, îles de Porquerolles et Port-Gros, etc., Réf: Ibid, p. 170-174. Retour au texte

(15) - En 1865, l’année où la municipalité du Revest fit pratiquer une ouverture au pied du mur, on trouva dans le magasin voûté une grande quantité d’arcs, de flèches, de fers de lances, et de boucliers ronds, ces derniers en forme de couvercles de marmites, tout à fait semblables à ceux qu’on découvre dans la région des Maures. Sans doute, se tenait autour du Revest un important campement. La tradition parle d’un second Fraxinet, Réf: Ibid, p. 174-180. Retour au texte

(16) - Les chênes kermès sont nombreux dans cette région, comme partout ailleurs dans les forêts du Var. Il est à remarquer l’origine arabe du nom “ quermez ” qui a donné “ qarmzi ”, d’où vient cramoisi, rappelant ainsi, l’emploi que l’on faisait des insectes séchés, ramassés sur ces arbres comme substance tinctoriale.
- On donnait souvent à la tour Pénafort le nom de “ sakhra ”, piton en arabe et “ peña ” en espagnol (rapprocher ces définitions au nom français), Réf: Ibid, p. 183-187. Retour au texte

(17) - Ibid, p. 140-142. Retour au texte

(18) - Ibid, p. 200 (citant Garcin). Retour au texte

(19) - Si l’extraction de la résine était connue auparavant, sa transformation en goudron était une activité nouvelle, Invasion des Sarrasins, o.c., p.298. Retour au texte

(20) - Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 200-201.
La poix était utilisée dans les mélanges employés par les Arabes pour le remplissage de grenades incendiaires ou bombes à feu grégeois. Retour au texte

(21) – Le chêne-liège constitue encore au 18ème siècle l’une des richesses de la région, Réf: Invasion des Sarrasins, o.c., p. 97.
Jusqu’à la fin du 19ème siècle, à la Garde-freinet, 500 ouvriers et ouvrières travaillaient encore à la taille manuelle des bouchons. Si aujourd’hui l’industrie du bouchon est moribonde, on continue cependant de détacher le liège, Réf: Histoires..., Bernard Nantet, édition Londreys, Paris, 1988, 143 pages, 66. Retour au texte

(22) - Ibid, p. 67. Retour au texte

(23) - Cette plante peut servir à la fois d’engrais et de fourrage, et sa graine fournit une farine qu’on peut convertir en bouillie, Réf: Invasion des Sarrasins,o.c., p. 297. Retour au texte

(24) - Arslan, o.c., p. 237.Retour au texte

(25) - Chevaux de taille petite, ils servaient aussi bien aux travaux des champs qu’aux messageries et à l’apparat, Réf: Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 136; Invasion des Sarrasins, o.c., p. 298-299.
Les Sarrasins, lorsqu’ils prenaient la mer, emmenaient avec eux des chevaux qui leur permettaient de poursuivre leurs courses sur terre. Ce fait est mentionné dans une lettre du pape Léon III à Charlemagne. Retour au texte

(26) - Arslan, o.c., p. 237-238. Retour au texte

(27) - A Callian, “ les Sarrasins à leur arrivée en Provence donnèrent aux habitants le spectacle de leurs danses guerrières. Une de ces danses appelée la Mauresque s’est perpétuée dans cette contrée…Elle s’exécute en courant les rues, les uns derrière les autres, en une seule file, en gambadant, ou battant des entrechats et s’arrêtant de temps à autre pour boire à la ronde ”. Cette danse est encore effectuée dans les fêtes locales de Fayence, Seillans, etc. Réf: Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 201, citant Garcin. Quant à La Bravade, elle est encore à l’honneur au cours des fêtes locales dans le Var, et en particulier à St-Tropez. Il s’agissait, à l’époque des Sarrasins, de “ braver ” ces derniers en exécutant les processions religieuses. Lors de ces processions, les reliques étaient protégées par des soldats. En effet, si les Sarrasins reconnaissaient la liberté du culte catholique, ils ne toléraient pas son expression en public. Retour au texte

(28) - Un danseur figure entre deux danseuses et présentant alternativement une orange à chacune d’elles. Autre danse, celle de deux guerriers brandissant chacun une épée et essayant d’enlever une bergère ou au contraire de la défendre contre son ravisseur, Réf: Invasion des Sarrasins, o.c., p. 300-301. Retour au texte

(29) - Une monnaie islamique datée de 133(H) et frappée en Egypte pour Abd-al-Malek ibn Yazid, khalife omeyyde (Damas). Une autre monnaie plus simple, peut-être datée de la fin des Omeyyades. A Olbia (Al Manar), près d’Hyères, une monnaie que l’on peut dater de la fin des Omeyyades. Et une autre monnaie non encore identifiée. Dans le catalogue du musée de Draguignan, il y a une médaille coufique. Sur cette pièce il y a une inscription, en plus des inscriptions coraniques traditionnelles, “ Obeid Allah, gouverneur d’Egypte, 1er siècle de l’hégire”, Réf: Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 203-204. Retour au texte

(30) - Ibid, p. 160. Retour au texte

(31) - Ibid, p. 202-203. Retour au texte

(32) - On n’a pas découvert de tombes sarrazines à la Moure, mais il y a une coutume curieuse qui n’est pas sans évoquer son origine arabe. On venait du Plan de la Tour pour se faire enterrer à la Moure (le mort entouré d’un drap et porté entre deux bâtons), Réf: Ibid, p. 203. A proximité de La Londe-Les-Maures, la tradition orale situe un cimetière sarrazin; découverte aussi d’une pointe de javeline trouvée à La Londe (Var), Réf: Ibid, p. 111-112. Retour au texte


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MessagePosté le: Jeu 23 Fév - 15:28 (2017)    Sujet du message: Publicité

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