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La doctrine secrète des Fatimides d'Égypte

 
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abdelrahmane
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MessagePosté le: Dim 13 Mai - 10:51 (2018)    Sujet du message: La doctrine secrète des Fatimides d'Égypte Répondre en citant

La doctrine secrète des Fatimides d'Égypte


Guerriers fatimide

Tous les faits que je viens de rassembler, et dont il serait facile d’augmenter le nombre, prouvent qu’il n’était point d’opinion bizarre, ridicule, contraire aux textes les plus précis du Coran, inconciliable avec les dogmes et les préceptes de la religion musulmane, qui n’eût été soutenue et n’eût trouvé des partisans dans le sein même de cette religion, et qui n’eût même, au moyen de l’interprétation allégorique, cherché ses fondements et puisé ses autorités dans le livre révéré des Musulmans, longtemps avant le siècle de Hakem et de Hamza. Les détails dans lesquels je vais entrer sur l’histoire et la doctrine des Karmates porteront jusqu’à l’évidence la vérité de ce que j’avance. Le nom de Karmates n’est pas le nom primitif de la secte dont nous parlons; le vrai nom de ces sectaires est celui d’ Ismaéliens. Il y avait déjà quelque temps que leur secte subsistait, lorsqu’on les nomma Karmates, nom sous lequel ils devinrent célèbres dans la suite; et peut-être même cette dénomination ne doit-elle être regardée que comme le nom particulier d’une branche des Ismaéliens. Les Ismaéliens appartiennent à la classe générale des Rafedhis, c’est-à-dire qu’ils font profession d’un attachement exclusif pour Ali et ses descendants, et d’une haine implacable contre Abou-Becr, Omar, Othman, Moawia, qu’ils regardent comme des usurpateurs; qu’ils ne reconnaissent d’imam légitime que dans les descendants d’Ali, et qu’ils suivent, dans les pratiques extérieures de la religion, tout ce qui caractérise les Chiites. Le nom d’Ismaéliens prouve que, dans leur origine, ils formaient un parti en faveur d’un imam nommé Ismaïl, et cet imam doit être Ismaïl, fils de Djafar Sadik. Djafar tient la sixième place entre les douze imams, dont la suite est admise par ceux que l’on appelle Ethnaaschéris, lesquels font passer l’imamat de Djafar à son fils Mousa. Les Ismaéliens, au contraire, n’admettaient que sept imams, et l’on ne peut douter que ces sept imams ne fussent Ali, ses deux fils, Hasan et Hoseïn; Ali Zeïn-el abidin, fils de Hoseïn; Mohammed, fils d’Ali; Djafar Sadik, fils de ce Mohammed, et ismael, fils de Djafar Cette secte doit donc avoir commencé vers l’an de l’hégire 148, qui est l’époque de la mort de Djafar. Je conjecture qu’Ismaïl, fils de Djafar, étant mort, tous les Ismaéliens reconnurent, pour son successeur à l’imamat, son fils Mohammed, fils d’Ismaïl, avec cette différence seulement que les uns, ne voulant reconnaître que sept imams, exclurent de ce nombre Ismaïl, fils de Djafar et père de Mohammed, et que les autres les admirent l’un et l’autre, ne les envisageant peut-être que comme un seul et même personnage. Il m’est impossible de dire ce que devint cette secte pendant la vie de Mohammed, fils d’Ismaïl; peut-être même ne prit-elle une forme et une organisation régulières qu’après sa mort : car il paraît, par tous les monuments qui nous en restent, que le retour de Mohammed, fils d’Ismaïl, était le dogme principal des Ismaéliens, que tout se faisait en son nom, et que c’était à son service qu’on s’enrôlait pour être prêt à le suivre lors qu’il reparaîtrait. Il paraît qu’avant la conquête de l’Afrique par le premier des khalifes, fatimides, la secte des Ismaéliens avait eu successivement sept chefs ou imams, c’est-à-dire sept personnages par lesquels le droit à l’imamat, et, si je ne me trompe, la participation à la nature divine, s’était transmise à Obeïd-allah, premier khalife fatimide . Ces sept imams sont nommés, dans les livres des Druzes, Ismail, fils de Mohammed; Mohammed, fils d’Ismaïl; Ahmed, fils de Mohammed; Ahd-allah, fils d’Ahmed, de la race de Maïmoun Kaddah; Mohammed, fils d’Abd-allah; Hoseïn, fils de Mohammed, de la race de Maïmoun Kaddah; enfin, Abd-allah, père du Mehdi, et qui se nommait aussi Ahmed. Ces sept imams sont appelés les imams cachés, parce qu’ils étaient obligés de se tenir cachés pour se soustraire aux persécutions des Abbasides. Ils ont dû exercer leur ministère occulte, à partir de Mohammed, fils d’Ismaïl, jusqu’aux dernières années du IIIe siècle de l’hégire. Ahmed, le cinquième de ces imams, occupait cette place en l’an 278 de l’hégire, comme on le verra par l’aventure de Karmathe . La doctrine de la secte avait été réduite en un système, et avait reçu une forme régulière de son père Abd-allah; en sorte qu’il semble qu’on peut fixer l’époque de celui- ci et de la formation de sa doctrine à l’an 250 ou environ. Abd-allah était un homme très-instruit; son père, Maïmoun, professait la doctrine des Chiites, mais intérieurement il était Zendiki, c’est-à-dire matérialiste. On lui donne pour père ou, suivant un des manuscrits de Makrizi, pour oncle paternel, Daïsan, qui était de la secte des Thanéwis, c’est-à-dire des Dualistes; mais ce mot est susceptible d’équivoque, et il n’est pas absurde de penser qu’il ne s’agit pas ici des Dualistes proprement dits qui admettent deux principes, la lumière et les ténèbres, et qui disent que la lumière est Ormuzd et les ténèbres Ahriman, mais d’une secte particulière de Motazales, qui furent nommés Dualistes, parce qu’ils enseignaient que, dans les actions des hommes, le bien vient de Dieu et le mal de l’homme’. Abd-allah est, suivant Abou’l féda, auteur d’un livre intitulé la Balance, qui est conforme aux principes des Zendikis Cela n’a rien de surprenant, s’il est, comme nos auteurs l’assurent, le fondateur du système philosophique des Karmates; car les Karmates méritent, sans aucun doute, d’être comptés, comme le fait Makrizi, parmi les Zendikis. Le surnom de Kaddah, qui signifie médecin oculiste, est donné par Abou’l féda à Abd-allah ; les livres des Druzes le donnent à Maïmoun ; il est assez vraisemblable qu’ils l’ont porté l’un et l’autre, et peut-être exercèrent-ils tous deux la même profession. Bibars Mansouri dit que Maïmoun Kaddah a donné son nom à la secte des Kaddahis : je n’ai point trouvé ce nom ailleurs Makrizi parle d’une secte de Kharédjis nommés Maïmounis, de Maïmoun, fils d’imran, leur chef; mais je ne crois pas que ce Maïmoun ait rien de commun avec Maïmoun Kaddah. Abou’l féda fait partir Maïmoun de Caradj et d’Ispahan, et fait venir Abd-allah de là à Ahwaz, puis à Basra, et enfin à Salamia. Makrizi dit simplement qu’il était d’Ahwaz, et qu’étant obligé de fuir, il se réfugia d’abord à Basra, et ensuite à Salamia.
Abd-allah, dit Makrizi, connaissait parfaitement toutes les religions et toutes les sectes. Il institua un corps de doctrine, divisé en sept degrés d’instruction ou d’initiation, par lesquels devait passer successivement le prosélyte, jusqu’à ce que, secouant le joug de toute religion, il devînt un vrai matérialiste, ne reconnaissant plus ni l’existence de Dieu, ni aucune règle des mœurs; qu’il n’attendît plus ni récompenses ni châtiments après cette vie, et qu’il demeurât persuadé de la vérité de cette doctrine, et de l’erreur de tous ceux qui pensaient autrement Abd-allah voulait par là se former un parti. Il appelait les hommes à reconnaître pour imam Mohammed, fils d’Ismaïl, fils de Djafar Sadik. La renommée de sa science et de son zèle pour la propagation de la doctrine des Chiites devint célèbre ; il avait même des daïs ou missionnaires, chargés de répandre sa doctrine et de faire des prosélytes. On forma des desseins contre lui, ce qui l’obligea de quitter Ahwaz et Asker-mokarram, où l’avait établi son séjour et avait amassé de grandes richesses, pour se retirer à Basra, et lui fit encore abandonner Basra pour chercher une retraite dans la Syrie, à Salamia; là il eut un fils, nommé Ahmed, qui lui succéda. Il mourut dans cette ville, et ce fut son fils Ahmed qui envoya dans l’Irak le daï Hoseïn Ahwazi, lequel avait accompagné Abd-allah dans sa retraite à Salamia.
En pesant bien les expressions de ce récit, on voit qu’Abd-allah ne feignait de le connaître pour imam Mohammed, fils d’Ismaïl, et de travailler à lui assurer les hommages des musulmans, que pour se former à lui-même un parti puissant, et attirer plus facilement les Chiites, et surtout les Ismaéliens; car un homme dont le but était de propager le matérialisme, l’athéisme et l’immoralité, ne devait guère s’embarrasser qu’on reconnût pour imam un descendant d’Ali plutôt que tout autre. Mais ce qui était important pour lui, c’était d’avoir un moyen de soulever les peuples contre leur souverain ; son prétendu zèle pour un descendant d’Ali lui en donnait un prétexte plausible, et d’autant plus puissant qu’il était couvert du voile de la religion. C’est ce que remarque judicieusement un écrivain cité par Nowaïri.
Dans le principe, dit-il, on assurait que Mohammed, fils d’Ismaïl, était vivant, qu’il n’était point mort, qu’il paraîtrait à la fin des temps, que c’était lui qui était le Mehdi que les Musulmans attendent. Mais l’intention de l’imposteur qui les séduisait n’était point d’attacher les prosélytes à Mohammed, fils d’Ismaïl, et de lui faire rendre hommage comme au vrai souverain ; ce n‘était là qu’un moyen dont il se servait pour s’emparer de l’esprit de ceux qu’il attirait à son parti, et par lequel il s’assurait qu’il avait réussi à les séduire, et qu’il les tenait dans ses filets, quelle que fût auparavant leur croyance, soit qu’ils fussent Sunnis ou Chiites. Je m’imagine que, jusqu’à Abd-allah, la secte ( des Ismaéliens n’avait été qu’une secte ordinaire des Chiites, secte qui se distinguait des autres en ce qu’elle reconnaissait pour dernier imam Mohammed, fils d’Ismaïl, et qu’elle professait la doctrine allégorique dont ce Mohammed, ou peut-être son aïeul Djafar Sadik, avaient été les auteurs ; mais qu’Abd-allah, devenu le chef des Ismaéliens, poussa les choses plus loin, et voulut établir le matérialisme sur la base de cette doctrine mystique, qui lui donnait un moyen facile d’anéantir tous les préceptes de la religion en les réduisant à de simples allégories. C’est de ce système de doctrine, formé par Abd-allah, qu’il est important de se faire une idée juste et développée, et je crois qu’il est à propos de l’exposer ici, avant de faire l’histoire des progrès de cette secte. Deux, auteurs célèbres me fourniront pour cela un secours inappréciable : ce sont Makrizi et Nowaïri Ces deux historiens ont vraisemblablement puisé à la même source, car ils emploient presque toujours les mêmes expressions, et on peut corriger le texte de l’un par celui de l’autre; mais comme Nowaïri a quelquefois un peu plus d’étendue, je le suivrai de préférence. Cet écrivain a extrait tout ce qu’il rapporte, d’un ouvrage dont il n’indique point le titre, composé par un schérif dont le nom est Abou’l hasan Mohammed, fils d’Ali, et qui est connu sous le surnom d’Akhou-Moksin. Il descendait de Mohammed, fils d’ismaïl, fils de Djafar, et Nowaïri ne compte que cinq générations entre lui et Mohammed, fils d’ismaïl; en sorte qu’il y a lieu de croire qu’il était contemporain d’Obeïd-allah, le premier des khalifes fatimides; ce qui, joint à ses liaisons intimes avec la branche des schérifs descendus de Mohammed, fils d’ismaïl, autorise à penser qu’il devait être bien instruit. Je vais laisser parler cet auteur, en abrégeant seulement quelquefois ses réflexions.



PREMIER DEGRÉ DE L’INITIATION

Lorsque le daï veut faire un prosélyte, le premier et le plus puissant moyen qu’il emploie pour le séduire, après avoir fixé son attention par une dévotion affectée et hypocrite, c’est celui qui est commun à tous les incrédules et aux mécréants. De quelque religion que soit celui dont il veut faire un prosélyte, il fait toujours usage de ce moyen, qui consiste à proposer des questions sur des choses obscures, sur le sens de certains passages du Coran, sur la signification spirituelle des diverses ordonnances de la loi, et sur quelques objets qui appartiennent aux sciences physiques. Les daïs choisissent, pour le sujet de leurs discours, des matières qui présentent beaucoup d’obscurité ou d’incertitude, et dont la connaissance est réservée aux savants distingués, et n’appartient qu’aux hommes dont les talents acquis ou naturels égalent ceux que possède le daï lui- même. Si le daï rencontre, dans la personne à laquelle il s’adresse, un homme d’esprit, instruit, et accoutumé à la controverse, il s’accommode à ses opinions, lui témoigne toute sorte de respects et d’égards, applaudit à tout ce qu’il dit, et s’insinue dans son esprit, en se montrant lui-même instruit dans tout ce qu’il juge pouvoir plaire à cet homme, et dans la connaissance de la religion que celui-ci professe. Il on use ainsi par prudence, de peur de cet homme, devinant ses desseins, ne sème de mauvais rapports contre lui; que ses ruses, ses artifices, et le ministère de missionnaire qu’il exerce pour attirer les peuples à sa secte, ne viennent à se découvrir, et qu’ainsi son secret ne soit trahi. Mais si le daï rencontre un homme facile à séduire, d’un esprit simple et grossier, il lui tient des discours propres à captiver toute son attention : il lui dit que la religion est une science cachée, que la plupart des hommes la méconnaissent et l’ignorent; que, si les Musulmans connaissaient quel degré de science Dieu a départi aux imams par une faveur toute spéciale, il n’y aurait parmi eux aucune diversité d’opinions.

A ces discours, celui à qui ils sont adressés s’imagine facilement que le daï possède des connaissances rares et profondes, et il commence à concevoir le désir de savoir ce que signifient les paroles mystérieuses du daï. Celui-ci, soit que ses discours s’adressent à plusieurs personnes ou à une seule, prend pour sujet de ses entretiens la signification de certains passages du Coran, les pratiques dont l’observation est prescrite par la religion, le sens littéral et le sens allégorique des textes sacrés et tels autres sujets sur lesquels un Musulman bien instruit ne peut avoir aucun doute; et il par vient ainsi à persuader à ceux qui l’écoutent, qu’il possède un fonds de science qui peut être d’une grande utilité pour le salut de ceux qui l’écouteront avec docilité. Alors il leur affirme que ce qui a causé le malheur des Musulmans, ce qui a perverti leur croyance, donné naissance à une multitude de sectes différentes, et établi l’empire des passions qui ont égaré les hommes, c’est l’infidélité dont ils se sont rendus coupables, en abandonnant les imams qui leur avaient été donnés pour veiller à la conservation de leurs lois, pour ramener ces lois à leur véritable objet, et en conserver sur la terre le sens caché et la signification intérieure. En se refusant à suivre la direction des imams, les hommes ont voulu juger des choses par leurs propres lumières, n’admettre que ce qui paraissait droit à leur propre jugement, ou ce qu’ils avaient reçu de leurs devanciers et de leurs chefs, de ces hommes qui s’attachent servilement au rois, par le désir des biens de ce monde, biens qui sont de tout temps la source du péché; de ces hommes qui sont comme les armées des tyrans et les soldats des pécheurs qui n’ont de désirs que pour le monde passager, et ne tendent qu’à obtenir l’autorité sur les petits, et à enlever par artifice à l’apôtre de Dieu le peuple qui lui appartient, à altérer son livre, à changer les lois fondées sur la tradition venue de lui, à faire mourir ses descendants, à pervertir sa loi, à tenir avec les hommes une conduite différente de la sienne, enfin à résister opiniâtrement à ceux qui lui ont succédé dans l’imamat. De là il est arrivé que ceux qui ont reçu la doctrine de ces gens-là sont tombés dans une sorte d’étourdissement et de folie, et se sont égarés eux-mêmes en une multitude d’erreurs, en les suivant eux et leurs disciples. Ensuite, prenant le ton d’hommes sages et qui donnent aux autres de bons conseils, ils disent à ceux qui les écoutent, que la doctrine de la religion de Mohamad n’est point une doctrine brillante, propre à flatter par des dehors séduisants conforme aux passions des hommes et aux inclinations des mortels, que toute langue puisse facilement expliquer, et qui soit à la portée de l’intelligence du vulgaire grossier; que la religion, au contraire, est une chose difficile, et très difficile, un fardeau très pénible à porter, une science abstruse et profonde; que Dieu l’a couverte de tous ses voiles; que c’est une chose d’une trop grande importance pour être abandonnée à l’usage profane des méchants; que c’est le secret caché de Dieu, et son mystère impénétrable; qu’il n’y a qu’un ange de la première classe, ou un prophète chargé d’une mission divine, ou, enfin, un serviteur fidèle dont Dieu a éprouvé le cœur pour s’assurer de sa foi, qui puisse porter le fardeau de cette science sublime, ou en soutenir le poids. Ils disent beaucoup d’autres choses du même genre. Tout cela en impose aux ignorants : ils se persuadent que ces gens-là sont en possession de connaissances du plus grand prix, et très avantageuses à ceux qui les écoutent; ils regardent le daï avec admiration, et tous les autres hommes au milieu desquels ils vivent ne leur paraissent plus que des impies. Mais ces discours du daï ne sont que comme un prélude : ils n’ont point d’autre but que d’apprivoiser en quelque sorte ceux qu’il veut séduire, pour les disposer à ne point s’effaroucher de ce qu’on doit leur enseigner par la suite. C’est là le premier pas qu’on leur fait faire, pour les amener peu à peu à abandonner leur religion; c’est la base de toute la doctrine de ces sectaires, et l’aiguillon qui excite la curiosité et fait naître le désir de connaître leurs dogmes. Souvent les daïs ajoutent à cela certaines questions sur des choses auxquelles ils assurent qu’on doit donner un sens spirituel, parce qu’elles ne sont qu’une espèce de représentation mimique de la vraie piétés Voici quelques-unes des questions qu’ils proposent : Que signifie le jet des cailloux, et la course entre Safa et Merwa? Pourquoi une femme qui a omis le jeûne et la prière, à cause de ses règles, est-elle tenue à réparer l’omission du jeûne, tandis qu’elle ne doit pas réparer celle de la prière Pourquoi l’homme souillé par l’émission de la semence doit-il se purifier par le lavement de tout le corps, et cela pour une petite quantité d’une liqueur, pure de sa nature, qui est sortie de lui, tandis que l’émission de l’urine, qui est sale et abondante, ne l’assujettit point à cette sorte de purification? Pourquoi Dieu a-t-il employé sept jours à créer le monde? Est-ce qu’il ne pouvait pas le créer en une heure ? Quel est le sens de cette voie nommée sirat, dont il est parlé d’une manière symbolique dans le Coran ? Que signifient les deux anges écrivains et observateurs? Pourquoi ne les apercevons nous pas? Dieu a-t-il craint que nous ne, nous élevassions un jour contre lui avec fierté, et que nous ne lui donnassions un démenti? Cette crainte l’a-t-elle engagé à établir, pour nous surveiller, des yeux clairvoyants, à appeler des notaires pour avoir un titre contre nous, et à faire consigner le tout par écrit sur du papier ? Que signifie le changement de la terre en une chose qui ne sera pas la terre ? Qu’est-ce, au vrai, que les tourments de l’enfer? Comment peut-il être vrai que la peau des damnés sera changée en une autre peau, pour que cette nouvelle peau, qui n’aura pris aucune part à leurs péchés, soit soumise aux tourments de l’enfer ? Quel est le sens de ces mots : En ce jour-là il y en aura huit qui porteront le trône de ton Seigneur? Qu’est-ce qu’Iblis, les démons dont il est fait mention dans le Coran, et les qualités qui leur sont données? Où est leur demeure, et quelle est l’étendue de leur pouvoir? Qu’est-ce que Gog et Magog Harout et Marout ? Qu’est-ce que les sept portes du feu et les huit portes du paradis? Qu’est-ce que l’arbre Zakkoum qui croît dans le fond de l’enfer, Qu’est-ce que la bête de la terre , les têtes des démons, l’arbre dont il est dit , l’arbre maudit dans le Coran, le figuier et l’olivier ? Quel est le sens de ces mots, ceux qui ont une marche rétrograde et ceux qui se cachent Que signifient ces sigles, El -lam-mim et Elif-lam-mim-sad? et ceux-ci, Caf-ké-ya-aïn-sad, Ha-mim-aïn-sin-kaf et autres semblables Pourquoi les cieux ont-ils été créés au nombre de sept, et les terres pareillement? et pourquoi le premier chapitre de le Coran est t’il aussi composé de sept versets? Pourquoi douze sources ont-elles été ouvertes’? Pourquoi le nombre des mois a-t-il été fixé à douze ? Ils accumulent beaucoup de questions de ce genre, afin de persuader que toutes ces choses renferment un sens profond et des mystères inexplicables; ensuite ils parlent ainsi à ceux qu’ils instruisent : Que fait, à votre égard, le maître qui enseigne le Coran, la Sunna et les sens mystiques des devoirs indispensables de la religion musulmane ? Réfléchissez d’abord (sur ces questions) : où sont vos âmes? quelle est leur figure? Où est leur domicile? Quel est leur premier commencement? Qu’est-ce que l’homme, et qu’est-il dans la réalité? Quelle différence y a-t-il entre sa vie et la vie des quadrupèdes, entre la vie des quadrupèdes et celle des reptiles, entre la vie des reptiles et celle des végétaux? Que signifient ces paroles de l’apôtre de Dieu : Eve a été créée d’une côte d’Adam? Que veut dire cet axiome des philosophes, que l’homme est un monde en petit, et le monde un homme en grand? Pourquoi l’homme a-t-il reçu le port droit, au contraire de tous les autres animaux? Pourquoi a-t-il dix doigts aux mains et autant aux pieds et pourquoi quatre doigts de sa main sont-ils divisés en trois phalanges, tandis que le pouce n’en a que deux? Pourquoi a-t-il au visage seul sept ouvertures, tandis que, dans tout le reste du corps, il n’en a que deux? Pourquoi a-t-il douze vertèbres dorsales et sept vertèbres cervicales? Pourquoi sa tête a-t-elle reçu la forme d’un mim, ses deux mains celle d’un ha, son ventre celle d’un mim, et ses deux jambes celle d’un dal, en sorte qu’il forme comme un livre écrit, dont l’interprétation est le nom de Mohamad (ç) ? Pourquoi son port, lorsqu’il est debout, représente-t-il un elif, et devient t’il, quand il est à genoux, semblable à un lam, et quand il est prosterné, semblable à un hé, en sorte que cela forme un livre qui présente le nom de Dieu, Allah, (alh) Pourquoi vos os sont-ils en tel nombre? Pourquoi avez vous un tel nombre de dents? Pourquoi les principaux d’entre vos membres sont-ils comme ceci ou comme cela? Ils font plusieurs autres questions pareilles d’anatomie, et parlent des artères, des membres et de leurs principaux usages. Puis, s’adressant à ceux qui les écoutent, ils leur disent : Ne ferez-vous point de réflexion sur votre propre état? n’y penserez-vous point attentivement, et ne reconnaîtrez-vous point que celui qui +++
vous a créés est sage, qu’il n’agit point au hasard qu’il a fait tout cela avec sagesse, et que c’est pour des raisons secrètes et mystérieuses qu’il a uni ce qu’il a uni, et divisé ce qu’il a divisé ? Comment pouvez-vous croire qu’il vous soit permis de détourner votre attention de toutes ces choses, tandis que vous entendez ces paroles de Dieu (dans le Coran) : Ne ferez-vous point d’attention sur vous-mêmes ? et ces autres paroles : Il y a des signes sur la terre, des signes pour ceux qui croient d’une ferme foi et celles-ci : Dieu propose aux hommes des paraboles pour voir s’ils y feront réflexion ; et encore : Nous leur montrons nos signes, dans les régions de la terre et dans leurs propres personnes, pour leur faire voir clairement que cela (nos paroles) est la vérité. Quelle chose les incrédules ont-ils donc vue, ou dans leurs propres personnes ou dans l’univers, et ont-ils reconnue pour être la vérité? Et quelle vérité peut connaître celui qui méconnaît et renie la vraie piété ? Ces paroles ne vous indiquent-elles pas que l’intention de Dieu a été de vous conduire aux lieux où sont déposées les choses cachées, et dans lesquels sont renfermés des mystères? Si vous y donniez votre attention et si vous les connaissiez, vous seriez délivrés de l’étourdissement et débarrassés de toute erreur, et les connaissances les plus sublimes vous seraient manifestées Ne voyez-vous pas que vous vous ignorez vous-mêmes, ignorance de laquelle résulte l’ignorance de toutes les autres choses? Dieu ne dit-il pas : Celui qui est aveugle par rapport aux choses de ce monde est aussi aveugle par rapport à celles de l’autre vie, et suit un sentier égaré ? Ce sont là des exemples des choses sur lesquelles portent les questions que les daïs proposent, et auxquelles ils appliquent l’explication allégorique du Coran, des paroles de la Sunna et des lois; car les réponses à ces questions sont des allégories, que l’on donne pour le vrai sens et pour l’explication des pratiques religieuses établies par les lois et de nombreux raisonnements relatifs au libre arbitre et à la prémotion physique, et dont le but est d’établir la justice de Dieu et, d’éloigner de lui toute idée d’injustice ce dont il sera parlé dans le paragraphe second, s’il plaît à Dieu. Si toutes ces questions ont fait naître dans l’âme de celui à qui elles ont été proposées, du doute, de la surprise et de l’embarras; s’il a conçu un vif désir d’en savoir la solution; si, brûlant d’envie de la connaître, il demande à être instruit, ces docteurs en usent envers lui comme les diseurs de bonne aventure, les charlatans, les conteurs d’histoires en usent à l’égard de la populace qui les écoute. Ces gens- là commencent par donner à leurs auditeurs une haute idée de l’importance de ce qu’ils vont leur apprendre, et quand ils ont ainsi éveillé l’attention par un grand intérêt, et enflammé la curiosité de ceux qui les environnent ils s’arrêtent tout court au milieu de leur récit, pour augmenter le désir que les auditeurs ont conçu de connaître le dénouement. C’est précisément là ce que font les daïs. Ils commencent par tenir de longs discours et proposer des questions, puis, tout d’un coup, ils s’arrêtent. Par cet artifice, ils inspirent à ceux dont ils cherchent à faire des prosélytes, une violente curiosité de savoir ce qui leur reste à dire et dont ils n’ont débité que les préludes; et quand on leur demande d’expliquer le sens allégorique de toutes ces choses, ils répondent : Gardez-vous de mettre en ceci trop d’empressement; la religion de Dieu est d’un trop grand prix pour qu’on la confie à ceux qui n’en sont pas dignes, et qu’on J’expose ainsi à devenir un sujet de jeu et de badinage. Toutes les fois que Dieu a voulu confier à quelqu’un de ses serviteurs une mission prophétique, il a toujours exigé de lui, avant de le charger de ce ministère, un engagement, ainsi qu’il est dit dans le Coran : Nous avons pris l’engagement des prophètes, de toi, de Noé, d’Abraham, de Moïse, de Jésus, fils de Marie; nous avons pris d’eux un engagement très fort. Dieu dit encore : Il y a, parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans l’engagement qu’ils ont contracté envers Dieu, il y en a, parmi eux, qui sont morts, et d’autres qui attendent encore ( le terme de leur vie), et ils n’ont pas changé (leurs engagements) . Il dit encore en un autre endroit : O vous qui avez cru, remplissez fidèlement vos engagements ; et ailleurs : Ne soyez pas infracteurs de vos engagements, après vous être liés d’une manière irrévocable; vous avez pris Dieu même pour garant de vos promesses, Dieu sait tout ce que vous faite. Ne soyez point semblables à cette femme qui défait et démord son fil après l’avoir bien filé Dieu dit encore : Nous avons pris l’engagement des enfants d’Israël Il y a une multitude d’autres passages semblables, par lesquels Dieu témoigne qu’il n’a de droits à exercer que contre ceux dont il a reçu l’engagement. Engagez-vous donc, en frappant de votre main droite dans la mienne, et promettez-moi, avec les serments et les assurances les plus inviolables, que vous ne divulguerez point notre secret, que vous ne prêterez point d’assistance contre nous à qui que ce soit, que vous ne nous tendrez aucun piège, que vous ne nous parlerez que pour nous dire la vérité et que vous ne vous lierez contre nous avec aucun de nos ennemis. En agissant ainsi, les daïs se proposent plusieurs objets. Le premier est de connaître, par les signes extérieurs de soumission et d’obéissance que leur donne le prosélyte, le degré de trouble et d’embarras qu’ils ont jeté dans son âme, et l’impression que leurs discours ont faite sur lui. Un autre objet est de s’assurer que leur secret ne sera point trahi ni leurs projets divulgués, si ce n’est après qu’ils auront tout préparé et disposé peu à peu pour le succès de leurs desseins. Enfin ils veulent accoutumer le prosélyte à l’obéissance et à une soumission aveugle; ils veulent qu’il se fasse une habitude de se laisser mener par eux à leur gré, de les suivre sans raisonner, et d’avoir pour eux un respect sans bornes; car, du reste, la doctrine dont ils font profession enseigne à enfreindre les serments, à n’en faire aucun cas, à ne les compter pour rien, à n’y avoir aucun égard, quand on est une fois parvenu au but où ils se proposent de conduire insensiblement leurs disciples. Ils n’emploient donc les serments et les promesses qu’ils exigent, que comme un lien propre à retenir les sectateurs des autres religions, tant qu’ils conservent quelques scrupules et se croient obligés à se conformer aux règles de la piété. Si le prosélyte consent à prêter le serment qu’on lui demande ; si, par une suite du trouble et de la perplexité dans laquelle il se trouve plongé, il se soumet humblement à ce qu’on exige de lui, alors le daï lui dit : Donnez-nous maintenant de votre bien un gage, et des arrhes qui soient comme le préliminaire de la révélation que nous devons vous faire de notre doctrine, et de la connaissance que nous vous en donnerons. C’est encore là un nouveau moyen dont ils font usage, pour connaître jusqu’à quel point ils ont ébranlé l’âme du prosélyte, à quel degré il s’est attaché à leurs discours, et combien ils peuvent compter sur ses dispositions à se prêter à l’avancement et au succès de leurs desseins. La somme que le prosélyte doit payer pour cette contribution varie, et c’est le daï qui la détermine, à raison de l’aisance du prosélyte. Si celui-ci refuse de contracter l’engagement qu’on exige de lui, ou si, après l’avoir contracté, il se refuse à donner la somme qu’on lui demande, le daï ne lui on découvre pas davantage; il l’abandonne pour toujours au trouble dans lequel il l’a jeté, et aux doutes qu’il a fait naître dans son âme.


SECOND DEGRÉ DE L’INITIATION.

Lorsque le prosélyte a adopté ce qui lui a été enseigné dans le premier degré, qu’il est demeuré bien convaincu que les hommes se sont laissé entraîner dans l’erreur, en recevant et suivant la doctrine des docteurs musulmans des siècles précédents, et qu’on le voit suffisamment affermi dans cette fausse croyance, on commence à lui persuader que l’accomplissement même des devoirs de l’homme envers Dieu et des lois que lui-même a imposées à ses serviteurs ne saurait lui être agréable, si l’on ne reçoit la connaissance de sa doctrine par le canal des imams auxquels il a donné l’autorité sur les hommes, et a confié le soin de veiller à ce que ses lois se conservent et soient observées d’une manière conforme à sa volonté. Dans la démonstration de cette partie de leur système et dans le choix des preuves sur lesquelles ils s’appuient, ils suivent la même méthode que les Imamis; ils tirent comme eux leurs arguments de l’autorité et de la raison, jusqu’à ce que le prosélyte demeure pleinement convaincu. Ce n’est qu’après s’être assurés que sa conviction est complète, qu’ils le font passer au troisième degré.

TROISIÈME DEGRÉ DE L’INITIATION.


Ce troisième degré a pour objet d’instruire le prosélyte de ce qu’il doit croire par rapport aux imams. On lui apprend que les imams sont au nombre de sept, aussi respectables par leur mérite personnel que par leur nombre, et qu’ils ont été fixés au nombre septénaire, comme toutes les créatures les plus importantes et qui jouent le plus grand rôle dans la nature, telles que les planètes, les cieux et les terres. On lui fait passer en revue toutes les choses qui observent le nombre septénaire, et dont nous parlerons dans l’exposition du quatrième degré. Après avoir démontré au prosélyte ce qui concerne le nombre des imams, le daï lui dit que ces imams sont Ali, fils d’Abou- Taleb; après lui, ses deux fils, Hasan et Hoseïn; puis Ali, fils de Hoseïn, et surnommé Zeïn- el âbidin; Mohammed, son fils, surnommé Aldjèlil al radhi (l’illustre, l’agréable à Dieu); Abou- Abd-allah Djafar, surnommé Asadik (le véridique), fils de Mohammed, et, enfin, le septième qu’ils nomment Alkaïm (le chef), le maître de la fin du temps. Il y en a parmi eux qui reconnaissent pour Alkaïm, la personne de Mohammed, fils d’Ismaïl, fils de Djafar, sans admettre avant lui Ismaïl, fils de Djafar. D’autres admettent d’abord Ismaïl, et ensuite Alkaïm Mohammed, fils d’Ismaïl, fils de Djafar. Ceux qui suivent cette dernière opinion excèdent le nombre de sept Le prosélyte ne peut admettre cette opinion qui borne à sept le nombre des imams, sans rejeter par là même du nombre des imams six de ceux qui sont ordinairement reconnus pour tels, savoir : Mousa, fils de Djafar; Ali, fils de Mousa; Mohammed, fils d’Ali; Ali, fils de Mohammed ; Hasan, fils d’Ali, et Mohammed, celui dont le retour est attendu. Quand le prosélyte adhère à ce que le daï lui enseigne à cet égard, celui-ci, prenant plus d’assurance, commence à le détourner de la doctrine de l’imamat Il décrie dans son esprit Abou 1- hasan Mousa, fils de Djafar, en lui imputant des choses qui ne sont pas vraies, et assure que les Imamis, en reconnaissant douze imams, s’écartent nécessairement de la vérité. L’intention du daï en cela est d’amener insensiblement le prosélyte à rejeter la doctrine des partisans de l’imamat, comme il l’a d’abord amené peu à peu à concevoir des doutes contre les dogmes qu’enseignent les autres Musulmans, ainsi que nous l’avons vu dans le premier degré. Voici de quelle manière ils s’y prennent pour justifier le refus qu’ils font de la succession à l’imamat, à Abou’l hasan, ou, comme d’autres le nomment, Abou-Ibrahim Mousa, fils de Djafar. Nous avons trouvé, disent-ils, dans celui que nous reconnaissons pour notre chef, Mohammed, fils d’Ismaïl, fils de Djafar, la connaissance de toutes les choses cachées et du sens intérieur de toutes les choses connues, et nous ne trouvons rien de tout cela dans aucun autre que lui. Ils ajoutent quelquefois à ce raisonnement certaines anecdotes défavorables à l’honneur d’Abou’l hasan Mousa, fils de Djafar, et lui imputent de grands péchés, d’où ils concluent qu’il n’a pu être imam. Les Chiites, disent-ils, dont l’accord et le consentement unanime sont la plus forte démonstration de la vérité, conviennent tous que, depuis Hoseïn (qui a succédé à son frère Hasan), l’imamat ne peut être transmis qu’en ligne directe, parmi les enfants de l’imam précédent. Nous sommes d’accord avec les Chiites et nous reconnaissons comme eux pour légitime imam, Djafar, fils de Mohammed; mais il y a partage entre eux et nous sur la question de savoir quel est, entre ses enfants, celui qui mérite le mieux la succession à l’imamat. Nous trouvons dans celui que nous reconnaissons pour notre chef, la science de l’interprétation allégorique, l’explication de l’extérieur des choses le secret du Dieu très-Haut dans toute sa conduite cachée, et un constant accord dans les indications qu’il nous donne relativement à toutes les choses qui peuvent faire naître des questions et à toutes colles qui n’existent point, l’explication de toutes les choses obscures, le sens intérieur de toutes les choses extérieures, les allégories, et le sens allégorique des allégories elles-mêmes Entre toutes les sectes des Chiites, nous seuls avons hérité de sa science et pouvons la communiquer : nous la tenons par tradition de lui, et de ceux auxquels nos rivaux ne sauraient opposer aucun autre personnage qui soit digne de rivaliser avec nous en cela, en qui se trouve ce haut degré de science ou qui se vante de la posséder. Cela prouve que celui que nous reconnaissons pour notre chef était plus digne de l’imamat que tous les autres enfants de Djafar. Outre cela, ils débitent des histoires mensongères sur les enfants de Djafar, disant contre l’un ceci, contre l’autre cela; accusations qui sont toutes fausses, indignes de ces grands hommes, et fondées seulement sur des bruits populaires. Aucun d’eux, disent-ils, si ce n’est celui que nous reconnaissons pour notre chef, n’est parfaitement exempt de ces reproches : il faut donc nécessairement que ce soit à lui qu’aient passé les droits à l’exclusion de tout autre.
Ce n’est pas que le but des partisans de cette doctrine artificieuse soit de rabaisser Mousa, fils de Djafar, pour accorder la préférence sur lui à Ismaïl, fils de Djafar, ou à Mohammed, fils d’Ismaïl ; tout cela n’est entre leurs mains que ce qu’est entre les mains de l’artisan l’outil dont ne peut se passer pour faire l’ouvrage qu’il a entrepris. Quand celui qu’ils veulent séduire s’est abandonné à eux et a prêté une oreille docile à tous leurs discours, ils sont assurés alors d’être maîtres de son esprit, et ils le conduisent après cela par telle voie que bon leur semble.


QUATRIÈME DEGRE DE L’INITIATION.


Ce quatrième degré consiste à enseigner au prosélyte que les prophètes chargés d’abroger les religions qui les ont précédés et d’y en substituer d’autres, les chefs des différentes périodes et des révolutions successives, ceux par lesquels ont été promulguées les lois religieuses sont au nombre de sept comme les imams; que chacun d’eux a dû nécessairement avoir avec lui un autre personnage destiné à recevoir de lui sa doctrine, à la conserver parmi son peuple, à lui servir d’aide et de compagnon durant sa vie, et à lui succéder après sa mort; que celui-ci devait pareillement transmettre et communiquer cette doctrine à un autre qui fût à son égard ce que lui-même avait été à l’égard du prophète de qui il avait reçu la doctrine; que, de cette sorte, chacun d’eux, après avoir servi de successeur à celui qui l’a précédé, laisse de même un autre pour le remplacer, jusqu’à ce que sept personnes se soient suivies ainsi, par une succession non interrompue, dans la même religion; que ces sept personnages portent le nom de silencieux [samit] parce qu’ils s’en tiennent à une religion déjà existante , dans laquelle ils ne font que suivre les traces d’un même homme qui est le premier d’entre eux. Le compagnon du prophète, le premier des silencieux, est nommé par eux son Sous, mais ils lui donnent souvent un autre nom Ils ajoutent que, quand la succession de ces sept personnages est finie et leur période arrivée à son terme, une nouvelle période lui succède, dans laquelle paraît un prophète qui abroge la loi de celui qui la précédé, en en établissant une nouvelle, et qui a après lui des successeurs lesquels se suivent en tout de la même manière que ceux du prophète précédent; qu’après cela vient un nouveau prophète abrogateur, auquel succèdent sept silencieux; et ainsi de suite jusqu’à ce que paraisse le septième prophète abrogateur, qui abroge toutes les religions qui l’ont précédé, et qui est le chef du dernier siècle, le dernier Natik. Après cela ils indiquent les noms et les dénominations de tous ces personnages Le premier de ces prophètes parleurs est Adam; son compagnon, son Sous et son fils, est Seth On nomme de suite le reste des sept silencieux qui ont fait profession de suivre sa loi.
Le deuxième prophète parleur est Noé, car Noé a enseigné une nouvelle loi et a abrogé celle d’Adam : il a eu pour compagnon et pour Sous son fils Sem, qui a été suivi des autres silencieux lesquels ont professé la religion de Noé, jusqu’au nombre de sept. Abraham, l’ami de Dieu, est le troisième entre les prophètes parleurs : il a enseigné une nouvelle loi, par laquelle il a abroge celles d’Adam et de Noé. Pendant sa vie, son fils Ismaël a été son compagnon et son Sous; après sa mort, il l’a remplacé et a achevé l’établissement de sa loi. Après Ismaël, d’autres silencieux se sont succédé dans la profession de la religion d’Abraham, jusqu’à l’entier accomplissement de la période des sept silencieux. Le quatrième entre les prophètes parleurs est Moïse, fils d’Amram. Il a abrogé, par la loi qu’il a instituée, celles d’Adam, de Noé et d’Abraham. Aaron, frère de Moïse, a été, durant la vie de ce prophète, son compagnon et son Sous. Aaron étant mort du vivant de Moïse, Josué, fils de Noun, s’est élevé après la mort de ce prophète, et lui a servi de successeur; il a professé sa religion en gardant le silence, et en a achevé l’établissement. D’autres l’ont reçue de lui successivement jusqu’à Jean, fils de Zacharie, qui a été le dernier des silencieux de la religion de Moïse.
Le cinquième prophète parleur est le Messie, Jésus, fils de Marie : car il a enseigné une loi par laquelle il a abrogé les lois de tous ceux qui l’avaient précédé. Il a eu pour Sous Simon Séfa auquel ont succédé, jusqu’au nombre de sept, d’autres silencieux qui ont professé la religion du Messie. La loi du Messie a subsisté jusqu’au sixième prophète parleur, Mohamad (Mohammed) fils d’Abd-allah. Mohamad a enseigné une nouvelle religion, par laquelle il a abrogé toutes celles qui avaient été établies par les prophètes précédents. Il a eu pour compagnon et pour Sons Ali, fils d’Abou-Taleb, auquel ont succédé six autres personnages qui ont professé en silence la loi de Mohamad, et se sont transmis, comme par héritage, les mystères de sa religion. Ce sont Hasan, fils d’Ali, et son second fils Hoseïn; Ali, fils de Hoseïn; Mohammed, fils d’Ali; Djafar, fils de Mohammed, et Ismaïl, fils de Djafar Sadik : c’est celui-ci qui, entre les imams cachés, est le dernier des silencieux. Le septième des prophètes parleurs est le chef ou le maître du siècle nom par lequel ces Ismaéliens entendent Mohammed, fils d’Ismaïl. C’est à lui que se terminent toutes les connaissances nommées les sciences des premiers C’est fui qui a institué la science du sens intérieur et mystique des choses, et qui l’a dévoilée; c’est de lui, à l’exclusion de tout autre, qu’on doit en recevoir l’explication. Tout le monde est obligé de le suivre, de se soumettre à lui, de lui obéir, et de s’abandonner à sa conduite, parce qu’en le suivant et se conformant à sa doctrine, on est dans le droit chemin, et qu’au contraire on est dans l’égarement et l’étourdissement quand on se détourne de lui.

C’est ici un nouveau degré par lequel le daï fait faire un grand pas au prosélyte, en lui faisant admettre une mission prophétique après celle de Mohamad. Par là il aplanit la voie pour le conduire ensuite à renoncer à la religion, et il lui fait renier une vérité reçue de tous ceux qui ont embrassé la religion de Mohamad. En effet, c’est un dogme qui fait partie de cette religion et qui est connu et généralement avoué de tous ceux qui en font profession, que Mohamad est le sceau des envoyés célestes; qu’après lui il ne doit plus y avoir d’autre prophète; que l’empire de sa religion doit durer et sa loi être d’une observation indispensable, jusqu’à ce que Dieu rentre en possession de la terre et de tout ce qui est sur la terre. Ce dogme vient de Mohamad lui-même, son peuple l’a reçu de lui et l’a bien compris : il n’est contesté de personne, et c’est un des articles de la foi de tous les Musulmans, qu’on ne doit reconnaître aucune mission prophétique après celle de Mohamad, soit du vivant de ce prophète, soit après sa mort. Ainsi ce degré de l’initiation est le premier où le daï fait tomber le prosélyte dans l’apostasie en le faisant renoncer à la loi du prophète, et lui fait prendre place parmi les infidèles sans qu’il s’aperçoive d’où il sort ni où il entre,

CINQUIÈME DEGRÉ DE L’INITIATION.

Le prosélyte ayant passé par l’enseignement de tous les degrés précédents, et étant familiarisé avec cette doctrine, le chemin se trouve suffisamment frayé et aplani pour lui donner une grande idée de a vertu des nombres. On fortifie cette doctrine de l’importance des nombres, en lui enseignant ce qui concerne les éléments qui ont concouru à la formation de l’univers, et bien d’autres dogmes dont nous parlerons dans l’exposition du huitième degré ; dogmes pervers, impies et empruntés de diverses sectes de philosophes. Avec ces dogmes on lui enseigne aussi à rejeter les traditions que les imams ont conservées et transmises, à parler avec mépris de l’état de la religion, à embrasser des opinions perverses , à attendre la destruction de toutes les pratiques établies par ordre du prophète, à substituer à l’enseignement ordinaire concernant les préceptes extérieurs, d’autres préceptes intérieurs; à tenir très peu de compte du sens que présente naturellement la lettre du Coran, ou les textes sur lesquels sont fondées les obligations lé gales, quand on s’en tient à la vraie signification que les mots ont dans la langue arabe. Si le prosélyte est Persan, on reproche aux Persans leur basse soumission et leur avilissement; on leur fait envisager les Arabes comme leurs ennemis, leurs oppresseurs, sous la tyrannie desquels ils gémissent. Si le prosélyte est Arabe, on lui dit que les Persans se sont approprié les droits au pontificat et à la souveraineté qui appartenaient aux Arabes; que les Arabes ne conservent de leur souveraineté qu’un vain nom, tandis que tous les biens du monde auxquels les Arabes ont bien plus de droit, sont entre les mains des Persans. Suivant que le daï est plus ou moins instruit, plus ou moins exercé dans son ministère, il ajoute à tout cela d’autres choses qu’il serait trop long de détailler. On donne ensuite au prosélyte quelques principes de géométrie pour la connaissance des figures, et on lui fait comprendre que les qualités naturelles des nombres, qualités qu’on aperçoit dans l’ordre (de l’univers), sont une source de laquelle on peut déduire les sciences particulières aux imams, et un moyen qui conduit aux connaissances qui appartiennent à la famille prophétique On lui enseigne par exemple que chaque imam est accompagné de hoddjas répandus sur la terre, dont le nombre est toujours fixe à douze, comme celui des imams est fixé à sept; et, pour prouver cela, on lui rappelle que Dieu ne crée rien au hasard , et sans avoir en vue certaines idées dictées par une raison pleine de sagesse. Pourquoi, ajoute- t-on, s’il en était autrement, Dieu a-t-il fixé à sept le nombre des planètes, par lesquelles ce monde est gouverné? Pourquoi a-t-il créé sept deux, sept terres, et autres choses semblables ? De même les douze hoddjas répondent aux douze signes du zodiaque dont la vertu est si puissante, aux douze mois que tout le monde connaît, aux douze Nakibs ou chefs des tribus des enfants d’Israël, et aux douze Nakibs choisis par Mohamad dans le nombre des Ansars (Médinois). Dans la main de l’homme il y a quatre doigts, et à chaque doigt trois phalanges, ce qui fait en tout douze phalanges. Chaque main a aussi un pouce qui n’a qu’une seule division, et qui est le soutien de toute la main, l’appui de ses doigts et de ses articulations. Le corps de l’homme représente la terre, ses doigts les quatre îles les phalanges figurent les hoddjas des îles, le pouce est l’emblème de celui par qui la terre et tout ce qu’elle contient se soutient et se conserve, les deux phalanges du pouce représentent l’imam et son Sous, lesquels ne peuvent être divisés. C’est pour les mêmes raisons qu’il y a dans l’homme douze vertèbres dorsales, figures des douze hoddjas, et sept vertèbres cervicales seulement, élevées au-dessus des autres, emblèmes des sept prophètes et des sept imams. Il en est de même des sept ouvertures qui, étant placées dans la partie supérieure de l’homme, dans son visage, dominent sur tout le corps. Les daïs ajoutent beaucoup d’autres choses du même genre, par lesquelles ils familiarisent le prosélyte avec leur doctrine, et se frayent le chemin pour le mener à abandonner toutes les religions que les prophètes ont établies, et à leur substituer la doctrine des philosophes; ne négligeant rien pour faciliter l’insinuation de leurs erreurs, tant qu’ils voient un reste de religion dans leurs prosélytes.

SIXIÈME DEGRÉ DE L’INITIATION.

Dans ce sixième degré, auquel on ne passe point que le prosélyte ne soit bien affermi dans la croyance de tout ce qu’on lui a enseigné précédemment, et qu’on ne se soit bien assuré de sa discrétion et de son silence, le daï commence à initier le prosélyte dans le sens des obligations prescrites par la loi, auxquelles ils attribuent une signification bien différente de celle que tous les Musulmans leur donnent. Par là ils disposent leurs sectateurs à abandonner totalement la pratique de ces devoirs. Ils allégorisent les préceptes de la prière, de la dîme, du pèlerinage, des conditions exigées dans l’état de pèlerin, de la pureté légale, et des autres observances religieuses, et les appliquent à des choses toutes différentes, dont nous parlerons dans l’exposition du huitième degré de l’initiation. Cette explication se fait suivant certaines règles, et on y procède avec des précautions de prudence, et non au hasard et avec précipitation D’abord, on inculque au prosélyte que ces pratiques ont été établies comme des figures emblématiques de ces choses que nous dirons par la suite, et que nous aurons soin de faire remarquer. Quand on le croit assez fort pour se dépouiller tout à fait de l’opinion ordinaire des Musulmans par rapport à l’observation de ces pratiques, et qu’on l’a insensiblement disposé à les abandonner, le daï ne fait plus de difficulté de lui enseigner que tout cela n’a été établi que comme des énigmes, par des philosophes d’entre les prophètes et les imams : qu’ils n’ont vu dans ces pratiques qu’un moyen de tenir le commun des hommes dans la dépendance, de les exciter aux actions qui peuvent être utiles à la société de les empêcher, en les distrayant ainsi, de faire tort les uns aux autres et de commettre des brigandages sur la terre. En même temps néanmoins on témoigne beaucoup de vénération pour les auteurs de ces institutions, et on vante la profonde sagesse qui leur a inspiré ces lois. A t’on réussi à convaincre le prosélyte de tout cela, on va plus loin. On lui apprend à faire une distinction entre les prophètes, et les philosophes tels que Platon, Aristote et autres On lui vante l’excellence des principes de ces derniers, et on commence à parler très lentement de l’instituteur de ces observances légales, et pareillement à traiter avec mépris les imams, et à censurer leur conduite. Tout cela s’insinue facilement dans des cœurs que l’on asposés à recevoir ces mauvaises impressions, en les vidant de leurs croyances précédentes; et par une suite naturelle des premières instructions par lesquelles on les a insensiblement apprivoisés avec cette doctrine perverse, ils ne rejettent point ces dogmes avec horreur.

SEPTIÈME DEGRÉ DE L’INITIATION.


Pour conduire le prosélyte au delà du sixième degré, après qu’il s’est familiarisé avec l’ensemble ou du moins avec une grande partie des idées que nous avons exposées, et lorsque le daï le juge en état de passer à un plus haut enseignement, il faut que le daï soit lui-même un homme adroit, bien instruit de toute la doctrine de la secte, et capable de conduire le prosélyte, de la manière que nous le dirons, à ces doctrines plus relevées. Si le daï n’est lui-même qu’un homme séduit, et qu’on ne met en œuvre que comme un instrument dont on se sert pour gagner des sujets et aplanir la voie, s’il ne connaît de la doctrine de sa secte que les degrés inférieurs à celui-ci, ce n’est alors qu’un homme sans discernement, qui ne sait au vrai ni quelle est la secte à laquelle il est attaché, ni à quel ministère on le fait servir. Il s’imagine que les dogmes qu’il connaît, et quelques autres de la même trempe, sont le terme de l’instruction et de l’enseignement de cette secte. Mais si le daï veut initier le prosélyte aux mystères ultérieurs de sa doctrine, il lui parle ainsi : Vous reconnaissez pour vrai que l’auteur de la loi figurative, l’instituteur de la religion, n’a point assez de lui-même ; qu’il ne peut se passer d’avoir avec lui un second qui parle on son nom, afin qu’ils soient deux réunis en semble, dont l’un est le principe, et l’autre dérive du premier. Si cela est ainsi dans le monde inférieur, ce n’est que parce que la même chose a lieu dans le monde supérieur. Depuis l’origine du monde, il y a deux êtres qui sont le principe commun de l’économie de l’univers et en maintiennent l’harmonie; l’un d’eux est plus élevé et enseigne, l’autre reçoit et est enseigné.
Pour familiariser le prosélyte avec cette nouvelle doctrine, on lui dit : C’est là ce que Dieu a voulu dire par ces paroles : Lorsqu’il veut une chose, il n’a qu’à lui dire koun (sois), et elle est Koun (sois) c’est le premier et le plus grand de ces deux êtres; le second c’est le kader (destin, mesure déterminée), dont il est parlé dans cet autre passage : Toutes les choses que nous avons créées, nous les avons créées avec un kader [une certaine mesure) Quelquefois aussi on emploie pour preuve cette autre sentence, que la première chose que Dieu créa, ce furent les tablettes et la plume, qu’il dit à la plume : Ecris, et qu’elle écrivit tout ce qui est. La table et la plume, disent-ils, ce sont ces deux êtres dont nous vous parlons. Enfin, ils appuient aussi leur doctrine sur cet autre passage du coran : C’est lui qui est Dieu dans le ciel, et Dieu sur la terre. Par ce moyen on détourne le prosélyte du dogme de l’unité de Dieu, et on lui persuade que le titre de créateur, et l’œuvre de la création appartiennent à deux êtres. Au surplus, dans leur système, la production des substances corporelles n’est point une véritable création, ce n’est que conformation et disposition. Nous verrons le développement de cette idée : ceci est seulement jeté en avant pour servir d’introduction à ce dogme.

HUITIÈME DEGRÉ DE L’INITIATION.

Dans ce huitième degré, on enseigne au prosélyte que, des deux êtres qui gouvernent l’univers, l’un est préexistant à l’autre, et élevé au-dessus de lui; que le second est créé par le premier, existe par lui, et n’existerait pas sans lui; qu’il l’a formé de sa propre substance; que le préexistant a produit les êtres primitifs, et que le second leur a donné la forme et en a fait des êtres composés. Passant ensuite à expliquer la nature du préexistant, ils disent au prosélyte que le préexistant a lui-même reçu l’existence de celui de qui il l’a reçue, de la même manière que le second a reçu l’être du préexistant, si ce n’est que celui de qui le préexistant a reçu l’être n’a ni nom ni attribut, que personne ne doit ni parler de lui, ni lui rendre aucun culte. Ici les partisans de cette doctrine ne sont d’accord entre eux, ni sur les moyens par les quels le préexistant a reçu l’être de celui de qui il l’a reçu, de cet être qui n’a ni nom, ni attribut; ni sur la nature de la production du préexistant, savoir, si elle a été volontaire ou involontaire, de la part de cet être sans nom ; ni, enfin, sur la manière dont le second a été formé du préexistant. Les uns disent que le préexistant a été produit par une pensée survenue à cet être de qui il a reçu l’existence, et que le second a été de même le produit d’une pensée sur venue au préexistant. Cette opinion est conforme à celle de quelques-uns des Mages, qui expliquant de quelle manière Ahriman, qui est Satan, a été produit par l’ancien, disent que cela arriva par une mauvaise pensée qui lui survint et qui engendra Ahriman. Suivant quelques-uns de ces sectaires, celui qui n’a point d’attribut pensa en lui-même : Pourrais-je ou ne pourrais-je pas former un être semblable à moi? Et de cette pensée fut formé le préexistant : d’une semblable pensée survenue au préexistant fut formé le second.
Makrizi semble différer beaucoup de Nowaïri, car ce que Nowaïri attribue à l’être sans nom, auteur du préexistant, Makrizi l’attribue au préexistant lui-même. Suivant eux, dit-il, le préexistant n’a ni principe, ni attribut : on ne peut ni expliquer sa nature de vive voix, ni la définir par écrit ; on ne peut dire de lui ni qu’il existe, ni qu’il n’existe pas, ni qu’il est savant ou ignorant, puissant ou impuissant. Il en est de même de tous les attributs, car ils soutiennent qu’on ne peut lui assigner aucun attribut sans reconnaître une sorte d’union entre lui et les accidents, et qu’on ne peut nier de lui les attributs sans tomber dans l’erreur du tatil’ (athéisme). Ils disent aussi de lui : Il n’est ni ancien, ni produit dans le temps; l’ancien, c’est son commandement et son verbe, et ce qui est produit dans le temps, ce sont ses créatures et les êtres auxquels il a donné l’existence. La différence que l’on remarque ici entre Makrizi et Nowaïri ne vient point d’une erreur échappée à l’un ou à l’autre de ces deux écrivains; elle est due à la variété d’opinions qui régnait à cet égard entre les Ismaéliens. C’est ce que prouve évidemment le passage suivant d’un des traités qui composent le recueil des Druzes, traité dans lequel Hamza expose les opinions des anciens docteurs des Batinis, par rapport au préexistant et à l’être dont le préexistant a reçu l’existence, et qui, dans le nouveau système de Hamza, est appelé le Verbe ou la Parole. Parmi les docteurs précédents, dit-il, les uns ont dit que le préexistant est le terme le plus excellent et le plus éminent de toutes choses, et que le culte et l’adoration lui appartiennent, exclusivement à tout autre, en tout temps et dans tous les âges, ce qui est l’irréligion même. D’autres ont dit que le préexistant est la lumière du Créateur, mais que c’est une lumière qui ne peut être saisie par l’esprit et la pensée. C’est là un vrai polythéisme, de prétendre que le Créateur est incompréhensible, et que son serviteur est aussi incompréhensible. Où serait donc la différence entre le maître et le serviteur? C’est une absurdité, un vrai polythéisme, une opinion erronée. Quelques autres ont dit que la Parole est au-dessus du préexistant, et que cependant elle est une même chose avec lui, et lui une même chose avec elle, sans qu’il y ait entre eux aucune différence. Mais c’est une chose qui répugne au bon sens, que le mâle soit la femelle, et la femelle le mâle; que l’émir soit le chambellan, et le chambellan l’émir; que le soleil soit la lune, et la lune le soleil; que la nuit soit le jour, et le jour la nuit; que le ciel soit la terre, et la terre le ciel : c’est là une chose absurde et impossible. Du reste, ils se réunissent tous pour soutenir que le préexistant est la cause du repos et du froid, et que le suivant est la source de la chaleur et du mouvement. Ainsi, ils font du préexistant le monde du néant invisible, et du suivant le monde de l’existence. Cela est directement contraire à leur assertion, que le préexistant est Dieu. Comment en effet pourrait-il l’être, puisqu’ils font du suivant le monde le plus excellent. Car il faut, dès-là qu’ils adoptent et soutiennent ce sentiment, qu’ils conviennent que le suivant est plus excellent que le préexistant, puisque le suivant possède la chaleur et le mouvement, ce qui est le caractère naturel de la vie et de l’existence, et qu’au préexistant appartiennent le froid et le repos, ce qui est le caractère naturel de la mort et du néant : certainement, la vie et l’existence sont préférables à la mort et au néant. Or, il est contraire au bon sens que celui qui est devancé soit meilleur que celui qui devance ; celui qui reçoit, meilleur que celui qui donne; celui qui est ouvert, meilleur que celui qui ouvre. Ce passage fait voir que les Ismaéliens confondaient souvent le préexistant avec celui de qui il tenait l’être. Revenons au texte de Nowaïri. En admettant ces dogmes, on renonce nécessairement à toute religion fondée sur l’autorité d’une mission prophétique, quelle qu’elle soit, et ceux qui les adoptent ne peuvent plus être comptés que parmi les Matérialistes et les Dualistes. Ces gens-ci enseignent en outre que le suivant, par ses œuvres et ses efforts, parvient au degré du préexistant; que, sur la terre, le (prophète) parleur parvient, par sa bonne conduite, au degré du suivant et le remplace; que le Sous, par ses efforts, parvient au degré du parleur et lui devient égal; que le daï, par ses œuvres et ses efforts, parvient au degré du Sous et lui devient pareillement égal; qu’enfin, tel est le cours du monde dans ses différents âges et ses périodes successives. Le daï enseigne ensuite au prosélyte que ce qui caractérise un prophète véridique, un parleur, ce ne sont point, comme on le dit communément, des prodiges, des signes miraculeux , des effets extraordinaires ; que les prodiges, preuves de sa mission, sont l’établissement de certaines institutions politiques qui forment un gouvernement bien constitué; de principes sages, dont se compose un système de philosophie; de doctrines spirituelles, au moyen desquelles tout ce qui concerne la formation primitive du ciel et de la terre, et toutes les substances et les accidents que renferme l’univers, est appliqué à la réalité des choses, tantôt sous des emblèmes qui ne peuvent être compris que des savants, tantôt sous des expressions claires et susceptibles d’être comprises de tout le monde; enfin la formation d’un système de religion que les hommes adoptent sur l’autorité de ce prophète.
Après cela, le daï explique au prosélyte ce que c’est que le Coran, et ce que signifie le nom de parole de Dieu, d’une manière tout autre que ne l’entendent les peuples qui admettent la révélation. Il donne de même à la résurrection, à la fin du monde, au jugement dernier, à la distribution des récompenses et des châtiments, un sens tout particulier, qui n’a rien de commun avec ce qu’entendent par ces choses ceux qui professent la croyance de l’unité de Dieu. Tout cela, suivant eux, ne signifie autre chose que les révolutions des astres et de l’univers, qui se succèdent périodiquement les unes aux autres ; la production et la destruction de toutes choses, suivant la disposition et la combinaison des éléments, conformément à la doctrine exposée dans les livres des philosophes


NEUVIÈME DEGRÉ DE L’INITIATION.


Quand le prosélyte a acquis toutes les connaissances dont nous avons parlé jusqu’ici, on l’applique alors à examiner les choses qui existent, et à rechercher leur nature et leurs définitions, suivant la méthode des philosophes, et d’après leurs livres. Tout ce qui a précédé n’a été mis en usage que comme des moyens pour conduire le prosélyte à la connaissance des opinions des philosophes, et à la découverte des choses qui leur sont restées inconnues (en se conformant à la méthode par eux suivie), méthode fondée sur les quatre éléments qui sont, suivant eux, les sources et les principes constituants de toutes les substances, et sur l’étude de ce qui concerne le ciel, les astres, l’âme et l’intelligence, et autres sujets semblables dont, comme tout le monde le sait, ils ont traité dans leurs écrits. Ceux qui parviennent à ce degré d’instruction adoptent quelqu’un des systèmes reçus par les infidèles qui croient à l’éternité des principes élémentaires des substances. La doctrine que nous avons exposée jusqu’ici, qui consiste à n’envisager les faits conservés par la tradition, et les dogmes fondamentaux de la foi, que comme des énigmes, dont le vrai sens est la doctrine des principes élémentaires, de la conversion des substances, de la formation des êtres produits par la combinaison, repose sur (la différence de) certains états, sur certains principes, en fin, sur (un système qui est pour eux comme) une sorte de grande révélation dont ils sont les auteurs (Ils considèrent), par exemple, ce qu’est l’intelligence, par rapport à l’âme le ciel, par rapport à l’intelligence; ce que sont les qualités élémentaires et les accidents, par rapport à l’âme et à l’intelligence ; ils considèrent l’état des choses susceptibles de formation et de destruction, les effets qu’éprouve la matière, par le changement successif de divers accidents et la disposition des principes élémentaires; ils mettent en question si la cause est différente de l’effet qu’elle produit. Quelques- uns reconnaissent un créateur éternel, et lui adjoignent les éléments et les principes primitifs; ou bien admettent l’opinion contraire. On examine ce que c’est que ces éléments, quelles sont leurs définitions, ce qu’on sait précisément de leurs véritables propriétés, et par quels moyens on les connaît. Souvent l’adepte qui est parvenu à la connaissance de tout cela embrasse les opinions de Manès ou du fils de Daïsan (Bardesane); tantôt il adopte le système des mages, tantôt celui d’Aristote ou de Platon ; le plus souvent il emprunte de chacun de ces systèmes quelques idées qu’il mêle ensemble, comme il arrive ordinairement à ces hommes qui ( en abandonnant la vérité) tombent dans une sorte d’étourdissement. Tout ce que nous avons exposé précédemment des moyens que l’on emploie dans les premiers degrés de l’instruction n’a pour effet que de faire abandonner au prosélyte les religions fondées sur la révélation et sur une mission prophétique; ce moyen est également bon à l’égard de toutes les religions, comme une sorte de préparation énigmatique; par l’usage de l’interprétation allégorique, on détourne le sens des paroles de chaque religion pour l’accommoder à cette nouvelle doctrine, ayant soin de se conformer à ce qui plaît au prosélyte , quelle que soit la religion à laquelle il appartienne, comme nous le ferons voir plus en détail par la suite. Pour ce qui est de faire renoncer le prosélyte à ce qu’on lui a d’abord enseigné concernant l’imamat et la mission prophétique, on commence par lui faire envisager tous les autres imams et prophètes comme étant fort inférieurs à Mohammed, fils d’Ismaïl, le chef et le docteur de la dernière période. On lui enseigne qu’aucun d’eux n’a ni fait aucun miracle, ni reçu de Dieu aucune révélation pour la communiquer aux hommes, comme le prétendent ceux qui tiennent à la doctrine littérale et extérieure ; que le prophète est un homme distingué par la pureté (et la perfection de son intelligence), et que cette pureté de l’intelligence est précisément ce qu’on appelle prophétie, que Dieu jette dans l’esprit du prophète ce qu’il veut; que c’est là ce qu’on en tend par parole; que le prophète ensuite la revêt d’un corps et la communique aux créatures.; qu’il établit par ce moyen le système d’institutions religieuses qui lui paraît le plus avantageux pour le gouvernement des hommes; qu’il est ordonné aux hommes d’observer ces institutions pendant un certain temps, après quoi cela est laissé de côté. [On n’est donc point obligé de se conformer à ces lois, si ce n’est autant que cela est nécessaire pour main tenir l’ordre et pour la conservation des intérêts mondains. Quant à l’homme qui connaît (la vérité), il n’est nullement obligé de pratiquer, ces lois : la connaissance dont il est en possession lui suffit, car c’est là la vérité certaine à laquelle on doit tendre. En dehors de cette connaissance, toutes les ordonnances légales ne sont que comme des ballots et des fardeaux, imposes aux infidèles, aux gens qui ignorent les causes et le but de ces ordonnances ]. Cette doctrine s’étend également à toutes les lois qui interdisent l’usage de certaines choses.
Après cela on enseigne qu’Abraham, Moïse, Jésus, et tous les autres prophètes, ne sont que des prophètes instituteurs de politique et d’observances légales, qui ont reçu les leçons des prophètes de la philosophie, tels que Platon et autres philosophes du même genre, et qu’ils n’ont institué leurs religions que pour conduire les hommes à la doctrine des prophètes de la philosophie. Jugez vous-même, dit-on au prosélyte, lequel a été le plus sage d’un tel prophète ou d’un tel (c’est-à-dire, d’un prophète ou d’un philosophe qu’on met en parallèle). On lui montre qu’il y a des vices et des choses essentiellement mauvaises dans plusieurs des ordonnances des prophètes; on lui enseigne à s’en éloigner, on lui fait voir que leur conduite a été mauvaise, et qu’ils ont tué les âmes, et on lui dit d’autres choses semblables. Par rapport à Mohammed, fils d’Ismaïl, fils de Djafar, on enseigne d’abord au prosélyte qu’il doit reparaître dans le monde ; mais après cela on lui dit qu’il paraîtra effectivement dans le monde spirituel, quand nous irons au-devant de lui en méditant sur les doctrines mystiques, et que, quant à sa manifestation actuelle, elle consiste dans la prédication de sa doctrine, qui est communiquée aux hommes par la langue de ses fidèles serviteurs.

On lui enseigne encore que Dieu a en horreur les Arabes à cause qu’ils ont tué Hoseïn, fils d’Ali, et qu’il leur a ôté la succession des imams au Khalifa, comme il a ôté du milieu des enfants d’Israël la succession prophétique, lorsqu’ils eurent tué les prophètes; que les sujets et les successeurs des Cosroës ont seuls pris parti pour les droits des imams au khalifat, Voilà le sommaire de tout ce que les daïs présentent au prosélyte, dans le cas cependant où celui-ci se prête à leurs discours. Si, au contraire, le daï ne réussit pas dans son ministère envers le prosélyte, il le laisse dans tel degré de l’initiation où il se trouve, dès qu’il est rebelle à quelqu’un de ces dogmes. Ce système d’instruction et ce plan de séduction furent arrêtés d’abord d’un commun accord entre les daïs, avant qu’ils se séparassent pour exercer leur mission; ensuite, ils se séparèrent et se répandirent en divers pays où ils propagèrent leur doctrine, et obtinrent plus ou moins de succès, à proportion de leurs talents et de leurs efforts. Ce fut surtout du temps d’Abou-Saïd Djannabi qu’ils réussirent à étendre le plus leur secte. Cette doctrine primitive éprouva dans la suite diverses altérations, et la secte se divisa en différentes branches, depuis sa propagation dans le Maghreb, l’Egypte et la Syrie. On changea particulièrement ce qui regardait Mohammed , fils d’Ismaïl, que l’on faisait d’abord reconnaître pour l’imam, et on lui substitua un homme descendu de cet Abd-allah fils de Maïmoun Kaddah, dont la postérité a régné dans le Maghreb, l’Egypte et la Syrie. Il est à propos de joindre ici la formule d’engagement que les daïs exigeaient des prosélytes, avant de leur révéler leur doctrine.


ENGAGEMENT QUE L’ON FAIT CONTRACTER AU PROSELYTE AU COMMENCEMENT DE L’INITIATION.


Le daï, s’adressant à celui dont il prend l’engagement et le serment, lui dit : Vous promettez et vous vous engagez devant Dieu et envers lui, vous vous engagez pareillement envers son apôtre, ses prophètes, ses anges et ses envoyés, conformément aux promesses, aux pactes et aux engagements qu’il a toujours exigés des prophètes, de tenir secret tout ce que vous avez entendu ou que vous entendrez, tout ce que vous avez su ou que vous saurez par la suite, tout ce que vous avez déjà connu ou que vous connaîtrez à l’avenir de relatif à moi ou à celui qui demeure en ce pays comme le ministre et le délégué du maître de la vérité, de l’imam, de celui que vous savez que je reconnais pour tel , et dont j’aime sincèrement tous les partisans liés avec lui par des engagements, ou enfin, de relatif à ses frères, à ses amis, à ses enfants, aux gens de sa maison, qui lui obéissent en suivant cette religion, et en lui portant un attachement pur et sincère, hommes ou femmes, grands ou petits. Vous promettez que vous ne révélerez rien de tout cela, ni peu ni beaucoup; que vous ne direz absolument rien de ce qui pourrait le faire découvrir, à moins que ce ne soient des choses dont il vous ait été permis de parler, soit par moi-même, soit par le chef qui demeure en ce pays ; que vous vous conformerez en cela à mes ordres, sans les transgresser ni leur donner aucune extension. La règle de votre conduite, avant comme après l’engagement que vous contractez aujourd’hui, soit dans vos discours, soit dans vos actions, c’est de reconnaître qu’il n’y a point d’autre dieu que Dieu, qu’il est unique et n’a point d’associé, que Mohamad est son serviteur et son apôtre; que le paradis, le feu de l’enfer, la mort et la résurrection sont des choses véritables et réelles; que l’heure du jugement dernier arrivera certainement et sans aucun doute; que Dieu ressuscitera certainement ceux qui seront dans les tombeaux; de vous acquitter de la prière au temps prescrit, de payer la dîme ainsi qu’elle est due, de jeûner le mois de ramadhan, de faire le pèlerinage à la maison sainte, de combattre pour la cause de Dieu, comme il est d’obligation de le faire, suivant l’ordre qui en a été donné par Dieu et par son apôtre ; d’avoir pour amis les amis de Dieu, et d’être l’ennemi de ses ennemis; de reconnaître les lois obligatoires émanées de Dieu, ses ordonnances, ainsi que les lois fondées sur l’autorité et la pratique de son prophète ( que Dieu lui soit propice et lui accorde la paix, à lui et à toute sa sainte famille ! ), tant dans le secret et intérieurement, que publiquement et à l’extérieur. Car l’engagement que vous contractez aujourd’hui consolide toutes ces obligations, loin de les détruire; les affermit, au lieu de les anéantir; en rend l’obligation plus proche, bien loin de l’éloigner; la confirme, bien loin de l’infirmer; la rend d’une nécessité plus étroite, loin de l’abroger, et en éclaircit le sens, bien loin de l’obscurcir. Il en est ainsi, quant au sens extérieur et au sens intérieur, et quant à tout ce que les prophètes ont annoncé de la part de leur Seigneur ( que les faveurs de Dieu reposent sur eux tous ! ), suivant les conditions et les clauses expliquées dans le présent engagement. Vous vous engagez à être fidèle à tout cela. Répondez oui. Le prosélyte dit oui, après quoi le daï continue en ces termes :

L’observation de cet engagement et la conservation du dépôt qui vous est confié exigent que vous ne révéliez en aucune manière les engagements qu’on vous fait contracter, ni durant notre vie, ni après notre mort, ni de force, ni de gré, ni dans l’espoir d’aucun bien, ni dans la crainte d’aucun mal, ni dans l’affliction, ni dans la prospérité, ni dans la vue d’aucun intérêt, ni pour éviter aucun dommage, et que vous paraissiez devant Dieu emportant avec vous ce secret, et la fidélité à garder ce dépôt, conformément aux conditions exprimées dans le présent engagement. Vous promettez aussi, vous vous obligez et vous vous engagez envers Dieu, et pareillement envers son apôtre (que Dieu lui soit propice et lui accorde le salut, ainsi qu’à sa famille!), de me défendre, moi et tous ceux que je vous nommerai et que je vous désignerai, contre tous les dangers dont vous vous garantiriez vous-même; d’avoir un attachement sincère, tant extérieurement qu’intérieurement, pour nous et pour votre chef, qui est l’ami de Dieu. Gardez-vous d’user de perfidie envers Dieu et son fidèle ami, ni envers nous, ni envers aucun de nos frères, de nos amis, et de ceux que vous saurez nous appartenir, et de leur faire aucun tort pour quelque cause que ce puisse être, ni dans leur famille, ni dans leurs biens, ni par aucuns conseils, ni en recourant, par rapport à vos engagements et à vos promesses, à des interprétations qui en annuleraient l’effet.

Si vous faites quelqu’une des choses qui vous sont interdites ici, sciemment, avec la connaissance que vous manquez en cela à votre engagement, et ayant présente à votre esprit la promesse que vous faites aujourd’hui, en ce cas vous n’aurez plus rien de commun avec Dieu, le créateur du ciel et de la terre, qui vous a formé, qui a composé et uni les parties de votre être, qui vous a comblé des biens de la religion et de ceux de cette vie, et de la vie future. Vous n’aurez plus rien de commun avec ses envoyés, tant ceux des siècles anciens que ceux du dernier âge, avec ses anges favoris, avec les chérubins spirituels, les paroles parfaites, les sept versets, le Coran vénérable, le Pentateuque, l’Evangile, le Psautier, l’Avis sage avec toute religion qui a été agréée de Dieu dans les temps qui ont précédé la dernière demeure, ni avec tout serviteur qui a mérité de lui plaire. Vous cesserez de faire partie de la troupe de Dieu, et d’être du nombre de ses amis, et vous serez agrégé à la troupe de Satan, et mis au nombre de ses amis; Dieu vous livrera à un abandon absolu, vous fera éprouver promptement la vengeance et les châtiments, et vous précipitera dans le feu de l’enfer, où il n’y a point de miséricorde. Vous n’aurez plus aucun droit à prétendre au secours de la force et de la puissance de Dieu, mais vous serez abandonné à votre propre force et à votre propre puissance. La malédiction que Dieu a prononcée sur Iblis tombera sur vous, la malédiction par laquelle il l’a exclu du paradis et confiné pour toujours dans le feu. Si vous contrevenez à quelque chose de tout cela, vous trouverez Dieu irrité contre vous au jour de la résurrection, en ce jour où vous comparaîtrez devant lui. Vous serez soumis envers Dieu, comme par un vœu obligatoire, à faire trente fois, à pied, tête et pieds nues, le pèlerinage à la maison sainte, sans que vous puissiez vous acquitter de cette obligation envers Dieu, par aucune compensation ou d’aucune autre manière que par l’accomplissement littéral. Tout ce que vous posséderez au moment de votre contravention appartiendra, à titre d’aumône, aux pauvres et aux indigents avec lesquels vous n’aurez aucune liaison de sang et de parenté, sans que Dieu vous doive, pour ces aumônes, aucune récompense, ni qu’il n’en résulte aucun mérite en votre faveur. Tout esclave qui sera en votre possession, ou que vous pourrez acquérir jusqu’au jour de votre mort, mâle ou femelle, deviendra libre devant Dieu ; toutes les femmes que vous aurez épousées ou que vous épouserez, jusqu’au jour de votre mort, seront, par une suite de votre contravention, séparées de vous par un divorce absolu et définitif, par un divorce légal et irrévocable , sans espoir d’aucun retour ni d’aucune réconciliation ; la jouissance de tout ce qui vous appartiendra, personnes ou biens, vous sera interdite, et tout divorce absolu sera pour vous d’une obligation rigoureuse Moi, je prends de vous ce serment, au nom de votre imam et de votre hoddja, et vous, vous le leur prêtez à l’un et à l’autre. S’il arrive que vous ayez dans l’intention, dans la volonté ou dans la pensée, quel que chose de contraire à ce que j’exige de vous et dont je vous fais jurer l’observation, ce serment, depuis le commencement jusqu’à la fin, conserve néanmoins toute sa force contre vous, est obligatoire pour vous, et Dieu ne recevra de vous aucune autre satisfaction que l’accomplis serment exact de tout ce qu’il contient, et des conventions faites entre vous et moi. Dites : oui.
Le prosélyte répond : oui.

Tel est, dit Nowaïri qui copie toujours les paroles du schérif Abou’l hasan, la formule du serment par lequel on apprivoise ceux que l’on veut séduire, en y rappelant les devoirs de la prière, de la dîme, du jeûne, du pèlerinage, et les autres obligations prescrites par l’islamisme, en sorte qu’ils ne trouvent rien de choquant ou de répréhensible dans tout ce qu’ils entendent. Mais tout cela n’est que pour familiariser le prosélyte avec ces doctrines impies, et l’amener peu à peu à recevoir tous les dogmes dont nous avons parlé. Tout ce que j’ai rapporté jusqu’ici sur la doctrine des Ismaéliens et leur système d’initiation est, à peu de chose près, commun à Makrizi et à Nowaïri. Mais ce dernier y ajoute un extrait d’un ouvrage destiné à servir d’instruction aux daïs, sur la manière d’exercer leur ministère, morceau qui est intéressant sous plus d’un rapport, et qui peut donner lieu à des rapprochements curieux. Nowaïri n’est encore ici que le copiste du schérif Abou’l hasan, qui assure avoir lu ce qui suit dans un ouvrage intitulé Kitab al siyaset , ce que l’on peut traduire par Traité de politique Voici les instructions données dans ce livre à un daï, Si vous avez à faire à un homme qui professe la doctrine des Chiites, vous vous ferez connaître de lui comme étant vous-même zélé partisan de cette doctrine. Pour vous insinuer dans son esprit, vous entrerez en matière en parlant de l’injustice que les Musulmans ont commise envers Ali et ses enfants, du meurtre de Hoseïn qu’ils ont tué, et de la captivité à laquelle ils ont réduit ses filles. Vous direz à ces gens-là que vous ne voulez rien avoir de commun avec Teïm et Adi , ni avec les enfants d’Omayya ou d’Abbas. Vous tiendrez d’autres discours semblables qui leur feront grand plaisir, et s’insinueront facilement dans leur esprit. En suivant cette marche, les hommes de cette secte seront bientôt et facilement conduits où vous voulez les mener. Si vous vous adressez à un Sabéen, insinuez-vous dans son esprit en dissertant sur le nombre septénaire, et les choses qui observent ce nombre. Si vous avez à faire à un sectateur du Magisme, ses opinions au fond sont conformes aux vôtres. Commencez avec lui par le quatrième degré de l’initiation ; insistez sur l’excellence du feu, de la lumière et du soleil; enseignez-lui ce qui concerne le préexistant, car c’est lui que ces gens-là connaissent sous le nom d Ahriman . Son suivant, caché, est selon leur opinion le Bon (principe) et les Ténèbres cachées sont dans leur système le Mauvais (principe). Entre tous les peuples, les Mages et les Sabéens sont ceux qui ont le plus de rapports avec nous, et dont la doctrine approche le plus de la nôtre; mais, faute de la bien connaître, ils y ont introduit quelques erreurs. Si celui que vous voulez gagner est un Juif, commencez à vous concilier son attention en l’entretenant du Messie, je veux dire du Messie des Juifs, du faux Messie : enseignez-lui que c’est le Mehdi (Mohammed, fils d’Ismaïl) qui est le Messie; que la connaissance du Mehdi procure le repos des actions (c’est-à-dire décharge de l’observation des devoirs imposés par la loi), et dispense des obligations pénibles, de même qu’il lui a été commandé de se reposer le jour du Sabbat. Vous gagnerez son cœur en parlant mal des Chrétiens et des Musulmans ignorants, de ce qu’ils débitent au sujet de Jésus, assurant qu’il n’a pas été engendré, et qu’il n’a pas eu de père. Dites-lui avec assurance que Joseph le charpentier était son père et Marie sa mère, que Joseph exerçait sur elle tous les droits qu’un mari a sur sa femme. Avec ces propos et d’autres semblables, vous en aurez bientôt fait un prosélyte.
Vis-à-vis des Chrétiens, vous vous frayerez le chemin en parlant mal des Juifs et des Musulmans sans distinction, en témoignant que vous reconnaissez la vérité du symbole des chrétiens et leur en faisant connaître la véritable interprétation allégorique : reprochez-leur qu’ils ont méconnu le Paraclet, et enseignez-leur que le Paraclet va venir, et que c’est à lui que vous les appelez. Si un homme de la secte des Dualistes vous est présenté (et vous savez que cette secte est la source d’où vous tirez votre origine), commencez tout de suite avec lui par une partie des instructions qui appartiennent au sixième degré de l’initiation, et par conséquent à un enseignement déjà fort avancé par ce qui concerne le mélange des ténèbres et de la lumière, et tout ce qui suit relativement au même sujet, jusqu’à la fin de ce chapitre. Par-ci, vous vous emparerez de l’esprit de ces gens- là, et vous obtiendrez leur confiance. Si vous trouvez quelqu’un parmi eux à qui vous croyiez pouvoir pleinement vous fier, vous lui dévoilerez tout le secret.

S’il arrive qu’on vous présente un homme attaché à la doctrine des philosophes, vous n’ignorez pas que l’essentiel de notre doctrine repose sur les opinions des philosophes, et que nous sommes d’accord avec eux en ce qui concerne les religions établies par les prophètes, et l’éternité du monde. Seulement, il y en a parmi eux qui différent d’opinion avec nous, en ce qu’ils admettent, sans cependant le connaître, un être qui régit le monde. Si ceux à qui nous avons affaire se trouvent d’accord avec nous, et qu’ils ne reconnaissent point l’existence d’un être qui gouverne le monde, il n’y a plus aucune différence entre notre doctrine et la leur. Si on vous présente un Dualiste vous êtes sûr de la victoire. La première chose à faire avec lui, c’est de rejeter le dogme de l’unité (de Dieu), et de lui parler du préexistant et du suivant, et de la manière dont l’un d’eux hérite de l’autre, ainsi que cela est exposé dans le premier et le troisième degré de la partie la plus parfaite de notre enseignement } Si vous avez à traiter avec un Sunni, parlez avec respect devant lui d’Abou-Becr et d’Omar; faites l’éloge de leurs mérites; n’épargnez point la critique à Ali et à ses enfants ; rapportez des circonstances de leur vie, dignes de censure.
Faites-lui entendre qu’Abou-Becr et Omar n’étaient pas étrangers à la doctrine que vous lui enseignez. Quand vous vous serez une fois insinué dans son esprit par ce moyen, vous le conduirez où vous voudrez, et vous serez maître de lui. Ayez soin seulement de vous faire donner des promesses bien sûres, et de le lier par les engagements les plus inviolables et les serments les plus sacrés, pour que cela vous serve comme d’un bouclier et d’une place forte pour votre sûreté. Ne vous empressez pas de confier à ceux même qui se montreront dociles et soumis à tout ce que vous leur proposerez, des dogmes qui pourraient choquer et révolter leur esprit, si vous ne les y ameniez insensiblement et par degrés. Ne les faites avancer que pas à pas. Il y en a tel que vous devez vous contenter d’amener au parti et à la croyance des Chiites, à croire que Mohammed, fils d’Ismaïl, est l’imam, et qu’il est encore vivant : n’allez pas plus loin avec ceux-ci; faites parade avec eux d’un grand désintéressement et d’un profond mépris pour l’or et l’argent; comportez-vous à leur égard avec une douceur pleine de modestie; ordonnez-leur de faire les cinquante prières ‘; recommandez-leur d’éviter le mensonge, la fornication, la sodomie, et l’usage du vin. Ayez grand soin de leur donner vos commandements avec douceur, et d’une manière affable et insinuante. Ils vous seront d’un grand secours contre les dangers dont la fortune pourrait vous menacer, contre les adversaires que vous rencontrerez, ou contre ceux des nôtres qui, venant à changer de façon de penser à votre égard, vous susciteraient des traverses. N’engagez donc point l’homme de cette classe à renoncer à son culte et au Dieu qu’il sert, à la religion qu’il professe, à l’imamat d’Ali et de ses enfants, jusqu’à Mohammed, fils d’Ismaïl, fils de Djafar : exposez- lui seulement les arguments tirés des choses qui se comptent par le nombre septénaire ; brisez-le à force de le surcharger de prières Car, si après cela vous donniez ordre à qui que ce fût de lui prendre tout ce qu’il a de plus précieux , et à plus forte raison son argent, il ne s’opposerait à aucun de nos ordres; et si la mort vient à le surprendre, il vous laissera par son testament tout ce qu’il possède, et vous fera son héritier ; il ne croira pas pouvoir trouver dans le monde entier un homme plus digne que vous de toute sa confiance.
Il y en a tel autre que vous conduirez à un degré plus haut, et à qui vous découvrirez l’abrogation de la religion de Mohamad. Vous direz à celui-ci que le septième (prophète par leur) est véritablement le sceau des envoyés; qu’il exerce la fonction de prophète parleur ( en établissant une nouvelle loi ), comme les autres qui l’ont précédé, et qu’il apporte un nouvel ordre de choses; que Mohamad est le chef de la sixième période, et qu’Ali n’a point été imam. Parlez de cela avec beaucoup de prudence et une sage discrétion ; car c’est là un point très-important, une connaissance d’une conséquence infinie, et qui donne l’espoir de pouvoir passer à des doctrines d’un degré supérieur; et cela vous aidera à détruire l’idée que ces gens-là avaient puisée dans la religion qu’ils professaient, de la mission des prophètes. Il y en a bien peu que vous puissiez faire avancer plus loin, et à qui vous puissiez découvrir notre doctrine relativement au Coran, à son auteur et à ses lois. Prenez bien garde de vous laisser imprudemment entraîner à communiquer les connaissances supérieures à celle-là, à la plupart de ceux que vous aurez conduits jusque-là. Il ne faut hasarder cela qu’après vous être assuré, par une longue pratique et une longue intimité, qu’ils méritent toute votre confiance. Cela vous sera d’un grand secours vis-à-vis de ceux que vous aurez amenés à ce point, pour détruire l’autorité des livres qu’ils prétendent avoir été révélés : car ce sont là comme les prémisses ( de cette partie de notre doctrine).
A un petit nombre seulement que vous jugerez capables d’être introduits plus avant dans la connaissance de notre système, vous enseignerez que le kaïm est mort, qu’il revient au monde d’une manière spirituelle, et que les hommes reviennent à lui par leur union avec les figures spirituelles ; qu’il fera le discernement entre les serviteurs (c’est-à-dire les hommes), par le commandement, de Dieu qui tirera vengeance des incrédules en faveur de ceux qui croient aux figures spirituelles Cela vous servira admirablement vis-à-vis de ceux à qui vous aurez fait adopter cette doctrine, pour détruire le dogme de la résurrection et de la sortie des morts de leurs tombeaux, dogme auquel ils faisaient profession de croire.
De ce degré-là vous en conduirez quelques-uns jusqu’à renoncer à la croyance de l’existence des créatures célestes, connues sous le nom d’anges, et de la création (de l’homme) sur la terre et à croire qu’il y a eu bien d’autres hommes avant Adam. Vous ferez usage, pour prouver ceci, des arguments qui se trouvent dans les livres de nos précédents docteurs. Quand vous aurez gagné ce point-là, il vous sera d’une merveilleuse utilité pour détruire le dogme de l’existence de Dieu et de la mission des anges vers les prophètes, et pour substituer à cela la vérité, c’est-à-dire, l’éternité de l’univers. Il y a en d’autres que vous conduirez jusqu’aux premières notions du degré qui concerne l’unité de Dieu . Vous vous insinuerez dans leur esprit, en faisant usage pour cela du livre intitulé : Doctrine qui procure la santé à l’âme et vous leur enseignerez qu’il n’y a en Dieu, ni sujet, ni attribut. Cela vous permettra de parler avec mépris à ceux que vous aurez conduits jusque-là, des dieux qu’ils adorent. Vous pourrez faire connaître à ceux que vous aurez amenés à ce degré, comme nous vous l’avons fait connaître à vous-mêmes, ce que c’est dans la réalité que l’imam, et leur découvrir qu’Ismaïl et Mohammed, son fils, ne sont que les portes qui conduisent à lui. Vous pourrez alors facilement détruire vis-à-vis d’eux le prétendu imamat d’Ali, et déclarer ouvertement à qui appartient réellement l’imamat.
Ne cessez pas d’avancer ainsi, lentement et peu à peu, dans les différents chapitres des neuf degrés, jusqu’à ce que vous parveniez insensiblement et successivement au dernier terme. Chaque chapitre que vous exposerez servira à confirmer celui qui l’aura précédé, et il sera lui-même confirmé par les chapitres précédents. Ayez soin de garder dans toute votre conduite le plus grand secret, comme le prophète des Musulmans l’a recommandé à ses plus intimes confidents, en leur disant : Ayez recours au secret dans toute votre conduite. Pour quelque raison et en quelque manière que ce puisse être, ne découvrez point à un prosélyte ce que vous découvrez à un autre qui est plus avancé. Ne négligez rien pour vous concilier le respect, en affectant aux yeux du vulgaire une vie austère et une conduite grave, et évitez soigneusement tout ce qui pourrait prêter à la critique. Ne vous familiarisez point à l’excès avec ceux de vos frères qui sont parvenus à la connaissance entière de votre doctrine, comme ont fait ceux qui vous ont précédés; car ces gens-là, après avoir d’abord travaillé à consolider l’édifice, ont fini par détruire leur ouvrage. Si vous vous conduisez suivant ce plan, et si vous vous conformez exactement à cette marche, vous suivrez la même route que les prophètes ont suivie, et vous imiterez leur conduite.
Ce n’est pas tout cependant : il faut encore que vous vous exerciez à contracter une grande légèreté de mains, à fasciner les yeux et les regards par des tours de gobelets, afin de pouvoir faire des miracles, comme on en attribue à ceux qui vous ont précédés. Il faut aussi que vous connaissiez les histoires des anciens législateurs, leurs aventures, leurs systèmes et leurs sectes, afin de disposer vos discours de la manière qui convient le mieux aux hommes de votre siècle. Par-là vos efforts seront couronnés du succès; vous gagnerez la confiance, vous obtiendrez plus de droits à la reconnaissance de votre imam, votre nom croîtra en renommée. Ceux qui entreront (dans notre secte) après votre mort seront en plus grand nombre que ceux qui l’auront adoptée de votre vivant. La doctrine de la vérité vous sera utile à vous, et à vos descendants après vous. Le parti de la vérité prendra le dessus Par vos travaux, par votre ministère, et le ministère de vos semblables, gens illustres et remplis d’intelligence, vous gagnerez pour vous, pour ceux qui vous suivront, et pour votre postérité, un bien plus grand qu’aucun autre n’en saurait acquérir. Voilà les ordres que je vous donne et qui s’appliquent à toutes les religions que les prophètes ont établies, chacun en raison de leur degré d’intelligence. Le même schérif, Abou’l hasan, dit avoir trouvé dans l’ouvrage intitulé : Livre de la Politique, et duquel il a extrait ce qui précède, un chapitre où l’on lisait : Notre cheikh illustre et saint a composé un écrit, dont celui-ci n’est que l’abrégé, dans le quel il donne des ordres à ses daïs, par rapport à la manière dont ils doivent se conduire envers les peuples de diverses religions, et voici ce qu’il dit spécialement de la manière d’agir en vers les musulmans : Quand tu auras eu l’avantage sur eux, que tu leur auras fait la guerre avec succès, et que tu les auras vaincus, tire l'épée contre eux. Ce sont-là des ruses que je t’ai enseignées, et par lesquelles tu as attiré les peuples à toi. Ils sont tous nos ennemis : empare-toi donc de leurs biens, et extermine leurs femmes et leurs enfants. Qu’aucun lien ne te les fasse épargner ; ne conserve aucun de leurs villages; que nul sentiment de compassion ne te touche en faveur des partisans d’Ali. Si quelqu’un d’eux eût réussi à former un empire comme les autres prophètes, nous aurions eu beaucoup de maux à supporter de sa part, et en vertu des droits dont il prétend avoir hérité, il aurait exercé sur ces ânes une domination plus dure que celle même qu’a exercée, son aïeul Garde-toi donc de fermer les yeux sur ceux des descendants d’Ali que tu pourrais trouver; c’est-à-dire, tue-les quand ils tomberont sous ta main. Ne permets à aucun de ceux qui dépendent de toi de ne mettre aucune confiance en eux. C’est par ce moyen que tu suivras la voie droite, et que tu mériteras une pleine confiance ; tu marcheras avec un bonheur constant par l’effet de la science ; tu dirigeras les autres, et tu seras toi-même dirigé vers le bien. A notre Dieu soit rendue la louange en tout état, pour les dons qu’il nous a faits, et que ses faveurs reposent sur ses serviteurs élus!

Exposé de la religion des druzes de Silvestre de Sacy Tome 1


Fragment de peinture murale de Fustat avec homme buvant du vin. Xe-XIe siècle. Période fatimide. Le Caire. Musée des arts islamiques


Pieces d'or Fatimide


Mosquée Aqmar au Caire


Hiérarchie de la secte ismaélienne






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MessagePosté le: Dim 13 Mai - 10:51 (2018)    Sujet du message: Publicité

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